Montréal

Robert Assaly se disait athée à 24 ans, bien qu'étant perplexe, lorsqu’en pleine crise personnelle il a rencontré le Dieu vivant. C’était en 1984 et tout a changé pour Robert depuis, y compris son passage du statut de pasteur anglican officiant dans la région d’Ottawa à celui de prêtre catholique romain à Montréal. Robert a reçu sa dispense du célibat clérical du Pape François, en vertu d’une disposition mise en place par saint Jean-Paul II en 1980 (cf. article ci-après).

Baptisé dans l’Église anglicane, cet homme maintenant âgé de 59 ans dit avoir reçu, au mieux, une éducation à la foi minimale. S’il soutient avoir toujours été sensible à la liturgie anglo-catholique anglicane, il a cependant tout laissé tomber au début de son adolescence. « On m’a élevé dans l’idée que si l’argent ne faisait pas mon bonheur, c’est que quelque part je m’étais trompé. », rappelle Robert.

En progressant dans le monde des affaires, Robert croyait ainsi répondre à de bonnes valeurs familiales. Comme jeune courtier il a obtenu beaucoup de succès et à 24 ans il était déjà millionnaire. « J’ai traversé une crise dans ma vie, dit-il. Je croyais tout avoir, mais j’ai compris que je n’avais rien. »

La crise existentielle de ce courtier l’a mené à chercher Dieu et des réponses auprès de Lui. Dieu s’est fait entendre sous la forme d’une voix persistante qui lui répétait : « Deviens prêtre ». Aussi inattendu que cette démarche de foi ait pu paraître, il l’a suivie et l’a mené à bien, car en 1991 il a été ordonné pasteur anglican. Il était alors marié et père de trois jeunes enfants.

Au cours des 24 années qui ont suivi et six enfants plus tard, il a principalement desservi des paroisses anglicanes dans la région d’Ottawa, et par la suite à Montréal, après avoir passé quatre années à Jérusalem comme directeur du bureau du Conseil des Églises du Moyen-Orient. Entre 2005 et 2014, il a aussi obtenu une maîtrise en théologie (Toronto) et a entrepris des études doctorales (McGill) sur l’histoire et la théologie des premiers Pères de l’Église.

Son parcours dans l’Église catholique romaine a pris un tournant décisif lorsqu’il a déménagé à Montréal en 2007 pour entreprendre des études doctorales à l’Université McGill. Même s’il songeait régulièrement aux divisions affligeant la Communion anglicane, sur le plan pratique les Assaly voulaient que leurs trois jeunes enfants grandissent dans la foi. Vu le manque de programmes jeunesse dans la paroisse anglicane la plus ouverte aux jeunes dans la ville, ils se sont tournés vers la paroisse Saint-Ignace-de-Loyola à Notre-Dame-de-Grâce. « Ma femme s’est rendue à la paroisse Saint-Ignace, car pour sa part « une paroisse c’est une paroisse », rappelle Robert. Tout ce que nous voulions, c’est le meilleur pour nos enfants. »

Il est évident que la famille Assaly s’est sentie à l’aise dans la paroisse catholique. Au même moment, Robert se sentait de plus en plus bouleversé par certains aspects de l’Église anglicane. « Beaucoup d’Églises protestantes… ont une origine ethnique. L’Église presbytérienne est originaire d’Écosse, l’Église anglicane vient d’Angleterre et l’Église luthérienne découle de traditions allemandes », indique-t-il. L’Église anglicane se perçoit notamment en communion à l'échelle mondiale, mais « l’Église anglicane est devenue très divisée, l’hémisphère nord s’élevant contre l’Afrique et l’Asie », précise-t-il. Pour Robert, cela montre une église qui s’éloigne de ses fondements. « Dans l’Église catholique [cette division] ne vient pas affaiblir la communion. »

Robert s’est adressé à l’Archevêché de Montréal en 2009 pour devenir catholique, sans recevoir l’assurance que sa demande d’ordination serait acceptée. C’était faire acte de foi, confie-t-il. Il lui a fallu une grande patience et une confiance absolue en l’Esprit Saint. Or, « [le parcours] a eu un effet positif, car je suis devenu de plus en plus convaincu par l’appel de l’Esprit. Je savais que je ne ressentirais plus les tourments vécus comme pasteur anglican », indique Assaly.

Robert et sa femme, Nancy, ont été formellement admis dans l’Église catholique en 2015. C’est à ce moment qu’il a cessé d’être pasteur anglican. Dans le cadre de sa formation comme séminariste, il a desservi la paroisse St. Monica à N.-D.-G. Il vient tout juste de finir de desservir la paroisse St. Thomas à Becket à Pierrefonds, et il officie maintenant dans la paroisse St. Thomas More à Verdun. Il a été ordonné au diaconat de transition en février.

Quand il était anglican, lorsqu’il était enfant et par la suite pasteur, Assaly était fasciné par la liturgie. Il vénère autant les sacrements que la nature apostolique de l’Église. « Je n’ai jamais ressenti en moi la ferveur protestante, jamais », souligne-t-il. « L’Église est une, sainte, catholique et apostolique », et cela a toujours été essentiellement important pour moi », dit-il. Il n’est pas surprenant de constater que les grands-parents de Robert étaient libanais. Ses grands-parents maternels étaient Grecs-catholiques de l’Église d’Antioche, et ses grands-parents paternels étaient grecs catholiques, lesquels, lorsqu’ils se sont installés dans une région rurale de la Saskatchewan il y a 100 ans, visitaient l’Église anglicane, seule église paroissiale du coin.

Robert s’empresse de préciser que son statut – d’homme marié officiant comme prêtre – est exceptionnel. Il dit nourrir le désir de l’Église catholique de maintenir la norme du célibat des prêtres. Dans son cas précis, toutefois, la « vocation du mariage » existe, mais il insiste en précisant que « les prêtres peuvent faire le sacrifice ultime, ce que je ne peux faire. »

Comment devient-on prêtre catholique romain lorsqu’on est pasteur anglican marié?

Certains d’entre vous se demandent peut-être : « Comment un ancien pasteur anglican – de surcroît marié et père! – peut être ordonné prêtre dans l’Église catholique romaine? Cela signifie-t-il que la discipline associée au célibat sacerdotal changera ou sera modifiée dans le rite latin? »

Même s’il s’agit d’une première à l’Archidiocèse de l’Église catholique romaine à Montréal, cela se produit ailleurs depuis bien des années dans l’Église catholique de rite latin, notamment dans des pays de langue anglaise comme l’Angleterre, les États-Unis et l’Australie.

Déjà en juin 1980, le pape Jean-Paul II publiait des dispositions pastorales dans lesquelles, dans certaines circonstances bien définies, un pasteur anglican peut demander à entrer en communion complète avec l’Église catholique, et, après s’être préparé suffisamment et avoir participé à la vie de l’Église catholique, demander l’ordination à la prêtrise et une dispense de promesse de célibat. (On a eu aussi recours à cette disposition pour des pasteurs de congrégations protestantes depuis.) Cette mesure a été réitérée par le pape Benoît lorsqu’il a mis en place les ordinariats pour anglicans en 2009. Dans ce cas, ce ne sont pas que de simples individus, mais des paroisses entières qui ont demandé une union formelle avec l’Église catholique romaine.

Le Père Robert Assaly sera prêtre dans l’Archidiocèse de Montréal en communion avec ses collègues prêtres, sous l’autorité de l’Archevêque Christian Lépine, au service du Peuple de Dieu, dans l’une ou l’autre des paroisses ou dans le ministère qui lui sera attribué.

Le Père Robert agira comme la plupart des diacres, mariés et pères, exerçant un ministère ordonné, mais comme prêtre faisant partie de notre presbyterium, disponible à être affecté là où la nécessité se fait le plus sentir dans le diocèse.

Tout comme nos diacres, Robert ne pourra se remarier si sa femme devait mourir avant lui, et la nature exceptionnelle de son ordination ne vient en aucune façon porter atteinte à la discipline traditionnellement associée au célibat des prêtres. Nous sommes reconnaissants à Robert qui a su rester fidèle à sa conscience, mais aussi reconnaissants pour l’appel du Seigneur dans sa vie et pour les services que Robert offre à notre Archidiocèse.

Que les prières du futur Saint John Henry Newman, cofondateur de l’anglo-catholicisme, qui est passé de l’Église anglicane à la prêtrise dans l’Église catholique en 1845, et qui sera canonisé le 13 octobre, accompagnent Robert, sa femme Nancy et leurs six enfants, dans cette nouvelle étape de son cheminement. Bienvenue, Père Robert!