L'abbé Claude Paradis discutant avec une personne en situation d'itinérance

Notre-Dame de la rue

Notre-Dame de la rue tend la main aux personnes itinérantes. C'est une présence d'Église et un réconfort. Fondé en 2013, l'abbé Claude Paradis et son adjoint Kevin, accompagnés de bénévoles, sortent dans la rue plusieurs fois par semaine. Ils vont rencontrer les gens là où ils sont. Leur préoccupation première: apporter une présence spirituelle, aider à trouver un sens à ce que les gens vivent.

« Je dis souvent, pis c'est vrai, les gars qui sont dehors, sont embarrés dehors. Ils ne peuvent pas rentrer à l'intérieur. Sont embarrés dehors, il n'y a aucune place où ils ont droit d'accès. C'est le contraire de ce qu'on peut penser », indique l'abbé Claude Paradis, fondateur et responsable depuis un peu plus de deux ans de Notre-Dame de la rue (NDLR), expérience unique dans la métropole.

D'abord, il y a la grande liberté que possède le nouvel organisme diocésain. « Ça ne coûte pas cher, mon bureau c'est la rue », déclare l'abbé. Puis il y a l'accueil qui est différent des autres ressources en itinérance. Sans remettre en question l'essentielle nécessité de leur travail, l'abbé fait remarquer que ce n'est pas toujours évident de s'y sentir à l'aise.

« Des fois, des centres vont dire : "Nous on fait un accueil inconditionnel". Sauf que tu dois arriver à telle heure, c'est obligatoire; tu dois prendre ta douche, c'est obligatoire; tu dois te raser, c'est obligatoire; tu dois te coucher à telle heure, c'est obligatoire; donc, c'est pas vraiment inconditionnel : c'est plein de conditions », considère-t-il.

D'ailleurs selon lui, plusieurs personnes itinérantes refusent d'entrer dans les refuges mêmes à -30 oC, « Dehors, ils se sentent libres. » C'est dans la rue que l'abbé, son acolyte Kevin, et une petite équipe de bénévoles, prend le temps d'aller vers les gens. Au programme, distribution d'un peu de nourriture, du café, de l'eau, mais surtout, une présence auprès de gens qui n'ont souvent plus aucune estime de soi.

« C'est quoi ta faim véritable? C'est quoi ton sens à la vie? », explique l'abbé. Il aime mettre en parallèle cette soif spirituelle avec l'Évangile dit du « Jugement dernier », dans les dernières pages de l'Évangile de Matthieu : « J'étais nu et vous m'avez vêtu... J'avais faim, et vous m'avez nourri. »

« C'est quoi, j'étais nu, et vous m'avez habillé? C'est quoi ta dignité de vie humaine? Les gens ont faim d'être quelqu'un pour une autre personne. Les gens ont faim d'être aimé par une autre personne », explique-t-il. « C'est ça maintenant en 2016 : ce n'est plus seulement le sens littéral qui doit être apporté. J'étais nu, c'est toute la dignité de la personne humaine. Ça vaut beaucoup plus que de donner un T-shirt dans la rue », estime-t-il.

Ma paroisse, c'est la rue!

La soif spirituelle n'est-elle possible à nourrir que dans le confort d'une maison de retraite ou d'une église bien rangée? Si ces endroits sont sans aucun doute des lieux parfaits pour cela, ils ne sont pas accessibles aux personnes que l'abbé Paradis et Kevin accompagnent. « Qu'est-ce qui rend le pape François le plus triste au niveau du clergé dans son exhortation apostolique La joie de l'Évangile, c'est l'insuffisance de la spiritualité auprès des pauvres », souligne-t-il. Un message que le pape argentin adresse plus particulièrement au clergé. « C'est une grande problématique », estime l'abbé Paradis, qui espère donc remédier à ce manque avec Notre-Dame de la rue.

« Tout le monde a besoin de spiritualité. C'est pour ça qu'on les accueille comme ça pis qu'on les prend tels qu'ils sont. On essaie de faire un bout de chemin avec eux, à la même vitesse qu'eux. S'ils ne veulent pas aller dans un centre, on va cheminer avec eux d'une autre façon. » L'abbé Paradis rappelle que la plupart des personnes qu'il côtoie ont été « trimballées » de famille d'accueil en famille d'accueil. Dans la rue, retourner dans un centre, c'est aussi retrouver les travailleurs sociaux, la bureaucratie, le système comme on dit. Les personnes sont devenues méfiantes à force d'avoir été déçues.

Enfin, un autre aspect qui touche l'abbé est qu'il reçoit parfois les confessions de ceux qu'il soutient.

« Des fois, ils ne savent pas que c'est une confession, mais y m'en font une. » Le prêtre a déjà confessé dans des parcs, mais également une piquerie et un bordel. « C'est des endroits bizarres », avoue le principal intéressé, qui pourtant, ne changerait de place pour rien au monde.  

« Des fois les prêtres me disent : comment tu fais pour faire ça. Pis moi j'leur dis, comment tu fais pour être en paroisse? Moi j'suis pas capable d'être en paroisse. Je ne serais pas capable. » Sa paroisse, c'est la rue. « J'dis souvent : je suis un ancien toxicomane et pis j'étais dans la rue. C'est la rue qui m'a amené à l'Église, dès que j'ai été ordonné, l'Église m'a renvoyé dans la rue. J'dis souvent, la rue est mon Église. »

Avec Kevin, il forme une équipe qui, le soir surtout, sort dans la rue retrouver ceux et celles qui passeront la nuit dehors. Avec quelques bénévoles, les visites sont parfois brèves. Un regard, un bonjour, un café ou un jus offert. Le silence tient lieu de répits dans une vie où l'asphalte, la foule et les aléas de la température sont des compagnons peu sociables. Et puis, il y a les gens qui ne sont plus les mêmes; oublier le temps du « bon vieux robineux » à la ponce de gin dans son sac.

Aujourd'hui, on retrouve dans la rue autant des jeunes de bonne famille que des professionnels qui ont tout perdu au jeu. Ou encore, des personnes que le système de santé a laissées tombées, surtout ceux qui ont une santé mentale fragile. Sans compter ceux et celles sur qui la drogue a l'effet d'une bombe. Depuis quelques années, les overdoses sont en augmentation. Le principal problème est qu'on vend n'importe quoi. Les drogues sont coupées avec des nettoyants, des solvants, etc. Nul ne sait quels en seront les effets. Des composés explosifs que même les habitués ne savent plus décelés.

Avec toutes ces personnes, l'abbé se lance parfois dans des conversations plus étoffées où les chagrins du jour - parfois les joies - se partagent. Le temps d'une confidence ou d'une confession, et voilà la petite équipe répartie vers un autre lieu stratégique; une bouche d'air chaud provenant des souterrains urbains l'hiver ou bien un parc frais dans la chaleur suffocante de l'été. Les stations de métro aussi, où dépendamment de l'humeur et de l'ouverture du personnel, une personne peut demeurer quelque temps à l'abri des éléments. Surtout l'hiver. Par contre, ne comptez pas sur celles du Centre-Ville s'il y a un match de hockey, un spectacle d'envergure ou un autre événement. Le ménage est fait. Rien ne doit laisser penser qu'ils existent...

Maître mot : espérance

L'abbé Paradis ne s'en cache pas; il aimerait bien un jour que ces ouailles de la rue viennent prier à la messe. Mais, le but premier n'est pas de remplir les églises. Si la personne trouve un sens à sa vie et réussit à s'en sortir, c'est tant mieux. Comme ce jeune homme rencontré par hasard au Zoo de Saint-Félicien. Des rues de Montréal à la ligne d'attente pour acheter son billet en compagnie de sa conjointe et de leurs deux enfants : les paroles et les gestes de l'abbé portent des fruits. Mais, ils ne sont pas toujours visibles comme dans cet exemple. L'espérance est le maître mot.

Pour continuer son travail, l'abbé Paradis a besoin du soutien de son évêque, de Kevin qui est son acolyte essentiel, mais également de bénévoles qui ne jugent pas et ne cherchent pas d'abord à convertir. Il a besoin de gens qui possèdent un accueil inconditionnel. Puis, il y a aussi le soutien financier. Les dons servent à soutenir les deux piliers que sont Kevin et l'abbé Claude, mais également à acheter des objets de piété - une médaille de Notre-Dame-de-la-Rue qui fait fureur - et à se procurer un peu de nourriture et du café. On ne remplace pas la soupe des autres organismes. Par contre, pour écouter la recherche de sens en soi, vaut mieux avoir mangé un peu.

En 2012, l'abbé Paradis nous parlait de l'itinérance, des raisons qui l'ont menées à s'occuper des gens dans la rue et ce qu'il fait concrètement pour venir en aide à ces personnes.

 

Notre-Dame de la rue travaille en partenariat avec d'autres organismes d'entraide et d'écoute spirituelle. Notre-Dame de la rue est constamment en recherche de bénévoles et de dons en nourriture non-périssable.

Pour devenir bénévole :

L'abbé Claude Paradis
Téléphone : 514 925-4348
Email : notredamedelarue@diocesemontreal.org

Pour faire un don :

Faire chèque à l'ordre de

L'Archevêché de Montréal (Notre-Dame de la rue)
2000, rue Sherbrooke Ouest
Montréal, QC, H3H 1G4  

ou par carte de crédit / Paypal


No enregistrement d'organisme de bienfaisance : 11887 6390 RR0001

 

 

Ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez.
(Mt 25, 40)