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Les leaders religieux au Canada dénoncent le projet de loi C-7 - « Loi modifiant le Code criminel (aide médicale à mourir) »

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Lettre ouverte à tous les Canadiens

Nous nous devons d’exprimer notre profonde préoccupation et notre opposition la plus ferme au projet de loi C-7 qui, entre autres, étend l’accès à l’euthanasie et au suicide assisté à celles et ceux qui ne sont pas mourants. En constatant que nous en sommes arrivés là comme société, et combien nous avons régressé quant à notre façon de traiter les personnes faibles, malades et marginalisées, il y a de quoi être perplexes. Nous, soussignés, continuons de nous opposer absolument à l’euthanasie et au suicide assisté, à tuer les êtres humains de façon délibérée, qu’on appelle euphémiquement « aide médicale à mourir » (AMM), mais qui n’est en réalité, tragiquement, rien de moins qu’un meurtre, tel que reconnu par le Code criminel du Canada avant l’adoption du projet de loi C-14 en juin 2016.1 

Nous n’avons pas l’intention, évidemment, d’imposer la douleur au malade ou de faire souffrir qui que ce soit indûment. Ce n’est pas ainsi que nous approchons la maladie et la mort. Nous sommes convaincus qu’un robuste système de soins palliatifs, accessible à tous les Canadiens et Canadiennes, constitue une réponse beaucoup plus efficace à la souffrance et permet de préserver la dignité sacrée de la personne humaine. Les soins palliatifs traitent la douleur dans un climat d’amour et de sollicitude où les gens font tout ce qu’ils peuvent pour consoler et réconforter les malades. Chacune, chacun en sort grandi. Les soins palliatifs sont une alternative adéquate qui promeut la vie, qui ne pratique pas de discrimination et qui traduit une éthique de la sollicitude et de l’inclusion à la hauteur des valeurs canadiennes.

Il est clair que les dispositions du projet de loi C-7 porteront préjudice aux personnes handicapées : leurs porte-parole et leurs organismes l’ont fait savoir on ne peut plus clairement, comme aussi la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées, au terme de sa visite au Canada. Proposer l’euthanasie ou le suicide assisté aux personnes affectées d’une déficience ou d’une maladie chronique, mais qui ne sont pas mourantes, revient à les vouer à un destin pire que la mort. Cela ne pourra qu’engendrer des pressions pour faire accepter les procédures létales, et donc accroître encore le danger pour ces concitoyens dans un contexte où l’on estime désormais pouvoir mettre un terme à certaines vies.

Le Gouvernement fédéral envisagera bientôt d’étendre l’euthanasie aux « mineurs matures » et aux personnes qui n’ont d’autre infirmité qu’une maladie mentale. Maintenant que notre système de santé, pourtant réputé dans le monde entier, voit dans l’euthanasie une « solution » à la souffrance humaine, nous sommes en train de miner la créativité et la détermination indispensables au traitement des cas les plus compliqués. En pratique, nous imposons l’élimination délibérée de la vie humaine comme solution à la souffrance humaine. Cela n’est pas seulement profondément troublant; c’est inacceptable pour une société soucieuse du bien commun de toute personne. La voie sur laquelle nous nous sommes engagés a pour conséquence perverse que les médecins et les autres professionnels de la santé qui refuseraient en conscience de procéder à une injection mortelle, au nom de leurs principes religieux ou éthiques fondamentaux, pourraient faire l’objet de sanctions et même perdre leur permis d’exercer. Sur le plan moral, quelle chute vers l’abîme. Ce n’est pourtant pas ce que nous avons à l’esprit, en tant que Canadiennes et Canadiens, quand nous souhaitons pratiquer la sollicitude, la compassion et l’inclusion comme société.

Nous devons au contraire prendre en charge ceux et celles qui souffrent et offrir des soins exceptionnels aux personnes confrontées à la maladie et à la mort; déployer notre expertise et nos ressources pour faire face aux cas complexes, au lieu d’opter pour des procédures létales incompatibles avec la dignité du patient et du professionnel de la santé. Les soins palliatifs administrés avec une compassion, une générosité et une compétence sans faille expriment le meilleur de ce que nous sommes. Plutôt que de nous éloigner de ceux et celles qui vont bientôt nous quitter, il faut les accueillir encore plus chaleureusement et les aider à donner un sens à leur vie jusqu’à la fin. C’est ainsi que l’on construit des communautés compatissantes. 

En tant que Canadiennes et Canadiens, nous pouvons, nous devons faire mieux. Nous sommes fermement convaincus qu’afin d’éviter de nous engager précipitamment dans une réalité lourde de conséquences graves à long terme, nous devons appuyer tout de suite sur le bouton pause et mesurer sérieusement les retombées de l’AMM. En tant que leaders religieux au Canada, la perspective morale que nous formulons se fonde sur la mémoire vivante de nos traditions respectives, qui remontent à des milliers d’années dans diverses cultures sur plus d’un continent. Nous ne prétendons pas apporter de solutions techniques à tous ces problèmes complexes; nous estimons néanmoins avoir le devoir de témoigner des leçons apprises au creuset de l’histoire et au chevet de tant de malades et de mourants en ce qui concerne l’esprit humain, la valeur et la signification inestimables de la vie, et la dignité égale de tous. Une société qui souffre d’amnésie morale est dangereusement vulnérable : elle risque de répéter les douloureuses erreurs du passé. N’oublions pas ce qui convient vraiment à la dignité humaine.

Sur cette grave question, nous demandons instamment une consultation plus complète de tous les Canadiens et Canadiennes. En présence de la douleur, de la souffrance et de la solitude humaine, notre réaction comme société doit en être une de profonde solidarité et de sollicitude authentique. C’est en reconnaissant radicalement la beauté et la dignité de la vie humaine, accueillie et vécue comme un don, riche de sens et d’amour, que nous pourrons venir en aide aux plus vulnérables d’entre nous. L’heure est cruciale pour le Canada. Prenons le temps de réfléchir sérieusement et de délibérer consciencieusement pour devenir et être une société de sollicitude, de compassion et d’inclusion pour tous.

Pour voir l'original du document ainsi que les signataires, cliquez ici. 


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1Avant l’exemption du projet de loi C-14, les médecins ou les infirmiers praticiens au Canada, auraient été accusés de façon criminelle « d’homicide coupable » pour « causer intentionnellement la mort d’une autre personne même si celle-ci consent à mourir (article 14 du Code criminel).” Pareillement, avant le projet de loi C-14, c’était un crime pour n’importe qui « d’aider une personne à se suicider, que le suicide s’ensuive ou non (alinéa 241b) du Code criminel), » Cf. https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/autre-other/am-ad/p2.html