Montréal

Voici la septième lettre pastorale de l'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.

Chères sœurs,

Chers frères,

À titre d’Archevêque, j’invite toutes les personnes du diocèse catholique de Montréal à se joindre à moi pour saluer tous les représentants élus des différents paliers de gou-vernement et leurs conseillers. Nous les remercions pour ce qu’ils font, ce qu’ils ont fait et ce qu’ils continuent à faire, dans le cadre de la pandémie qui frappe actuellement notre société et l’humanité, pour coordonner les actions, mettre en place les mesures préventives et les faire appliquer, promouvoir la solidarité et la cohésion sociale, pour sauver des vies menacées par la COVID-19. Les prises de décisions ont ciblé tout d’abord les aspects de la santé physique pour rapidement annoncer des mesures ré-pondant aux défis économiques. Le cercle s’est progressivement élargi pour y ajouter les dimensions mentales et sociales, alors que nous cherchons à entrer dans des étapes de déconfinement sécuritaire pour limiter autant que possible les dommages col-latéraux du combat.

Vous savez que la quête de sens et la santé spirituelle sont aussi importantes pour l’être humain qui n’est pas que matière. Depuis la nuit des temps, chaque être humain est confronté à des questions fondamentales concernant le sens de sa vie, particuliè-rement lorsqu’il fait face à des situations critiques, telle la pandémie COVID-19, où les questions existentielles deviennent de plus en plus présentes. Disons simplement qu’en termes universellement reconnus, la spiritualité, c'est ce qui fait vivre, ce qui appelle chacun de nous à un plus-être, ce qui projette à la fois à l’intérieur de soi et plus loin que soi, ce qui donne un visage particulier à son histoire personnelle et relationnelle.

L’aspect spirituel de la personne humaine et ses besoins en la matière sont peu consi-dérés présentement, et dans une problématique de services essentiels on a trouvé peu de temps pour en discuter.

Néanmoins, l’expérience de nos limites à combattre l’isolement des malades et des aî-nés, de nos insuffisances à surmonter les défis organisationnels pour répondre aux be-soins de base, de nos faiblesses à assurer la survie de nombreuses entreprises, nous renvoie à découvrir à l’intérieur de chacun et chacune d’entre nous la force d’âme pour vivre, aimer et servir. Sans cela la solidarité elle-même, dans laquelle l’ensemble de la société s’est généreusement engagée, risque d’être fragilisée par les peurs et les blâmes.

Le rôle joué par les aumôniers et les intervenants en soins spirituels, là où ils sont pré-sents, dans les institutions au service de la santé, permet d’apporter un soutien, lorsque cela est possible, non seulement aux malades mais également à leurs familles et au personnel travaillant inlassablement pour soigner et réconforter. Comme vous je pense avec affection à toutes les personnes âgées, malades ou en fin de vie, qui dans leur isolement implacable n’ont plus comme recours, que celui d’entreprendre ou enrichir leur voyage intérieur, qu’elles soient croyantes ou non. Un accompagnement spirituel s’adresse à la liberté de la personne. Celle qui est réceptive à cette offre peut y voir un chemin d’espérance. Celle qui n’y est pas disposée, peut y voir une main tendue et une présence chaleureuse.

Actuellement, vous entendez les questions et les peurs qui traversent les individus, les familles et la société. Il y a de nombreuses incertitudes et inquiétudes concernant la santé, la famille, la mort, l’économie, l’éducation, la culture, la société, la solidarité locale et mondiale. Vous êtes des citoyens et des citoyennes à part entière et votre foi vous ouvre à une vision qui embrasse toutes les dimensions de la personne. Les diverses religions, chacune à sa façon, se consacrent depuis toujours à répondre à la quête de sens à la vie, à travers la joie comme à travers la peine, à guider sur un chemin de vie spirituelle qui donne le souffle de vie capable de traverser la faiblesse jusqu’au bout. Comme dans toute sphère de la vie et de l’activité humaine il arrive que l’on se serve plutôt que de servir, et les membres de l’Église n’ont pas toujours servi. Mais en toute justice, il est indispensable d’offrir le service de l’esprit au cœur de tout être humain.

C’est pourquoi, en ce temps de confinement nous n’avons pas cessé de part et d’autre de recevoir et d’offrir des services de prière et de réflexion à la radio (VM), à la télévi-sion (S§L), en ligne, à travers les sites web et médias sociaux ainsi que par des appels téléphoniques. Nous avons appelé à la solidarité sociale et à la prévention. Nous avons prié, rassemblé à distance, réconforté, encouragé, persévéré pour rejoindre les per-sonnes et les familles, les gens esseulés et les plus démunis. Je salue et remercie vi-vement tous les fidèles, les bénévoles, le personnel paroissial et diocésain, les reli-gieuses et les religieux, les personnes de vie consacrée, les diacres, les prêtres, les évêques, qui ont offert leur impuissance, leur maladie, leur vie, leur recherche de sens, leur action, leur prière, pour que Dieu touche les cœurs et se serve de nos faiblesses pour qu’y jaillissent sa Lumière et sa Bonté. 
Maintenant que le déconfinement est mis en œuvre prudemment, nous souhaitons qu’il y ait également place pour un déconfinement ecclésial, mesuré, posé, rigoureux et par étapes, qui permettrait de commencer à élargir progressivement la réponse aux besoins spirituels en développant des pratiques sécuritaires.

Alors que nous nous retrouvons entre la fête des mères et la fête des pères, et que nous pouvons commencer à apprendre du temps d’arrêt que nous vivons ensemble de-puis deux mois, je m’unis aux voix qui évoquent le dimanche comme jour d’arrêt. Notre longue tradition en est une de faire du dimanche un jour de repos. Les motivations reli-gieuses, psychologiques, philosophiques ou sociales peuvent varier. Mais ne pourrait-on pas nous entendre pour reconnaître comme société, la nécessité d’un jour de repos : pour certains, ça sera un jour pour Dieu! pour d’autres, un jour pour la famille ! pour d’autres, un jour pour la terre ! Un jour dédié au repos parce que nous avons besoin de respirer : l’individu, la famille, la société et la planète, notre maison commune, comme l’appelle le Pape Francois. Même l’économie a besoin de respirer parce que la première ressource d’une économie c’est la personne. Nous avons besoin de respirer ensemble pour être ensemble. La famille ensemble, elle qui est la cellule de la société. La société ensemble, dans sa diversité et sa complexité. L’Église ensemble pour témoigner de Jé-sus-Christ qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

Chers frères et chères sœurs, saluons ensemble les multiples engagements dans la société, la participation des différentes confessions chrétiennes, des différentes religions et des différents humanismes. Une démocratie demande la participation de tous. Fai-sons notre part pour rester ensemble et vaincre ensemble la COVID-19. Mettons réso-lument en premier la dimension spirituelle dans notre vie personnelle, familiale, ecclé-siale et sociale. Promouvons une société qui se rapproche toujours davantage du ser-vice de toutes les dimensions de l’existence par l’établissement d’un jour de repos, qui est pour les chrétiens et les chrétiennes, le Jour du Seigneur.

J’invoque sur vous et sur tout le territoire, la bénédiction de Dieu qui est riche en Miséri-corde :

Dieu, dans ton Amour infini fais rayonner ta Bonté et ta Vérité sur l’humanité et notre société ! 
Libère-nous de la menace de la pandémie de la COVID-19 ! 
Guide-nous afin que nous devenions un monde toujours davantage soucieux des plus fragiles ! 
Donne-nous de servir le bien commun, la famille et la vie, la justice et la paix ! 
Fais de nous des enfants de lumière ! 
Père éternel, nous te le demandons par notre Seigneur Jésus-Christ, Crucifié et Ressuscité, qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. ℟ Amen. 

 

+  Christian Lépine
Archevêque de Montréal