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Le 12 août dernier s'est tenue, en mode virtuel, la XIIIe Réunion des évêques et agents de pastorale de la mobilité humaine, organisée par l'Observatoire socio-pastoral de la mobilité humaine de Mésoamérique et des Caraïbes (OSMECA). L'archidiocèse de Montréal y a également pris part, présent depuis maintenant quatre ans à ce rendez-vous continental, représenté cette fois par Mgr Pierre Goudreault, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), et par le Père Pierangelo Paternieri, c.s., vicaire épiscopal pour les communautés culturelles et rituelles de l'archidiocèse.

La rencontre a réuni évêques et responsables de la pastorale migratoire des États-Unis, du Canada, du Mexique, d'Amérique centrale et des Caraïbes. Le Père Gustavo Meneses, directeur exécutif d'OSMECA, a dirigé les travaux et assuré la continuité d'un réseau de collaboration ecclésiale tout au long de la route migratoire qui traverse le continent américain du sud au nord.

Un chemin partagé depuis des années

Les travaux ont été ouverts par le Cardinal Fabio Baggio, sous-secrétaire de la Section Migrants et Réfugiés du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral (le Cardinal Baggio en deviendra le Pro-Préfet le 1er septembre). Il a rappelé que le Dicastère accompagne ce réseau depuis la toute première rencontre de la série, née pour partager les expériences pastorales et bâtir une ligne commune entre les différentes conférences épiscopales tout au long de la route migratoire du continent. Le Cardinal a évoqué avec franchise les tendances à l'œuvre dans de nombreux pays de la région — déportations, refoulements, attitudes xénophobes et discriminatoires en hausse — invitant à ne pas perdre ce sens de l'humanité menacé par l'agressivité et l'égoïsme du moment présent. Il a également fait observer que la crise climatique continuera d'amplifier les causes sociales, économiques et politiques qui poussent les personnes à quitter leur terre, et que cette « dette écologique » devra être prise en compte dans les futures politiques migratoires, à une époque où l'on tend, paradoxalement, à réduire plutôt qu'à élargir les espaces d'accueil pour les demandeurs d'asile et les réfugiés. Le Cardinal Baggio a enfin exprimé, au nom du Pape Léon XIV, sa reconnaissance pour le travail « à contre-courant » mené par les Églises locales en faveur des migrants, présentant le réseau d'OSMECA comme un modèle reproductible dans d'autres régions du monde.

La voix du Canada : une phase de restriction, mais aussi d'espérance

Mgr Goudreault a dressé un portrait détaillé de la réalité migratoire canadienne : près d'un quart de la population du pays est né à l'étranger, la proportion la plus élevée parmi les pays du G7, mais les dernières années ont vu un durcissement marqué des politiques d'immigration, avec une baisse record des arrivées au Québec. Il a souligné les défis pastoraux qui en découlent — seuls une vingtaine des 72 diocèses canadiens disposent aujourd'hui d'un service structuré de pastorale migratoire — et a annoncé l'ouverture, prévue pour septembre, d'un nouveau service national de la CECC consacré à ce domaine.

Les notes d'espérance n'ont pas manqué. Mgr Goudreault a rappelé que, malgré la baisse globale des arrivées, le Québec a tout de même accueilli au cours de la dernière année de nouveaux migrants, majoritairement des travailleurs, ainsi que des personnes arrivées par regroupement familial et des réfugiés — signe que l'accueil, même dans un contexte plus restrictif, demeure une réalité bien vivante. Il a relevé que les familles venues notamment d'Afrique et d'Amérique latine portent avec elles une foi profonde, capable de raviver le dynamisme de paroisses marquées par une forte sécularisation, allant jusqu'à les qualifier de véritables « missionnaires » pour l'Église canadienne. S'y ajoute la précieuse contribution des prêtres fidei donum venus d'Afrique, de Colombie et d'autres pays d'Amérique latine, qui, dans plusieurs diocèses — dont le sien — représentent aujourd'hui une part importante du clergé en service. Mgr Goudreault a enfin proposé trois axes pour un chemin commun entre les Églises des Amériques : renforcer le réseau continental d'accueil et de solidarité, agir ensemble contre la traite et les réseaux d'exploitation, et faire entendre une voix prophétique commune pour une mobilité humaine plus juste et plus sûre.

Les autres voix de la rencontre

Du côté des États-Unis, Mgr Brendan J. Cahill, président du Comité pour les migrations de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), a apporté un témoignage particulièrement vibrant sur le climat politique actuel, marqué par une pression croissante contre les migrants. Il a rappelé l'engagement concret de la Conférence épiscopale sur deux fronts : la défense de la prolongation du statut de protection temporaire (TPS) pour la communauté haïtienne — pour laquelle, a-t-il insisté, les conditions de sécurité pour un retour ne sont pas réunies aujourd'hui — et le combat, aux côtés de réseaux diocésains comme la Pastoral Migratoria de Chicago, pour le droit de visite pastorale dans les centres de détention, qui a permis ces dernières semaines de bloquer la construction de nouvelles structures de détention. Mgr Cahill a également évoqué la messe récemment célébrée dans la région de Washington par le Cardinal Chibly Langlois d'Haïti et l'Archevêque Thomas Wenski de Miami en soutien à la communauté haïtienne, ainsi que l'appui reçu à cet égard de la part de certains responsables politiques républicains, signe qu'il est possible de changer les cœurs. Reprenant le témoignage offert l'année précédente par Dylan Corbett du Hope Border Institute à San José, au Costa Rica, il a insisté sur la valeur des « petits récits d'espérance et de survie » : des histoires de prêtres qui rejoignent des détenus pour la confession et la communion, de familles séparées qui retrouvent la force d'avancer, de communautés qui, malgré la souffrance, continuent de témoigner qu'un autre récit, pour chaque personne, demeure toujours possible.

Le Prof. Gerardo Cruz González, chercheur à l'OSMECA et professeur à l'Université nationale autonome du Mexique, a proposé une réflexion sur la transition magistérielle du Pape François au Pape Léon XIV, relisant les « quatre verbes » — accueillir, protéger, promouvoir, intégrer — à la lumière des nouveaux défis historiques et de l'encyclique de Léon XIV sur la dignité humaine, rappelant aussi la valeur de la mémoire historique, depuis la dénonciation de Fray Antonio de Montesinos en 1511 jusqu'à l'actuelle crise de la mobilité humaine à l'échelle mondiale.

Un regard vers l'avenir

La rencontre s'est conclue par l'annonce des prochaines étapes du réseau : un troisième webinaire sur les droits humains, prévu le 27 août, et la XIVe Réunion, qui se tiendra à San Cristóbal de las Casas, au Mexique, du 9 au 13 août 2027.

La présence, désormais bien établie depuis quatre ans, du diocèse de Montréal à ce rendez-vous continental confirme un lien d'ouverture et de collaboration avec les Églises sœurs des Amériques. Comme cela a été rappelé à plusieurs reprises durant la rencontre, la pastorale de la mobilité humaine est appelée à répondre ensemble, au-delà des frontières nationales et ecclésiales, aux défis d'un phénomène qui concerne l'ensemble du continent.

 

 

Alessandra Santopadre
Adjointe, Office des communautés culturelles et rituelles
Responsable, Programme de parrainage, réfugiés et demandeurs d'asile

Archidiocèse de Montréal