Montréal

Réflexion sur un webinaire tenu sous le thème « La mobilité humaine et les droits humains : un regard depuis l’espérance », organisé par l’Observatoire socio-pastoral de la mobilité humaine de Mésoamérique et des Caraïbes (OSMECA), le Conseil épiscopal latino-américain et caribéen (CELAM), le Hope Border Institute (HOPE) et le Réseau Clamor, avec l’Archidiocèse de Montréal

Le jeudi 27 août 2026, des agents pastoraux, des avocats spécialisés en droits humains et des représentants de l’Église venus de tout le continent américain se sont réunis en ligne pour un webinaire sur les bonnes pratiques pastorales de l’Église dans la défense des droits humains des personnes migrantes. Animée par Gerardo Cruz González, d’OSMECA et du Réseau Clamor, la rencontre a réuni trois voix qui, depuis des contextes très différents, convergeaient vers une même conviction : l’espérance n’est pas un sentiment que l’on offre aux migrants à distance — c’est une pratique que l’on construit avec eux.

L’Archidiocèse de Montréal a eu l’honneur d’y participer, et nous souhaitons partager ce que nous en avons retenu — ainsi que notre propre contribution.

Une bataille juridique née à la fenêtre d’un hôtel

Álvaro Botero, de l’American University, est revenu sur février 2025, lorsque 299 demandeurs d’asile originaires d’Asie et d’Afrique ont été expulsés des États-Unis vers le Panama, un pays où la plupart n’avaient jamais mis les pieds. Il s’agissait, a-t-il souligné, de la première expulsion collective de demandeurs d’asile de pays tiers, une pratique depuis répétée ailleurs avec encore plus de cruauté. Des images de familles appelant à l’aide depuis la fenêtre d’un hôtel de Panama City ont fait le tour du monde ; derrière elles se cachaient une détention au secret et l’absence de procédure régulière. Lorsque l’affaire a attiré l’attention, les autorités ont transféré le groupe vers un centre de détention isolé en pleine jungle, coupant tout accès aux avocats et à la presse. S’en est suivie une alliance improvisée entre avocats spécialisés en droits humains, société civile et Église catholique au Panama, qui a déposé en quelques jours des recours urgents devant la Cour suprême du Panama et la Commission interaméricaine des droits de l’homme.

Trois mots, trois lieux

Amaya Valcárcel, du Dicastère pour le service du développement humain intégral, a proposé une carte pastorale tirée de trois lieux. Le Mexique lui a appris à demeurer : alors que le pays passe de simple lieu de transit à lieu de séjour prolongé et incertain, les migrants vivent un limbe juridique et humain, et la tâche de l’Église est de rester présente sans pouvoir tout résoudre — écouter avant d’agir, afin que personne ne soit réduit à un dossier. Le Cambodge lui a appris à reconstruire : dans la préfecture apostolique de Battambang, des décennies d’accompagnement des réfugiés de retour montrent que le soutien pastoral se poursuit bien après l’urgence, aidant les personnes à retrouver leur autonomie par la terre, une coopérative, ou simplement les moyens de retravailler. Taizé lui a appris à appartenir : l’hospitalité n’y est pas un service rendu à distance, mais une table et une vie partagées, jusqu’à ce que l’étiquette de « migrant » se dissolve dans le simple fait d’appartenir à une communauté.

La contribution de Montréal : l’intégration comme rempart contre l’exploitation

Prenant la parole au nom de l’Archidiocèse de Montréal, Alessandra Santopadre, de l’Office des communautés culturelles et rituelles, a expliqué pourquoi l’intégration importe justement lorsque les politiques migratoires se durcissent : sans elle, les personnes restent dépendantes, sans racines, et bien plus exposées à l’exploitation. Elle a cité la conclusion de 2023 du rapporteur spécial de l’ONU Tomoya Obokata, qui qualifiait le volet à bas salaire du Programme des travailleurs étrangers temporaires du Canada de terreau propice aux formes contemporaines d’esclavage, un permis de travail lié à un seul employeur empêchant les travailleurs de dénoncer un abus sans risquer l’expulsion — comme le résumait un travailleur agricole de l’Ontario, parler mène trop souvent non pas à de l’aide, mais à un renvoi.

Elle a présenté cinq piliers du modèle montréalais : une présence territoriale, en allant là où se trouvent réellement les migrants (comme au centre « Le Pont ») ; le travail en réseau avec des partenaires spécialisés, comme le RATTMAQ et la CAFLA, plutôt que d’agir seul ; la langue comme porte, et non comme barrière, l’isolement étant ce qui permet à l’exploitation de passer inaperçue ; la formation des agents pastoraux pour reconnaître les signaux d’alerte de la traite ; et le plaidoyer public pour un changement structurel, afin que l’accompagnement individuel devienne une protection durable.

Elle a conclu avec les quatre verbes de l’Église — accueillir, protéger, promouvoir, intégrer — non pas quatre étapes successives, mais un seul mouvement mené en même temps. Elle a rappelé l’encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, selon laquelle la manière dont une société traite les migrants et les réfugiés est une épreuve décisive de savoir si sa justice est guidée par la peur ou par la fraternité.

Un horizon commun

Trois expériences très différentes — une bataille juridique au Panama, un itinéraire pastoral sur trois continents et un modèle de lutte contre la traite à Montréal — convergent vers la même conclusion : le déplacement peut priver une personne de dignité, d’autonomie et de sentiment d’appartenance, et la tâche de l’Église est d’aider à restaurer ces trois dimensions, à chaque étape du parcours.

Pour l’Archidiocèse de Montréal, ce webinaire a rappelé que notre travail auprès des travailleurs migrants et des nouveaux arrivants s’inscrit dans un effort bien plus vaste à l’échelle du continent — guidé par la conviction que notre tâche n’est pas simplement de gérer un risque, mais de protéger l’espérance que porte chaque migrant.

Avec nos remerciements à OSMECA, au CELAM, à HOPE et à Gerardo Cruz González pour l’organisation et l’animation de ce webinaire, ainsi qu’à Álvaro Botero et Amaya Valcárcel pour la profondeur de leurs réflexions.