Montréal

Le 19 mars 2021, au 5ième anniversaire de l’exhortation apostolique « Amoris laetitia », traitant de la beauté et de la joie de l’amour, le pape François a inauguré l’année de la famille, qui se conclura le 26 juin 2022, lors de la 10ième rencontre mondiale des familles à Rome. Le Saint Père nous invite à redécouvrir la valeur éducative de la cellule familiale.

Par Erika Jacinto, Directrice des communications du Diocèse de Montréal

Il souhaite que l‘amour familial soit mis davantage en valeur et que l’on promeuve de nouvelles façons d’accompagner les familles sur le chemin vers la sainteté, nous explique à ce sujet le prélat de l’Opus Dei dans sa lettre du 19 mars 2021. Cette « année de la famille » chevauche quelques mois de l’année de saint Joseph. Ce sera une occasion de recourir à saint Joseph pour qu’il veille sur nos familles et nous obtienne des fruits abondants pour cette année. Prendre soin de notre propre famille, veillant tout particulièrement au sens et à l’ambiance de famille, et aller à la rencontre d'autres familles et personnes dans le besoin, voilà des objectifs qui nous concernent tous. Nous serons ainsi de meilleurs témoins de l’amour familial. Il faut prendre au sérieux cette invitation du pape et relire avec attention son texte « Amoris laetitia », que vous pouvez trouver sur le site du Vatican : vatican.va

L’amour dans la famille est au cœur de cette exhortation, et nous y trouvons de quoi nourrir en profondeur une réflexion sur les difficultés actuelles que connaissent les familles d’aujourd’hui. Il y expose des pistes de solutions très concrètes, afin que la famille soit fondée sur l’amour, régénérant toutes les relations en ouvrant des horizons d’espérance.

Ici je n’aurai pas le temps de faire le tour de toutes les richesses de ce texte, mais je vous ferai part de ce qui m’a le plus touché, en vous invitant à en prendre connaissance vous-même. Le chapitre 4 sur l’amour dans le mariage, que je vous recommande tout particulièrement, nous parle de la croissance, la consolidation, l’approfondissement de l’amour conjugal et familial.

PATIENT : L’amour est « patient », comme nous le dit le très beau texte de l’hymne à l’amour de saint Paul choisi par plusieurs couples pour leur mariage. La patience est entendue ici comme un amour lent à la colère...c'est-à-dire qui ne se laisse pas mener par les impulsions, qui évite d’agresser. Le problème survient lorsque nous exigeons que les relations soient idylliques, que les personnes soient parfaites, ou lorsque nous nous mettons au centre, et espérons que seule notre volonté s’accomplisse. Alors tout nous impatiente. Cette patience se renforce quand je reconnais que l’autre a le droit de vivre, tel qu’il est, près de moi, peu importe qu’il contrarie mes plans, me dérange dans sa manière d’être ou dans ses idées, en somme qu’il ne soit pas tout ce que j’espérais...L’amour a toujours un sens de profonde compassion à accepter l’autre même quand il agit autrement que j’aurais désiré.

SERVICE : L’amour n’est pas seulement sentiment, mais doit se comprendre dans le sens du mot aimer qui est « faire le bien ». L’amour doit se mettre au service, plus dans les œuvres que dans les paroles.

AIMABLE : Aimer c’est être agréable. Les gestes et les mots sont agréables, pas rugueux, rigides. L’amour déteste faire souffrir les autres. Ne jamais finir la journée sans faire la paix en famille, par de petits gestes, une caresse. Lorsque l’autre pose un geste qui me dérange, ne pas succomber à la violence intérieure, mais bénir dans le cœur. Désirer le bien de l’autre, demander à Dieu qu’il le guérisse et le libère.

PARDON : Aimer, c’est comprendre la faiblesse de l’autre, lui trouver des excuses. La tendance naturelle est plutôt l’opposé, lui trouver plus d'erreurs, de fautes et de méchanceté. La rancœur s’accroît alors et s’enracine. Il faut éviter de donner la même gravité à tout, au risque de devenir impitoyable devant les erreurs. Le pardon est un signe d’amour pas facile qui exige un grand esprit de sacrifice. Mais l'égoïsme, les tensions, les conflits font violence à la communion familiale. Prier pour sa propre histoire. Commencer par nous comprendre, nous pardonner à nous-même, puis il nous sera possible de pardonner aux autres.

EXCUSE TOUT : L’amour limite le jugement de l’autre, il garde le silence. « Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnées » (Lc 6,37). « Ne médisez pas les uns des autres » (Jc 4,11). Les époux ne montrent pas les faiblesses l’un de l’autre. Le conjoint n’est pas seulement ce qui me dérange, mais il est beaucoup plus que cela. Les époux n’exigent pas que l’amour de l’autre soit parfait, ce qui ne veut pas dire que cet amour soit faux ou irréel, mais simplement terrestre. Dans l’idéal chrétien, l’amour dans la famille est un amour en dépit de tout. Après l’amour qui nous unit à Dieu, l’amour du conjoint est la plus grande des amitiés. Cet amour recherche le bien de l’autre, l’intimité, la tendresse, la stabilité, et une ressemblance entre les amis se construit avec la vie partagée. Cet amour s’appelle charité, quand on apprécie et qu’on saisit la grande valeur de l’autre comme une fin en soi, malgré qu’il ne coïncide pas avec des attraits perceptibles physiques ou psychologiques. (maladie, vieillesse) Cela permet de contempler le « sacré » de son être.

DIALOGUE : Le dialogue est une manière privilégiée de vivre, d’exprimer et de faire mûrir l’amour, dans le couple et dans la famille. Dans la communication, le regard qui valorise a beaucoup d’importance, et s’il est refusé il cause beaucoup de torts. « S’il te plaît regarde-moi quand je te parle ». « Mon époux ne me regarde pas, il semble que je sois invisible pour lui ». « Mon épouse ne me regarde pas, elle n’a de yeux désormais que pour ses enfants ». Ce sont des plaintes amères qui supplient l’autre afin de se sentir aimé au regard de l'autre. Communiquer c’est savoir écouter jusqu’au bout, sentir que l’on est compris. Cultiver l’habitude d’accorder une réelle importance à l’autre. Essayer de se mettre à sa place, d’interpréter ce qu’il a au fond du cœur, pour y déceler ce qui le passionne. Prendre comme point de départ cette passion pour approfondir le dialogue.

EN GÉNÉRAL : Les familles chrétiennes ne peuvent s’enfermer dans leur confort et s’isoler indifférentes aux familles pauvres dans le besoin. Nous devons considérer également les besoins dans la famille élargie, des personnes qui ont besoin d’aide, de réconfort, de compagnie et de gestes d’affection. En ce temps de pandémie nous en avons été davantage conscients. La famille est celle qui introduit la fraternité dans le monde. Grandir entre frères offre une belle expérience de se protéger mutuellement, d’aider et d’être aidés. Cet apprentissage parfois pénible porte des fruits savoureux toute la vie durant, on y apprend la cohabitation humaine. Le mariage est un chemin de maturation, où chacun est l’instrument de Dieu pour faire grandir l’autre. Chacun peut y apprendre l’amour.

Il est possible que l’un des deux époux ne soit pas baptisé, ou ne veuille pas vivre ses engagements dans la foi. Il est toujours possible de trouver des valeurs communes, qui peuvent être partagées et cultivées avec enthousiasme. De toute manière, aimer le conjoint, le rendre heureux, soulager ses souffrances, et partager la vie avec lui, est un vrai chemin de sanctification.

RENFORCER L’ÉDUCATION DES ENFANTS : Les parents influent toujours sur le développement moral de leurs enfants, en bien ou en mal. La famille a toujours besoin de se demander à quoi elle veut exposer ses enfants. S'interroger sur ceux qui sont chargés de leurs divertissements, leurs loisirs, ceux qui rentrent dans leurs chambres à travers leurs écrans. À qui confions-nous nos enfants? Seuls les temps que nous passons avec eux en parlant avec affection et simplicité de choses importantes et les possibilités saines que nous créons pour eux, afin qu’ils occupent leur temps permettent d’éviter des invasions nuisibles. Soyons vigilants, ne les abandonnons pas. Le développement affectif et moral d’une personne exige une expérience fondamentale, croire que ses parents sont dignes de confiance. Par l’affection et le témoignage, nous créons la confiance chez les enfants, leur inspirant un respect plein d’amour. La tâche des parents comprend éduquer la volonté et développer de bonnes habitudes et tendances affectives vers le bien. Pour bien agir, il ne suffit pas de bien juger, de seulement savoir ce qu’on doit faire. On le sait par expérience, dans certaines circonstances nous sommes incohérents par rapport à nos propres convictions. Il faut aussi expliquer jusqu’à quel point il faut bien agir et quel est le bien qui peut en résulter. Il faut créer des bonnes habitudes, des vertus, en encourageant, stimulant, la répétition d’actes libres et valorisés de certains bons comportements.
La liberté est un don merveilleux et l’éducation morale est une formation à la liberté.

VALEUR DE LA SANCTION COMME STIMULATION : Il est indispensable que les parents sensibilisent l’enfant pour qu’il se rende compte que ses mauvaises actions ont des conséquences. L’enfant doit développer sa capacité de se mettre à la place de l’autre et de compatir à sa souffrance lorsque celui-ci lui a causé du tort. Orienter l’enfant avec fermeté pour qu’il demande pardon et répare les torts causés à l’autre. La correction est valorisée lorsque l’enfant reconnaît que ses parents gardent une confiance patiente. L’enfant qu’on punit avec amour sent qu’il est pris en compte, perçoit qu’il est quelqu’un, que ses parents reconnaissent ses possibilités. L’enfant a surtout besoin que ses parents ne se laissent pas mener par la colère. Il se fait reprendre mais jamais comme un ennemi sur qui on décharge sa propre agressivité. Réalisme du parent qui ne demande pas ce qui représente un sacrifice disproportionné pour son âge et ses capacités. Éduquer à la patience chez l’enfant surtout dans cette ère d’anxiété et de vitesse technologique. Il doit apprendre à attendre, retarder n’est pas nier la possibilité de jouer avec des dispositifs électroniques, mais faire patienter. C’est un apprentissage important, sinon les adolescents grandissent et deviennent des adultes impatients avec le vice du « je veux et j’ai ».

CONCLUSION : Voici quelques idées qui peuvent nous aider à améliorer l’ambiance de notre propre famille. Il s’agit de repérer quels sont les points à améliorer chez nous. En choisir un ou deux et faire des plans pour atteindre des objectifs réalistes. Discuter avec notre conjoint des stratégies à employer, et faire preuve de patience aimante dans leur application. Faire de petits pas, sans vouloir tout régler d’un coup.

Ne pas attendre d’être la famille parfaite afin d’aider d’autres familles. Être généreux dans notre ouverture aux autres familles, accueillir dans notre foyer, simplement, avec le cœur ouvert. Nous réalisons bien vite que chaque famille peut être un support à sa façon pour une autre famille, malgré ses propres limites.