Humanisme sans transcendance : une réflexion sur les fondements de la dignité humaine
Montréal
Dans le cadre de la série Dialogue et espérance, la Fondation du Grand Séminaire de Montréal a accueilli la théologienne Thuy-Linh Christiane Nguyen, PhD, professeure et responsable de la formation spirituelle, pour une conférence intitulée « Humanisme sans transcendance : impasse ou illusion ? ». La soirée a mis en lumière une question à laquelle la culture moderne revient : que devient la dignité humaine sans Dieu ?
La professeure Nguyen a ouvert sa réflexion en retraçant l'évolution historique de l'humanisme, cette tradition de pensée qui cherche à comprendre et à affirmer ce qu'il y a de plus pleinement humain en l'être humain. De la Renaissance, qui plaçait Dieu au centre et à la mesure de l'existence humaine, aux Lumières, qui ont progressivement repositionné l'être humain lui-même comme cette mesure, elle a identifié une rupture majeure. Ce passage du théocentrisme à l'anthropocentrisme a, selon elle, lentement repoussé la transcendance, c'est-à-dire la reconnaissance que la personne humaine est fondamentalement orientée vers quelque chose qui la dépasse, aux marges de la compréhension contemporaine de l'humanité.
S'appuyant sur les travaux de Jacques Maritain et d'Henri de Lubac, la professeure Nguyen a examiné les limites de l'humanisme athée. En cherchant à construire une vision de l'humanité sans référence à Dieu, certaines idéologies modernes n'ont pas libéré la personne humaine, mais ont progressivement miné les fondements mêmes de la dignité humaine, contribuant à la dérive déshumanisante dont les effets ont profondément marqué le XXe siècle.
La conférence a également retracé la manière dont les papes successifs ont répondu à ces enjeux. De Jean-Paul II et Benoît XVI jusqu'au pape François, le même appel traverse leur enseignement : redécouvrir un humanisme intégral, une vision de la personne humaine fondamentalement ouverte à Dieu et aux autres. La personne est plus que ses conditions matérielles, plus que ce qu'elle produit, consomme ou accomplit. C'est dans la relation, la fraternité et l'amour que sa vie trouve son sens le plus plein.
La question qui traversait toute la conférence s'est également imposée dans les échanges : celle de la métaphysique, cette branche de la philosophie qui s'interroge sur la nature de la réalité et sur ce que signifie être humain. Sans ce fondement, a soutenu la professeure Nguyen, il devient difficile de maintenir une vision cohérente de la liberté, du bien et de la dignité humaine. Chaque personne, a-t-elle observé, porte en elle un désir profond d'absolu, de quelque chose qui la dépasse, et ce désir témoigne d'une ouverture à la transcendance que nulle pensée humaine ne peut à elle seule expliquer ou combler.
La professeure Nguyen a conclu en invitant l'assemblée à ne pas sous-estimer les enjeux liés à l'athéisme contemporain, mais à proposer un humanisme ouvert, capable de répondre aux aspirations les plus profondes de la personne humaine. Le plein épanouissement de la personne, a-t-elle soutenu, passe par un dépassement de soi, orienté vers Dieu.
Vous pouvez visionner l'enregistrement complet sur YouTube ici :
Joanne Dorcé
Gestionnaire du contenu et directrice adjointe,
Service des communications
Archidiocèse de Montréal
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