Montréal

La Fondation du Grand Séminaire de Montréal a tenu, le samedi 9 mai dernier, une nouvelle rencontre de sa série Dialogue et espérance autour du thème : « La laïcité au Québec : perspectives pour le vivre-ensemble ». Réunissant des intervenants issus des milieux religieux, universitaires et communautaires, l’événement a permis d’ouvrir un dialogue nuancé sur les défis contemporains de la laïcité dans la société québécoise.

Animé par Francis Denis, le panel a abordé les transformations récentes du paysage social québécois, les enjeux entourant la neutralité de l’État ainsi que la place des convictions religieuses dans l’espace public.

Dans son mot d’ouverture, Alexandrina Diac, directrice générale de la Fondation du Grand Séminaire de Montréal, a rappelé que cette série de conférences vise à offrir des repères de réflexion dans une société en constante évolution, en favorisant le dialogue entre différentes perspectives.

Une réflexion sur la « juste laïcité »

Les échanges ont mis en lumière la complexité du concept de laïcité, dont les définitions et les interprétations varient selon les contextes historiques, politiques et culturels.

Jean-Christophe Jasmin, directeur de l’Institut Cardus pour le Québec, a notamment souligné l’importance de distinguer la neutralité de l’État de la diversité propre à la société civile. S’appuyant sur les travaux du philosophe Paul Ricœur, il a rappelé que l’État doit agir comme arbitre au service du bien commun, sans chercher à imposer une vision uniforme des valeurs ou des croyances.

De son côté, Marie-Claude Lalonde, directrice nationale d’Aide à l’Église en Détresse Canada, a présenté un portrait mondial de la liberté religieuse. Elle a rappelé que de nombreuses populations vivent encore aujourd’hui dans des contextes de discrimination ou de persécution religieuse, soulignant la fragilité de cette liberté fondamentale.

Une laïcité ouverte au dialogue

Parmi les interventions marquantes de la rencontre, Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, a proposé une réflexion sur la place de la foi dans une société démocratique et pluraliste.

Mgr Lépine a rappelé que la laïcité ne devrait pas être perçue comme un outil d’exclusion des convictions religieuses de l’espace public, mais plutôt comme un cadre permettant le respect de toutes les consciences. Il a insisté sur la distinction entre la neutralité de l’État et la réalité pluraliste de la société civile, composée de citoyens porteurs de convictions, de cultures et de traditions diverses.

L’archevêque de Montréal a également souligné que l’être humain ne peut être compartimenté entre sphère privée et sphère publique. Selon lui, les convictions spirituelles participent à la manière dont une personne agit, sert et contribue à la société.

Dans son allocution, il a aussi invité l’assemblée à dépasser le seul débat sur les valeurs afin de réfléchir à la question du sens et de la transcendance dans l’espace public. « Les valeurs détachées de leur source finissent par faner », a-t-il notamment affirmé, rappelant que le vivre-ensemble repose aussi sur une vision profondément humaine de la personne et de sa dignité.

Mgr Lépine a également insisté sur l’importance de développer une véritable « culture de la rencontre ». Pour lui, le vivre-ensemble ne peut se construire uniquement à travers des lois ou des règlements, mais repose avant tout sur le dialogue, l’écoute et le respect mutuel.

Une réalité vécue sur le terrain

La discussion a également été enrichie par l’intervention d’Alessandra Santopadre, adjointe au directeur de l’Office des communautés culturelles de l’Archidiocèse de Montréal, qui a apporté une perspective ancrée dans la réalité des croyants issus de l’immigration.

Dans le contexte des débats entourant la laïcité au Québec, elle a rappelé que plusieurs personnes immigrantes ressentent une pression implicite à rendre leur foi invisible afin de mieux s’intégrer à la société. Elle a souligné que cette réalité peut entraîner une forme de fracture intérieure et fragiliser le sentiment d’appartenance.

Mme Santopadre a également mis en lumière le rôle essentiel des paroisses multiculturelles comme lieux de rencontre, d’accueil et de solidarité. Selon elle, ces communautés constituent de véritables espaces de vivre-ensemble où des personnes de différentes origines apprennent à se reconnaître dans une dignité commune.

L’événement s’est conclu par une période de questions avec le public, suivie d’une messe et d’un moment d’échange convivial.

La rediffusion complète du panel est disponible sur YouTube.

Visionner la conférence « La laïcité au Québec : perspectives pour le vivre-ensemble »