Montréal

Voici la onzième lettre pastorale de l'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.

« Le Peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande Lumière » (Is 9, 1).

Les faits mis en lumière par le Rapport Capriolo, dans la foulée des crimes récents commis par un prêtre sur des mineurs, nous plongent dans une nécessaire nuit et nous ouvre un chemin de transformation. Je m’unis à votre douleur et à la peine du Peuple de Dieu et de la société dans notre Archidiocèse.

Il y a un an j’ai demandé à l’Honorable Pepita G. Capriolo, juge à la retraite, de retracer les événements qui ont permis à un abuseur de passer entre les mailles du filet.  Depuis je lui ai demandé de faire des recommandations.

À la lecture du rapport, il s’agit pour moi, ni de blâmer, ni d’excuser, mais d’entreprendre un chemin de transformation personnel, communautaire et institutionnel pour qu’il n’y ait plus jamais de crimes d’abus sexuels sur des mineurs et des personnes vulnérables.

Ce travail ne peut se suffire à lui-même. C’est un combat entre la Lumière et les puissances des ténèbres, entre le péché et la grâce, qui se déroule dans notre âme et qui se répercute dans des façons de vivre, de faire et d’omettre. Mais c’est tout d’abord un combat où nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes : « Aujourd’hui, …, vous est né un Sauveur » (Lc 2, 11).

Nous sommes appelés, comme Peuple de Dieu à annoncer au monde la naissance de Jésus, unique Sauveur du monde, mais nous avons aussi besoin d’être sauvés. L’Église est sainte mais elle est composée de membres pécheurs. 

Tout renouvellement personnel et ecclésial ne peut que partir et repartir sans cesse de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme. Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie, Il est la Lumière du monde, et « La Lumière brille dans les ténèbres » (Jn 1, 5). Sans Lui nous ne pouvons rien faire.

Le Pape François, dans sa « Lettre au Peuple de Dieu, à propos des abus sexuels » (20 août 2018), nous invite à souffrir avec les personnes qui souffrent, en pensant à la douleur des victimes, de leurs familles et de leurs communautés. Il met en garde de façon répétée contre les abus sexuels, les abus de pouvoir et de conscience. Il appelle au repentir et à la pénitence, à la prière et au jeûne, à la prévention et à la réparation.

En écrivant cette lettre je pense avec affection à toutes les personnes qui ont lancé des signaux mais pour lesquels il y a eu un manque de vérification et d’enquête. J’exprime envers vous mon plus profond regret devant cette défaillance. Le ministère sacerdotal et diaconal est appelé à servir l’ensemble des fidèles, mais il a aussi besoin des fidèles dans le Christ.

Unissons-nous à la prière du Pape François : « Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées [des personnes vulnérables] ». Nous avons besoin d’un Sauveur et nous avons un Sauveur.

Entrons dans l’Avent en gardant notre regard fixé sur Noël. Que la naissance de Jésus mette un baume sur la douleur des victimes, de leurs familles et de l’Église.

Dans les semaines et dans les mois qui viennent nous annoncerons des mesures et ferons des invitations visant un renouvellement de notre cœur et de notre vie.

Que l’Archange Saint Michel combatte pour que la vérité se fasse!

Que Marie nous protège de la séduction du mal!

Que Dieu vous bénisse pour que votre cœur soit rempli d’une nouvelle soif d’aimer Dieu et d’une nouvelle espérance!

 

† Christian Lépine
Archevêque de Montréal