Montréal

À une époque marquée par la multiplication des sources d'information, l'essor de l'intelligence artificielle et la circulation des fausses nouvelles, que signifie encore « dire la vérité »? C'est à cette question que s'est intéressé le frère Maxime Allard, dominicain et professeur de théologie, lors d'une conférence publique organisée par la Fondation du Grand Séminaire de Montréal.

Intitulée « Histoires de la vérité : dire vrai aujourd'hui, est-ce encore possible? », cette rencontre a proposé une réflexion philosophique et théologique sur notre rapport à la vérité, en s'appuyant notamment sur la pensée de saint Thomas d'Aquin.

Deux façons de comprendre la vérité

Dès le début de son exposé, le frère Allard a reconnu que la notion de vérité suscite aujourd'hui de nombreuses interrogations : sommes-nous toujours tenus de dire la vérité? Existe-t-il une vérité objective? Comment discerner le vrai dans un contexte marqué par le relativisme, le nihilisme et les fausses nouvelles?

Pour éclairer ces questions, il a présenté une distinction inspirée du philosophe Michel Foucault. D'une part, la vérité peut être comprise comme un savoir que l'on découvre, démontre et vérifie grâce à des méthodes rationnelles, comme c'est le cas dans les sciences. D'autre part, il existe une vérité qui se manifeste comme un événement : une vérité qui surgit dans une rencontre, une révélation ou un moment décisif de l'existence, particulièrement présente dans la tradition biblique.

La vérité selon saint Thomas d'Aquin

Le conférencier s'est ensuite arrêté à la pensée de saint Thomas d'Aquin, souvent résumée par la célèbre définition de la vérité comme « l'adéquation entre l'intellect et la réalité ».

Le frère Allard a toutefois montré que cette définition mérite d'être nuancée. Si l'être humain connaît parfaitement ce qu'il crée lui-même — comme un artisan connaît le plan de son œuvre — la connaissance du monde créé demeure toujours partielle. Elle progresse grâce à la recherche scientifique, mais aussi par la confiance, l'écoute et la foi.

Cette perspective rappelle que toute quête de vérité demande à la fois humilité et ouverture.

Dire vrai aujourd'hui

En conclusion, le frère Allard a proposé trois attitudes essentielles pour vivre dans la vérité aujourd'hui.

La première consiste à poursuivre une connaissance critique du monde, en cultivant l'étude, le discernement et le dialogue.

La deuxième invite chacun à développer une véritable authenticité personnelle. Se connaître soi-même, notamment par la prière et la relecture de vie, permet d'habiter plus profondément la vérité de son existence.

Enfin, il a souligné l'importance de demeurer ouvert à l'inattendu. Toute vérité ne peut être entièrement maîtrisée par la seule raison; certaines réalités se révèlent progressivement dans les événements, les rencontres et l'action de Dieu.

Un dialogue avec le public

La conférence s'est conclue par une période d'échanges avec les participants. Les questions ont porté sur des sujets très actuels, notamment le mensonge par omission, la place de l'authenticité dans les relations humaines, la subjectivité des opinions ainsi que les défis que pose l'intelligence artificielle à notre manière de chercher et de communiquer la vérité.

En proposant un dialogue entre philosophie, théologie et expérience humaine, cette conférence a offert des pistes de réflexion pour mieux comprendre ce que signifie aujourd'hui rechercher, accueillir et dire la vérité, dans un monde où celle-ci semble parfois difficile à discerner.


Pour aller plus loin

Cette conférence soulève des questions essentielles sur notre rapport à la vérité, à la foi et au discernement dans le monde contemporain. Nous vous invitons à visionner l'intégralité de l'intervention du frère Maxime Allard, ainsi que la période de questions qui a suivi la conférence.

▶️ Regarder la conférence : (insérer le lien YouTube ici Histoires de la vérité : dire vrai aujourd’hui, est-ce encore possible ? )



Joanne Dorcé
Gestionnaire du contenu et directrice adjointe,
Service des communications

Archidiocèse de Montréal