Ordonnés pour servir : le ministère des diacres

UN PEU DE VOCABULAIRE

Dans ses lettres, Saint Paul identifie trois figures ministérielles importantes liées à la structure de la jeune Église : l'évêque, le prêtre et le diacre.

Le mot évêque vient du grec épiscope qui veut littéralement dire surveillant. L'expression prêtre a évolué en français à partir du mot presbuteros qui signifie ancien. Quant au mot diacre, il est calqué sur diaconos, servant ou esclave. Le diacre a été ordonné au diaconat, il exerce la diaconie dans l'Église, il offre un service diaconal : autant d'expressions qui gravitent autour de l'idée de service. Le Pape Benoît XVI a statué de façon formelle :
Ceux qui sont constitués dans l'Ordre de l'épiscopat (les évêques) ou du presbytérat (les prêtres) reçoivent la mission et la faculté d'agir en la personne de Christ Chef; les diacres en revanche deviennent habilités à servir le Peuple de Dieu dans la diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité.

D'une part, évêques et prêtres sont ordonnés comme chefs dans l'Église pour y exercer le "pastorat", c'est-à-dire pour animer les diocèses et les communautés chrétiennes, pour guider le Peuple de Dieu dans la louange et la vie fraternelle. D'autre part, les diacres sont ordonnés pour exercer un triple service dans l'Église : service dans la liturgie, service dans l'évangélisation, service dans l'engagement auprès des pauvres et des personnes dans le besoin.

On comprend donc, dans un premier temps, que le diacre n'est pas un « miniprêtre », quelqu'un qui pourrait remplacer le prêtre dans le ministère qui est le sien. Et nous n'ordonnons pas des diacres parce que nous manquons de prêtres. Il s'agit de deux ministères bien différents et complémentaires. Nous y reviendrons.

UN PEU D'HISTOIRE

Au fil des premiers siècles, ces trois ministères ordonnés ont été structurés de façon plus précise. L'évêque était le 'père' d'une Église locale, centrée autour de la cathédrale dans une ville importante. Les prêtres représentaient l'évêque dans les communautés éloignées de ce centre urbain, les paroisses. Quant aux diacres, ils agissaient comme des adjoints personnels de l'évêque, s'occupant des diverses tâches administratives, organisant le service des pauvres, jouant un rôle spécifique dans les grandes liturgies où ils proclamaient l'Évangile et assistaient l'évêque à l'autel.

Il y avait une gradation dans ces trois ministères : un homme était d'abord ordonné diacre; si l'évêque en décidait, il pouvait ensuite être ordonné prêtre; les nouveaux évêques étaient choisis parmi ceux qui étaient déjà prêtres. Il y avait donc des diacres qui devenaient prêtres - des diacres « transitoires » - et d'autres diacres qui passaient leur vie dans ce ministère - des diacres « permanents ».

La figure du diacre permanent est disparue vers le sixième siècle, pour n'être rétablie qu'au Concile Vatican II, il y cinquante ans. Certains diocèses dans le monde ont rapidement accueilli ce nouveau ministère, ont organisé des sessions de formation, ont ordonné de nombreux diacres permanents. D'autres ont pris leur temps. Le diocèse de Gatineau figure parmi ces derniers.

Peut-être une des raisons qui ont fait hésiter notre diocèse était la peur que le diaconat permanent soit érigé en opposition aux autres ministères : celui du prêtre, celui de l'agente ou de l'agent de pastorale, ou encore des nombreux ministères exercés par les fidèles des paroisses. Aujourd'hui, nous comprenons mieux la complémentarité de ces divers ministères.

LA COMPLÉMENTARITÉ DES MINISTÈRES 

Une façon de comprendre cette complémentarité est en rapport avec le double mouvement de l'Église : rassemblement et mission.

On pourrait dire que les prêtres et les agentes de pastorale sont plutôt centrés sur le mouvement de rassemblement : ils aident les baptisés/confirmés à devenir une vraie communauté fraternelle, rassemblée par la Parole et les sacrements.

Les diacres permanents sont plutôt centrés sur le mouvement de mission : ils aident les baptisés/confirmés à aller vers le monde pour lui porter la Bonne Nouvelle; pour travailler à la venue du Royaume en oeuvrant pour la justice, la paix et la joie des coeurs; en vivant une vie qui témoigne de la présence du Ressuscité au coeur du monde.

Chaque diacre permanent, en lien avec l'évêque, choisit un domaine particulier d'engagement - le projet diaconal - auquel il pourra se consacrer. Ce projet doit dépasser les limites de sa paroisse d'appartenance et s'ouvrir sur le monde. Et il doit chercher à susciter la collaboration d'autres fidèles dans sa réalisation. Par exemple, un projet diaconal peut être centré sur les personnes âgées qui vivent en solitude, sur les jeunes décrocheurs, sur les couples en difficulté, sur les gens en quête de foi, sur les situations d'injustice sociale dans notre milieu ou ailleurs dans le monde. En un certain sens, le diacre permanent est l'animateur de l'Église en marche vers les autres. En réponse à l'invitation du Pape François, ils invitent tous les fidèles à se déplacer avec eux vers la périphérie. Ils exercent leur ministère « au seuil de l'Église ».

Certes, le diacre appartient toujours à une paroisse. D'ailleurs, sa candidature doit être présentée et appuyée par la communauté paroissiale. Celle-ci doit agir comme lieu d'insertion pendant son cheminement vers l'ordination. Une fois ordonné, il pourra exercer le ministère qui lui revient dans les liturgies de sa paroisse: accompagner le prêtre, proclamer l'Évangile, prêcher à l'occasion, assister à l'autel. Mais ce service liturgique demeure secondaire par rapport au projet diaconal qu'il s'est donné. On pourrait même dire que son projet diaconal colore son ministère liturgique, lui donne une spiritualité particulière. Ainsi, ses homélies porteront souvent sur le mouvement de mission qui doit caractériser la vie chrétienne.

Le droit de l'Église permet aussi au diacre de présider des funérailles et des mariages sans messe. Il peut même célébrer des baptêmes à la paroisse, tout en reconnaissant que la célébration du baptême revient d'abord au pasteur de la communauté paroissiale qui, à titre d'animateur principal de cette communauté, y accueille les nouveaux membres.

De toute façon, ces services occasionnels que peut rendre le diacre permanent ne doivent pas se multiplier faute de prêtres. Il faudra trouver ailleurs les solutions possibles à cette pénurie, car - comme je l'ai déjà énoncé - le diacre n'est pas appelé à remplacer le prêtre. Il a son ministère propre.

L
A VIE DES DIACRES PERMANENTS 

L'antique tradition de l'Église permet d'ordonner un homme marié au diaconat permanent. De fait, Jean-Paul, Denis et René sont tous mariés et pères de famille. Il est important de noter que la vocation de mariage - et de père de famille - doit être prioritaire dans la vie d'un diacre permanent: le service diaconal qu'il rend à l'Église ne doit pas nuire à son mariage et à sa vie de famille, mais l'enrichir.

De plus, s'il n'est pas rendu à l'âge de la retraite, il doit s'assurer d'avoir un emploi, car il ne reçoit pas de salaire du diocèse ou de sa paroisse. En ce sens, le diacre permanent est un bénévole, même si son ordination le consacre à un bénévolat particulier et permanent.

On comprendra que le diaconat permanent nécessite un équilibre personnel harmonieux où s'intègrent la santé physique, la santé psychologique et la santé spirituelle. En effet, sa vie doit s'intégrer dans une relation profonde au Christ, le premier diacre, lui qui est venu « non pour être servi, mais pour servir ». Un signe de cette relation est son engagement à prier laudes et vêpres - prières du matin et du soir - tous les jours. En s'unissant ainsi à la prière de toute l'Église, ils reviennent continuellement à la source de leur vocation et de leur ministère : le Christ.

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Extrait de la lettre pastorale du 11 octobre 2013 par Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau. 

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