L’onction des malades, une visitation

Haute Fidélité Vol. 125 (2007) Numéro 5

« Un peu de foi ! » Telle est l'invitation lancée pour ce numéro de la revue diocésaine Haute Fidélité. C'est dans cet espace de foi et d'espérance que j'aimerais - trop rapidement hélas - situer le sacrement de l'onction des malades.
(source : S. M. Saint-Michel, r.h.s.j.)
Jusqu'au concile de Vatican II, le rituel officiel de l'Église parlait de l'extrême-onction pour désigner ce sacrement. On avait l'habitude de le proposer le plus près possible du moment de la mort. À cette époque, et contrairement à ce qui se passe de plus en plus souvent de nos jours, on cachait la mort. La proposition de l'extrême-onction faisait ressortir toutes les peurs de la mort autant chez la personne malade que chez les proches.

Avec la parution de l'adaptation française (1977) du rituel romain (1972), l'intitulé du rituel a changé. On ne parle plus seulement de l'onction des malades mais de Sacrements pour les malades. Pastorale et célébrations. Le terme sacrement est au pluriel. Le rituel comporte maintenant une grande variété de propositions pastorales pour que ces moments soient davantage des expériences, des signes de salut dans le monde des personnes malades : visites des malades, communion des malades, onction des malades, viatique1 et recommandation des mourants. On a également voulu donner une dimension communautaire à ce sacrement.

Comme une salutation de Dieu


En somme, ces propositions, très diverses, faites dans le rituel des sacrements pour les malades, étalent la sacramentalité dans le temps, pour mieux vivre des moments significatifs dans l'évolution de la personne malade. Comme on visite une personne connue et aimée, la sacramentalité gagnerait à être interprétée et vécue comme une « salutation » de Dieu et comme une «visitation» du prêtre ou des membres de la famille, ou encore des amis qui veulent célébrer avec la personne les étapes d'évolution de sa maladie. Il s'agit là d'un changement profond et majeur dans la signification et la mise en oeuvre de cette sacramentalité qui n'a pas toujours été bien perçue dans la pratique pastorale. En effet, ne serait-on pas en droit de s'interroger sur cette pratique de la messe des malades, où l'on voit arriver des gens très bien portants qui désirent accéder à ce sacrement ?

On essaie dans bien des communautés chrétiennes de proposer ce sacrement comme celui des vivants, celui des personnes gravement malades - et ce, avec raison. Retenons que les gestes et paroles du sacrement favorisent et remettent en valeur dans une ritualité simple, intelligemment comprise, une démarche de foi en Église avec une dimension humaine très perceptible. Il s'agit d'une visitation de Dieu à travers l'action pastorale des prêtres ou des responsables ainsi que de la famille et des amis.


Un geste de compassion et d’espérance


Cette sacramentalité offerte maintenant « par étapes » est une expérience de partage, de compassion, de foi et d'espérance, auprès des personnes dont la vulnérabilité est atteinte : offrir le partage du pain «eucharistié» dans la communion - parfois même, quand le moment est pertinent, communier avec la personne malade, vivre l'onction dans un cadre domestique ou communautaire plus large. En somme, vivre des gestes et des paroles avec la personne qui trouve difficile de retrouver l'espoir que malgré tout une vie est encore possible, qu'elle est accompagnée du Dieu manifesté en Jésus ; qu'un avenir est toujours ouvert au-delà de ce qui se montre à voir, audelà de l'inéluctable. 

Ce que le rituel fait également ressortir, autant dans les rubriques que dans les propositions de monitions, c'est, bien sûr, la dimension de foi,mais une foi qui est traversée d'un souci d'humanité que soignants, familles, amis ne cessent de dispenser à la personne malade. La mémoire du Christ peut alors ressurgir au coeur de nos gestes d'humanité. C'est un Dieu qui se manifeste à travers ce que nous sommes. Une salutation de Dieu et une visitation à travers cette vulnérabilité. 

Un sacrement pour la vie


L'onction des malades peut favoriser des réconciliations de toutes sortes : la réconciliation de la personne malade avec son propre corps, la restauration de la communication avec les autres, l'intégration de sa finitude et de sa vulnérabilité. L'Église sait que le corps est le chemin, la médiation, la seule voie pour la personne blessée par la maladie qui veut accueillir la grâce, la gratuité de Dieu. Il m'est déjà arrivé lors d'une célébration de l'onction des malades, après avoir mis de l'huile sur le corps, de voir une sorte de luminosité du corps oint. L'huile laisse sur le corps une trace lumineuse, signe de lumière que ce corps a pu exprimer pour les autres. N'est-ce pas la trace du mystère pascal déjà célébré lors de son baptême ? 

Ce que j'aimerais souligner, en terminant, et sur ce point le rituel est on ne peut plus clair, c'est ceci: le sacrement de l'onction des malades est un sacrement pour la vie, pour vivre au coeur d'une maladie grave. Nous n'oublierons jamais que le dernier des sacrements, ce n'est pas l'onction mais le viatique, le pain pour le grand et le dernier des voyages. 

Guy Lapointe, o.p.
Rédacteur en chef de la revue Vivre et célébrer

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