Servir les malades: « une catéchèse »

André Dupré« Lorsque j'ai été embauché comme coordonnateur en 2007, je n'étais pas conscient à ce moment-là de m'engager dans un service catéchétique », indique André Dupré coordonnateur général du SASMAD. « Tu sais André, au fond, tout ce qu'on fait ici, c'est d'essayer de rendre Dieu proche », lui disait d'ailleurs à ce moment-là Sœur Agathe Brodeur, responsable de l'implantation du service dans l'Est de Montréal.

Mais d'abord SASMAD, qu'est-ce que ça veut dire? C'est l'acronyme pour Service d'accompagnement des malades et des personnes âgées à domicile. Depuis 1992, Sœur Madeine Saint-Michel, religieuse Hospitalière de Saint-Joseph, a travaillé à la mise sur pied de ce service qui lui paraissait de plus en plus essentiel. Après plus de 40 ans dans le réseau de la santé, que ce soit auprès des malades ou dans l'administration, Sœur Madeleine sentait l'urgence agir.

Elle écrit en 2007 : « Au CLSC Villeray, un jour donné, il y avait 800 malades d'inscrits. Sur ce nombre, 125 étaient mourants à leur domicile, et de ceux-là, 90 étaient connus de la popote roulante. Seulement 12 des 125 mourants étaient connus et visités des paroisses. » Soutenue par plusieurs personnes, elle implantera d'abord le service dans le nord du diocèse, pour ensuite l'offrir graduellement partout sur le vaste territoire du diocèse de Montréal, à partir l'an 2000. Le SASMAD donne ses services gratuitement et de manière confidentielle.

En 1999, une fondation - Les amis de Jeanne-Mance -, soutient le travail de ses coordonnateurs et les besoins de formation de ses accompagnatrices et accompagnateurs bénévoles.

Un plant de tomate, comme une 8e merveille du monde!

« Essentiellement, j'ai été amené à me poser des questions sur la sens de mon existence », m'explique André Dupré. C'est dans cet élan de questionnement sur sa vie qu'il commence, en 2007, comme coordonnateur dans l'Est du diocèse. « Ce qui a monté en moi c'était, « je veux parler du bon Dieu. » Je me suis imaginé assis à faire de la catéchèse. Finalement, le bon Dieu m'a amené ailleurs. Ce sera la catéchèse aux adultes. Tu vas en parler en témoignant de sa présence et en étant proche des personnes les plus maganés, les plus vulnérables », explique-t-il.

« Le Chapitre de l'Évangile de Matthieu, chapitre 25, verset 36 - J'étais malade, vous m'avez visité - prenait en moi tout son sens et me permettait de commencer à percevoir l'originalité de la catéchèse qu'est le SASMAD », indique le coordonnateur, pour qui cette fonction représente aujourd'hui un engagement profond.

Bien sûr, parmi les rencontres avec les malades et les personnes âgées, il y a les croyants et les croyantes. L'importance d'être visité par un membre de la communauté chrétienne. Parce qu'il y a le sentiment d'être isolé de Dieu à cause de sa condition, et l'isolement véritable de la communauté chrétienne. « D'où l'importance d'être visitée pour sentir que Dieu continue de prendre l'initiative de venir à cette personne », souligne André Dupré.

« Elles ont besoin d'expérimenter l'amour gratuit de Dieu qui vient les rejoindre dans leur impuissance ». Un Dieu qui « se fait proche ». D'où l'importance capitale qu'accorde le SASMAD à ce que les accompagnatrices et accompagnateurs soient « sans jugement, avec patience et espérance, selon leur possible, et dans une continuité dans le temps », écrit André dans un document qu'il m'a remis. Un accompagnement qui demande d'abord et avant tout une chose essentielle : l'écoute (voir autre article).

Donc, il y a les croyants. Mais, de plus en plus présent dans une société séculière, laïque et agnostique, se trouve également des gens qui disent ne pas croire en Dieu. Ou bien que ce genre de conversation énerve. Ceux-là font aussi appel SASMAD. « Ton bon dieu j'y crois pas, mais t'as l'air gentil, tu peux r'venir », lui a dit un jour un homme. « Il m'a parlé de tomates, de vélo, de sa femme, au fond il m'a parlé de l'essentiel de lui-même, puis au fond, il parlait du bon Dieu », estime André. « Le gars qui me parlait de ses plants de tomates comme de la 8e merveille du monde, c'en était de la contemplation, c'était comme une prière ».

Les gens qui animent le service ne mettent pas d'abord de l'avant, dans le discours du moins, leur croyance et leur foi. Ils accompagnent afin que la souffrance créée par la maladie, la solitude et la vieillesse, qui sont en soi absurde et parfois tragique, deviennent des occasions de sens, de spiritualité. Des occasions de croissances personnelles qui catéchisent non seulement les malades d'une manière ou d'une autre, mais aussi les accompagnateurs.

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Le SASMAD recrute constamment des accompagnatrices et des accompagnateurs bénévoles. Si le défi vous intéresse, 514-272-4441 ou sasmad@diocesemontreal.org. Consultez aussi notre section Devenir bénévole.