L’accompagnement des malades, un second souffle dans la foi

André Dupré Le 1er juin 2015, soirée avec Dr Patrick Vinay et la soprano Julie Lafontaine.

Le SASMAD innove. Je me rappelle qu'antérieurement ce service était présenté au cours d'une messe dominicale. Voilà qu'en ce 1er juin 2015, le SASMAD ne parle pas, mais ouvre grande les portes de l'église du Précieux-Sang à Repentigny pour accueillir ceux et celles qui désirent réfléchir sur la fin de vie et son accompagnement. Toute la population est invitée à une soirée, entrée gratuite, où un invité de marque, le Dr Patrick Vinay, vient partager son expérience de soignant-accompagnant en soins palliatifs, le tout porté par la beauté du chant de Julie Lafontaine. Le SASMAD reste discret toute la soirée, distribuant simplement un dépliant explicatif de ses services, et restant disponible à une table pour répondre aux besoins d'information. Madame Véronica Dobos, coordonnatrice SASMAD, présente brièvement le déroulement de la soirée et exprime son grand souhait : que la soirée nous remplisse d'espérance.

Après un chant interprété par Julie Lafontaine, le micro est remis au Dr Patrick Vinay. Il se présente en donnant les étapes suivies au cours de sa carrière de médecin : néphrologue, chercheur, professeur, ex-doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, médecin soignant à l'unité des soins palliatifs de l'hôpital Notre-Dame pendant dix ans. Il nous confiera, à la pause, que ses dix années en soins palliatifs ne l'ont pas propulsé sur la scène internationale comme au temps de ses recherches, mais ces dernières années sont les plus riches de sa vie. Qu'a-t-il donc appris de si précieux?

Pendant 45 minutes, sur le ton de la confidence, Dr Vinay nous parle du médecin et du malade au moment où le médecin a épuisé tous les recours techniques de la médecine et que le malade fait face à la mort, sa mort. Crise ultime où le malade est appelé à repenser le sens de sa vie et à découvrir qui il est dans la profondeur de son être.  C'est dans un silence étonnant que les quelque 300 participants écoutent le conférencier. Attentifs à son enseignement, les participants revisitent leur propre expérience avec la mort, soit auprès d'un proche mourant,  soit parce qu'ils sont déjà engagés dans le corridor de la mort, ou bien qu'ils revoient leurs activités auprès des personnes en fin de vie, activités d'ordre professionnel ou bénévole. Ils apprennent, heureux d'apprendre. Ce soir-là, la mort n'est plus celle qu'il faut combattre, celle qu'il faut retarder le plus tard possible, discours habituellement entendu dans notre société de performance. La mort n'est plus niée, mais elle devient réalité à regarder, celle de l'autre, mais aussi la nôtre.

Dr Vinay nous démontre, tableau à l'appui, que cette période de crise est aussi importante pour l'agonisant que pour ceux qui l'entourent. La relation médecin-malade devient tout autre. Le médecin ne se centre plus sur la maladie, mais se met à l'écoute du malade dans sa globalité, attentif à l'ensemble de ses besoins. Et c'est de toute une équipe de soignants dont a besoin le malade, bénévoles inclus.  Le médecin porte la responsabilité de soulager les douleurs. Dr Vinay certifie qu'aujourd'hui la médecine peut soulager toutes les douleurs, que la morphine ne provoque pas la mort, mais soulage. Il peut aller jusqu'à offrir de faire entrer le malade dans un coma artificiel, ce qu'il nomme « anesthésie ». Dr Vinay illustre ses propos de multiples exemples d'histoires vécues, rendant ainsi son enseignement bien concret. Certains diront qu'il est bon pédagogue. Le conférencier souligne l'importance du travail des bénévoles, et le répète même. Certains malades ont besoin d'une oreille étrangère pour se raconter; aussi, la personne bénévole devient très précieuse auprès d'eux. Dans ses dix années d'accompagnement à l'unité de soins palliatifs, Dr Vinay a vu tant de guérisons libératrices qu'il a appris QU'ACCOMPAGNER, C'EST VRAIMENT SOIGNER. Il faut relire le synopsis de la conférence que nous avait fait parvenir le Dr Vinay pour saisir ce que les mourants lui ont appris :
« Accompagner c'est vraiment soigner ».
Notre identité se forme au gré de nos expériences et de nos contacts avec les autres. Ceux-ci nous révèlent à nous-mêmes comme nous le faisons pour eux. Les crises, les remises en questions, les épreuves sont de puissants modulateurs de cet incessant développement identitaire. La fin de la vie est une crise ultime : elle produit à la fois une déconstruction partielle, une confirmation profonde et un besoin urgent d'expression de soi. Le contexte personnel, relationnel, spirituel fait surgir le désir puissant de constitution d'un legs qui éclaire et transforme les relations avec les proches. Le temps compté devient précieux. Au bout de soi-même, chacun se retrouve dépouillé de l'inutile et caché dans un mystère personnel qui renouvelle son visage. Lumières et souffrances se côtoient. C'est un temps de créativité et de découverte, un lieu de fragilité et de force, l'appel à un dernier travail dans la forge identitaire. Nous illustrerons notre propos en présentant des situations qui illustrent ce processus d'achèvement identitaire et discuterons en particulier du rôle central de l'accompagnement.


C'est vraiment cela que le Dr Vinay est venu nous partager, c'est cela qui nous a comblés, nous auditeurs-auditrices, et qui a ouvert notre regard sur ce temps précieux de la fin de la vie. C'est ce chemin d'évolution du malade et de ses proches qui fait dire au Dr Vinay que seule la mort naturelle est acceptable. Il n'adhère pas à la nouvelle politique qui permet l'aide médicale à mourir.

Une période de questions de 45 minutes suit l'exposé du Dr Vinay. Un participant, se sentant probablement interpellé, demande quels sont les critères pour devenir accompagnateur-accompagnatrice. Voici ce que priorise le Dr Vinay :

  1. Être un homme, une femme, non un virtuel. Permettre de se laisser surprendre.
  2. Être vulnérable. Critère dont j'ai rarement entendu parler; pourtant il m'apparaît si essentiel maintenant que je vis avec un cancer incurable. Quel accompagnement pourrait-on donner sans cette reconnaissance de sa propre fragilité? Comment se rendre présent et capable de silence avec le malade en fin de vie si on ne se reconnaît pas soi-même fragile, impuissant?
  3. Avoir confiance : « Quelque chose va se passer » dit le Dr Vinay. Dans l'impuissance où nous sommes tous, oui, « quelque chose va se passer ». C'est croire à l'inattendu... C'est avoir foi en l'être humain, quel qu'il soit... Et pour nous chrétiens, c'est croire en ce Dieu Amour pour qui chacun est « son enfant bien-aimé » dont Il prend soin, ce Dieu Père qui connaît mieux nos besoins que nous-mêmes.
  4. Savoir écouter...   
Pour clore une soirée aussi dense, pendant 30 minutes, par son chant, Julie Lafontaine nous élève vers la beauté. Soprano, de sa belle voix, dans la simplicité, elle nous interprète des chants tels que La quête, Con Te Partiro, Summertime. Elle mériterait d'être mieux connue. Les applaudissements, tant au Dr Vinay qu'à Julie Lafontaine, l'ovation, cela témoignait de l'appréciation pour la soirée vécue.

Les échanges entre les participants à la pause et à la sortie de l'église, tous ceux entendus dans les jours suivants, ces échanges parlent d'une grande motivation à se rendre présent à l'autre, dans les derniers temps de sa vie, là où la croissance humaine est toujours possible. On aurait dit que chacun se sentait meilleur, plus humain, plus proche les uns des autres. C'était beau à entendre.

Oui, le SASMAD a donné une grande soirée; il a injecté une dose d'humanisme en chacun. Il a favorisé le développement de liens. Ainsi, de nombreux participants sont repartis, portés par une espérance nouvelle. Tous un peu plus frères et sœurs dans la réalisation du règne de Dieu. Est-ce que les objectifs premiers du SASMAD seront atteints? Est-il mieux connu maintenant? Je ne saurais le dire, mais il a fait cheminer tant de gens que nous ne pouvons que l'inviter à nous offrir d'autres belles soirées si bénéfiques. Alors reste à dire au SASMAD, aux initiateurs de la soirée, André Dupré et Véronica Dobos, ainsi que leurs collaborateurs : MERCI

Marielle Besner

Membre du SASMAD, secteur L'Assomption.