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Avril 2016 - Querelles de clocher : le démembrement de la paroisse Notre-Dame


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Ignace Bourget, deuxième évêque de Montréal, fut à la tête de notre diocèse pendant plus de 35 ans. Durant son épiscopat, il mit en place de nombreuses initiatives et prit d'importantes décisions dont les répercussions sont encore bien visibles aujourd'hui. Un des plus grands changements structurels apportés à l'Église de Montréal durant son épiscopat est assurément le démembrement de la paroisse Notre-Dame. C'était il y a 150 ans.

En 1678, Monseigneur de Laval érige canoniquement la paroisse Notre-Dame sous le vocable du Saint-Nom-de-Marie. Il en confie alors la cure, à perpétuité, aux prêtres de Saint-Sulpice. À partir de 1694, le supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice devenait par la même occasion curé de la paroisse. Si d'autres paroisses existaient sur l'île de Montréal, Notre-Dame demeurait l'unique paroisse de la ville de Montréal alors circonscrite autour de l'église. À ce titre, elle était la seule église de la ville  à tenir des registres. Tous les habitants de la ville et de sa banlieue immédiate devaient donc s'y rendre pour recevoir les sacrements ou faire leurs Pâques. Si cet état de fait ne causait pas de véritable problème au XVIIe siècle, cette situation devint de plus en plus problématique à mesure que grandissait la ville en superficie et en nombre d'habitants. Malgré ces difficultés, les Sulpiciens s'étaient opposés à la création d'autres paroisses dans la ville. Tout au plus, ils avaient consenti à ouvrir des chapelles où l'on pouvait assister aux messes, mais sans qu'on n'y tienne de registres. En conséquence, il n'y avait aucun baptême, aucune confirmation, aucun mariage et aucunes funérailles à Montréal si ce n'était qu'à Notre-Dame. Voilà pourquoi, les registres de la paroisse Notre-Dame constituent une mine précieuse d'information pour quiconque s'intéresse à la généalogie. On y retrouve ainsi les noms de presque tous les catholiques ayant résidé à Montréal avant 1866.

Afin de mieux desservir les catholiques de son diocèse, Monseigneur Bourget jugeait indispensables le démembrement de Notre-Dame et l'érection de nouvelles paroisses sur son territoire. Pour lui, il était inconcevable qu'il n'y ait qu'une seule paroisse pour répondre aux besoins de ce qu'il estimait représenter près de 80 000 fidèles. Après de longues discussions entre Rome, l'évêché et les Sulpiciens, un décret apostolique en date du 22 décembre 1865 autorisait l'évêque de Montréal à diviser la cure de Montréal en autant de paroisses qu'il le jugerait nécessaire. Le 26 avril 1866, Monseigneur Bourget annonce officiellement dans un mandement adressé à tous les fidèles de son diocèse le démembrement de la paroisse Notre-Dame. Dans les mois qui suivirent, l'évêque de Montréal procéda à l'érection canonique de dix nouvelles paroisses. Mais le décret apostolique, qui devait régler définitivement le problème auquel était confronté Monseigneur Bourget depuis son accession à l'épiscopat, n'apporta pas le calme escompté. Dès la publication du mandement annonçant le démembrement de la paroisse, on s'opposa vigoureusement au dessein de l'évêque comme en fait foi la lettre du curé de Notre-Dame au bas de cette page. Pendant près de dix ans se succèderont recours devant les tribunaux civils, appels auprès de Rome et controverses de toute sorte. L'avocat du Séminaire, Sir George-Étienne Cartier, s'opposera au démembrement devant les tribunaux civils, jugeant les nouvelles érections canoniques illégales. Au terme d'une décennie de déchirements internes, les paroisses érigées canoniquement seront finalement reconnues civilement. Saint-Sulpice dû admettre le démembrement de la paroisse Notre-Dame. Le visage du diocèse était définitivement altéré.



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