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Un retour à ses racines pour l'Église

Des jeunes montréalais plantait des arbustes pendant les Journées mondiales de la jeunesse, en Australie en 2008. Cette activité était planifiée pour conscientiser les jeunes aux enjeux environnementaux. (Photo : IERACI)Depuis une vingtaine d'années, l’Église catholique s’intéresse à l’environnement d’une façon plus pressante. En faisant ce grand virage, elle revient à ses racines, dit le théologien Norman Lévesque.

L'Église institutionnelle et les chrétiens étaient toujours près de la création et très consciente de l'environnement comme don de Dieu. Les saints écritures font souvent références à la création et à le responsabilité des personnes pour en prendre soins. Des grands saints, comme saint François d'Assise, ont donné des exemples forts de comment vivre en harmonie avec toute créature. 

Cet attitude respectueux envers la création était présente dans l'Église jusqu'au Siècle des lumières (le 17e siècle), qui a donné lieu à une nouvelle façon de penser basée sur l'empirisme. Suivi par la révolution industrielle, la conséquence était une éloignement de la création qui a durée presque 300 ans, explique M. Lévesque. 

Pourtant, la seconde moitié du 20e siècle a apporté une nouvelle sensibilisation vers la création, en effet une nouvelle révolution, dans laquelle l'Église aussi s'est embarquée.

« Dans le domaine de l'environnement, les interventions des Églises locales et de l'Église universelle se font de plus en plus nombreuses », souligne André Beauchamp, prêtre de Montréal et spécialiste en environnement. 

« Il faut s'en réjouir car le milieu catholique a été très lent à réagir à la crise écologique avec pratiquement une génération de retard sur le milieu protestant. La crise écologique n'est pas un incident extérieur, fortuit », il continue.

Déjà en 1972, dans son message à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement,  Paul VI parlait du gaspillage des ressources naturelles non renouvelables. Les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont poursuivi dans le même sens. 

Plus près de nous, la Conférence des évêques catholiques du Canada et l’Assemblée des évêques catholiques du Québec ont pris la parole plusieurs fois pour alerter la population sur la nécessité de préserver la nature, afin qu’elle demeure en harmonie avec le plan de Dieu sur la terre.

L’alerte écologique

Dans leur lettre pastorale sur L’impératif écologique chrétien (2003), les évêques canadiens rappellent que « nous, les humains, sommes présentement en train de détruire la création. Une crise écologique sans précédent est en constante accélération. Vue sous cet angle, la crise écologique apparaît aussi comme une crise profondément religieuse ».

De l’avis de M. Beauchamp, elle est d’ailleurs «  la conséquence directe de l'intervention massive de l'être humain dans le milieu écologique et se rattache à notre style de vie (consommation effrénée) et à nos modes de production (science et technologie). Faire face à la crise suppose donc une véritable conversion de la société… D'où l'importance d'une parole prophétique en ce domaine. »

Les papes et des évêques dénoncent justement le déséquilibre de la nature allant jusqu’à la destruction d’espèces animales  et végétales. Dans son message La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création (1990), Jean-Paul II signale que des déséquilibres dans la nature ne tournent pas à l’avantage de l’humanité. 

Benoît XVI dans son message Si tu veux construire la paix, protège la création (2010), se demande « comment ne pas réagir face aux conflits réels et potentiels liés à l’accès aux ressources naturelles? »

« Les changements climatiques, la désertification, la dégradation et la perte de productivité de vastes surfaces agricoles, la pollution des fleuves, et bien d’autres ont un profond impact sur l’exercice des droits humains, souligne-t-il, comme par exemple le droit à la vie, à l’alimentation, à la santé, au développement ».

Une interpellation pour tous

Face à la crie environnementale, les évêques du Québec a publié, un texte fondamental sur Les chrétiens et l’environnement (1981), qu’ils ont repris dix ans plus tard.  

La réponse à cette crise ne peut pas venir de simples ajustements mineurs, affirme les évêques. Chaque citoyen est appelé dans sa vie personnelle à se conduire de façon responsable dans tous ses gestes quotidiens, à revoir ses habitudes de consommation et son style de vie.

Pour M. Beauchamp: « Au plan local, les interventions portent souvent sur des problèmes concrets, immédiats et controversés par exemple l'eau,  les sables bitumineux, la production alimentaire, la consommation, ou prennent prétexte d'occasions fixées par d'autres : journées de l'environnement… 

« Les textes produits  insistent forcément sur l'engagement personnel et sur l'action solidaire avec d'autres, il continue. Au plan universel, au-delà des enjeux de justice, c'est la pertinence même de la foi chrétienne qui est en cause et l'interprétation que nous voulons donner à l'être humain comme image de Dieu et responsable de la création. » 

À travers ses messages sur l’environnement, l’Église redit maintes fois que les chrétiens ont une conversion à faire pour rétablir nos liens avec Dieu à travers la nature et les incite vivement à travailler à la sauvegarde de sa création.

par Rolande Parrot

 

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