Éveil à la Terre, écologie, spiritualité et justice sociale

Sr. Kathleen DeignanDurant cette  crise environnementale, la sauvegarde de la planète est une « tâche spirituelle » a dit Sr Kathleen Deignan, CND.

Sans diminuer l’importance du recyclage, sauver la planète requiert encore plus. Cette situation exige que l’humanité passe d’une relation d’adolescence à une relation d’adulte responsable avec la Terre, ouvrant ainsi la voie à une démarche spirituelle, a déclaré Sr Kathleen. La religieuse s’est intéressée à la perspective chrétienne mise de l’avant par feu l’abbé Thomas Berry.

Avec la théologie de l’abbé Berry comme toile de fond, Sr Deignan a fait cheminer environ 65 participants à une session à Montréal l'an dernier à travers les grands tournants dans l’histoire de l’humanité qui ont mené à la décadence écologique actuelle.

Du 'Monde merveilleux' au 'Monde d'ordures'

La mentalité du monde occidental est dominée par son désir de transcender sa condition  humaine par la technologie, a dit Sr Deignan.

En premier lieu, le siècle des Lumières, avec ses mouvements et ses philosophies, a volé l’âme de la Terre et l’a réduite à un simple mécanisme qu’on pouvait exploiter sans fin. L’ère industrielle qui suivit a changé la balance chimique de la Terre. Le désir de créer un 'Monde merveilleux' a plutôt mené au 'Monde d'ordures'.

Tout en reconnaissant les bienfaits de la technologie, Sr Deignan constate également que celle-ci enferme les humains dans le « bâti », loin de la nature.

« Les gens ont soif de retrouver cette partie d’eux-mêmes qu’ils ont sacrifiée à un monde au rythme effréné et super actif, et imprégné de technologie… ils recherchent ce qui transparaît d’un contact étroit avec le monde de la nature », a-t-elle dit en entrevue. 

Nous devons repenser notre façon d’habiter la Terre en tant qu’humains, a-t-elle affirmé. Nous devons tendre à acquérir une « humilité nouvelle », à maintenir un art de vivre « soutenable » et à effectuer des changements systémiques qui promeuvent et protègent la dignité de la création. C’est un travail de longue haleine impliquant les générations à venir.

La professeure d’études religieuses dans l’État de New York déclare que redéfinir le monde exigera du chrétien qu’il se tourne à nouveau vers la Genèse de la création et qu’il la fasse sienne.

Retrouver la  la cosmologie sacrée

L’abbé Berry a passé la majeure partie de sa vie à rassembler, étudier, et articuler la Tradition entourant la création et une cosmologie sacrée, et à la reformuler dans un langage adapté à notre époque post-moderniste.

Cette Tradition est la plus ancienne de la chrétienté et remonte au Christ lui-même, poursuit Sr Deignan. Elle fut par ailleurs plus ou moins oubliée et remplacée par l’apparition et la montée de la Tradition de la Rédemption, durant les années des ravages de la peste au Moyen Âge.

Jésus a enseigné à ses disciples à observer « les signes de la nature », a-t-elle dit, et les premiers Pères du désert encourageaient leurs disciples à savoir reconnaître la présence divine dans la nature les entourant. Dans sa Somme théologique (c.1274), saint Thomas d’Aquin a commenté la beauté de Dieu manifestée dans et par la nature. Plus près de nous, le pape Jean-Paul II  à invité les chrétiens à lire deux livres où se révèle la Parole de Dieu : la Bible et la création, a-t-elle souligné.

L’abbé Berry, un ancien professeur à l’université Fordham, a basé son enseignement sur la christologie cosmique d’après les écrits de saint Jean l’évangéliste et de saint Paul, a expliqué Sr Deignan. La création est le fruit du mystère christologique, a-t-elle ajouté.

Prendre des mesures concrètes pour nous assurer de ne pas laisser une empreinte destructrice sur la croute terrestre derrière nous est très important. Toutefois, l’approche chrétienne à l’écologie est aussi une démarche profondément spirituelle, a-t-elle dit.

C’est une vision sacramentelle qui perçoit l’univers entier en tant que reflet de la création divine, a affirmé Sr Deignan.

C’est nous réapproprier notre nouvelle vocation planétaire. C’est plus qu’une prise en charge, c’est sacramentel. C’est un appel à devenir une voix dans une liturgie terrestre ou cosmique. C’est assumer notre véritable rôle de jardiniers et de protecteurs du paradis.

Religieuse depuis 1966 et ancienne étudiante de l’abbé Berry, Sr Deignan donne des conférences sur la spiritualité et l’écologie à travers l’Amérique du Nord et l’Europe.

Laura Ieraci

 

 

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