3 octobre 2007 Vol. I no 31 October 3, 2007

Jeanne LeBer,
un signe pour notre temps
  Jeanne LeBer,
a witness for our time
     

Aujourd’hui, 3 octobre, est le jour anniversaire du décès d’une femme importante dans la vie de notre Église, une grande figure mystique de la Nouvelle-France, Jeanne LeBer, décédée à cinquante-deux ans seulement.

Née à Ville-Marie en 1662, vingt ans après la fondation de la ville, Jeanne LeBer était promise à un avenir des plus prometteurs dans la jeune colonie. Fille d’un riche commerçant, apparentée par sa mère aux célèbres frères LeMoyne, elle aurait pu prétendre à une vie brillante et aux meilleurs partis. Son choix fut tout autre, celui de la prière et de la réclusion.

En ce temps-là, Ville-Marie était en pleine effervescence. Tout était à penser, à inventer, à construire. Jeanne en était consciente. Son but ne fut pas de fuir les soucis de la colonie. Toute sa vie, elle s’y affaira en se liant à Dieu.

Jeanne apprit très tôt à aimer Dieu, à le prier. Comme les autres enfants du temps, elle fut témoin des conflits entre les Iroquois et les Français. Les habitants de Ville-Marie étaient souvent armés pour pouvoir se défendre des attaques soudaines. Malgré cela, Jeanne prit toute jeune parti pour la paix. Et elle se mit à prier pour la paix de la colonie.

En 1674, à l’âge de douze ans, Jeanne LeBer quitta Ville-Marie pour trois années de pensionnat chez les Ursulines à Québec. En plus de ses travaux académiques, elle apprit à prier à la manière des Ursulines. On lui enseigna également à maîtriser l’art des travaux de broderie et de couture.

Elle y réussit magnifiquement. Dès lors, elle partagea son temps entre la prière et les travaux d’aiguille. Les broderies des vêtements et des ornements liturgiques dessinés et confectionnés par Jeanne étaient de très grande valeur. On peut d’ailleurs en voir encore aujourd’hui à la Maison Saint-Gabriel.

De retour chez elle, Jeanne LeBer poursuivit sa recherche de silence et de solitude, la prière prenant de plus en plus de place dans sa vie. C’est ainsi qu’elle décida de s’y consacrer et de se faire recluse. D’abord dans la maison de ses parents, d’où, pendant quinze ans, elle ne sortit de sa chambre que pour se rendre à la messe.

En 1695, Jeanne Le Ber entra en réclusion totale dans une cellule située derrière l’autel de la chapelle de la maison des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame. Sa vie y fut frugale, partagée entre la prière, les travaux de broderie et les vêtements qu’elle cousait pour les pauvres. Peu à peu, elle se désista de sa grande fortune au profit des pauvres, des églises et des Sœurs de Marguerite Bourgeoys.

Ce radicalisme me frappe en même temps qu’il m’est nécessaire. Les contemplatifs nous aident à voir plus loin que l’action immédiate. Il ne faut pas croire pour autant qu’ils n’aiment pas le monde parce qu’ils ont fait le choix de vivre un peu en retrait. Au contraire, ils nous aident à y jeter un second regard.

Aujourd’hui, alors que notre société nous pousse à la surconsommation, le tourbillon des activités, le bruit, la vie de Jeanne LeBer est une contradiction qui fait du bien. Elle nous incite à nous poser, à rechercher l’essentiel.

La vocation de Jeanne LeBer me fait aussi penser que Jésus priait souvent. À l’heure de la Cène. À l’heure de la Passion. Sur la croix. Il ne priait pas pour lui, mais pour les siens. Pour qu’ils accèdent à l’unité. Il priait pour que ceux à qui la parole serait proclamée accèdent à la foi.

Nous sommes en pleine semaine Jeanne-LeBer. Alors que nous nous préparons à vivre le Congrès eucharistique qui aura lieu à Québec en juin prochain, il me paraît tout indiqué d’apprivoiser les bienfaits de l’intériorité et de l’adoration afin de mieux entendre la voix de Dieu.

Jeanne LeBer vit toujours. Aujourd’hui, la congrégation religieuse des Recluses Missionnaires s’inspire de la vie de Jeanne LeBer et poursuit sa mission dans deux monastères dont l’un est situé à Montréal.


 

Today, October 3rd, is the anniversary of the death of an important woman in the history of our local Church, a great mystical figure of New France: Jeanne LeBer, who died at just 52 years of age.

Born in Ville Marie in 1662, 20 years after the city’s founding, Jeanne LeBer had a promising future in the new colony. The daughter of a rich merchant, related on her mother’s side to the famous LeMoyne brothers, she could look forward to a comfortable existence and the best marriage prospects possible. She decided on another lifestyle, that of prayer and seclusion.

At that time, Ville Marie was in the midst of rapid growth. Everything needed to be rethought, adapted and built. Jeanne was very conscious of that. Her goal was not to hide from the worries of the burgeoning colony. She remained close to these concerns all of her life by drawing closer to God.

In her early years, she learned to love God and pray to him. As with other children of that period, she witnessed the battles between the Iroquois and the French settlers. The inhabitants of Ville Marie were usually armed, ready to defend themselves in case of sudden attacks. Despite all of this, she decided early on to be an instrument of peace, which she accomplished by praying for peace in the colony.

In 1674, at the age of 12, she left Ville Marie for three years and went to study with the Ursuline Sisters in Québec. Along with her studies, she also learned contemplative prayer, the way the sisters themselves prayed. She also became proficient in sewing and embroidery.

Soon she divided her time between prayer and needlework. The embroideries of the liturgical vestments and ornaments she created and sewed were of great value. Some of her works are on display today at the Maison Saint-Gabriel.

When she returned, Jeanne LeBer continued to be drawn to a life of silence and solitude; prayer was becoming more and more important in her daily schedule. This led her to embrace a life of seclusion and prayer. Initially, she did so in her parents’ home where, for 15 years, she only left her room to go to Mass.

In 1695, Jeanne LeBer entered a state of total seclusion, occupying a small cell adjacent to the sanctuary in the chapel of the Congregation of Notre-Dame convent. There, she lived a very frugal lifestyle of prayer, sewing and embroidery, and making clothes for the poor. She slowly gave away her great fortune to help the needy, the Church and the Sisters of Marguerite Bourgeoys.

This radical lifestyle touches me in essential ways. Contemplative brothers and sisters help us to look beyond our present concerns. We must not think that they don’t care for the world and its people because they have chosen to live apart from it. Quite the contrary, their lifestyle invites us take another look at our own lives.

Today, as our society drives us toward consumerism, incessant activities and noise, the life of Jeanne LeBer is a welcome contradiction. She invites us to calm down, to focus on what is essential.

The vocation of Jeanne LeBer also reminds me how often Jesus prayed: at the Last Supper, during his Passion, on the Cross. He did not pray for himself but for his disciples, for their witness of unity. And he prayed for all those to whom his Word would be proclaimed; he prayed that they would believe.

We are now celebrating Jeanne LeBer Week. As we prepare to be part of the International Eucharistic Congress in Québec next June, I find it quite relevant that we take some time to reflect on the advantages of the spiritual life and Eucharistic adoration in order to hear God’s call better.

Jeanne LeBer still has something to tell us. Today, the Recluse Sisters follow her lifestyle and perpetuate her mission in two monasteries, one of which is located here in Montreal.

+ Jean-Claude Turcotte
Archevêque de Montréal



Rappelé vers le Père.

Monsieur l’abbé Raymond Dion (’47) est décédé le jeudi 27 septembre 2007 à l’âge de 88 ans. Ses funérailles auront lieu le 9 octobre à l’église Saint-Sylvain (détails). M. l’abbé Dion faisait partie de la Société d’une Messe.