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Homélie des funérailles de l'abbé Jacques Favreau prononcée par S.E. Mgr Jude Saint-Antoine
JEAN 17, 24-26
« Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi et qu’ils contemplent ma gloire ». Ces mots tirés de l’évangile de Jean nous ouvrent sur l’avenir historique de l’Église, en marche vers l’unité : « Je suis venu, rappelle Jésus, pour rassembler tous les enfants de Dieu dispersés »
En choisissant un jour d’être prêtre, Jacques a voulu que se concrétise par ses gestes et ses paroles cette volonté de Jésus en pleine harmonie avec celle du Père. Jésus promet que cette pleine unité se réalisera dans la béatitude, à la fin des temps mais il prie aussi pour qu’elle s’amorce aujourd’hui parmi les croyants qui confessent leur relation intime au Père grâce à l’annonce de la Parole vivante qu’est le Christ. Depuis son enfance, Jacques a cru au Christ qui lui a permis de connaître le Père.
Jacques a vécu dans une famille chrétienne, au milieu de frères et de sœurs. Il est le fils d’Albert Favreau et de Raymonde Binette, né à Saint-Eustache, le 23 avril 1931. Il étudie au Collège de Montréal et au Séminaire de Philosophie. Après sa formation théologique au Grand Séminaire, il est ordonné prêtre le 8 juin 1956, à la paroisse Saint-Agapit de Saint-Eustache-sur-le-Lac. Il est d’abord nommé vicaire à Saint-Barnabé et quatre ans plus tard à Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle. En 1971, Mgr Paul Grégoire lui demande d’assister le curé-fondateur de Saint-Camille, M. l’abbé Paul Daigneault, avant de lui confier la responsabilité de vicaire-économe et de curé. C’est dans ce milieu encore jeune qu’il exerce pendant 28 ans son ministère pastoral. En 1998, l’abbé Favreau se retire à la Maison Roger Marien, tout en exerçant un ministère ponctuel à Saint-Sylvain, Christ-Roi et Saint-Isaac-Jogues. Visité par la maladie, Jacques termine ses jours dans la prière, le partage et le service en paroisse.
En comptant sur le don de Dieu, Jacques a permis à sa communauté de fidèles d’être à l’image du Père et du Fils, une communauté de croyants vivant de la vie de Dieu, en communion les uns avec les autres dans la même foi et les mêmes pratiques. Dans ma dernière rencontre avec lui, quelques jours avant sa mort, Jacques m’a parlé de sa communauté, de ses fidèles qu’il avait connus et aimés et qui, à l’occasion, se souvenaient de son pasteur. Il en éprouvait une grande joie et un immense réconfort. Ce sont ces croyants rassemblés en Église qui lui donnaient l’espérance d’entrer lui-même un jour avec eux dans la communauté des derniers temps. Il espérait ainsi, en témoin, contempler pleinement la gloire de Dieu : « Dès à présent nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est » I Jean 3,2.
Il a fallu à Jacques parcourir un long chemin pour arriver à exprimer dans ses mots ces convictions de foi. Le chemin emprunté par Jacques, c’est le chemin du quotidien illuminé par sa foi dans la simplicité, le service et la responsabilité. Jacques a vécu dans la simplicité, conscient de ses limites mais aussi de son identité de fils de Dieu et de prêtre de Jésus-Christ. C’est ce qui a donné valeur à ses gestes et à ses paroles. Il n’a jamais cherché à se faire valoir aux yeux des autres. Plutôt silencieux, avec un fond de timidité, il pouvait avoir parfois quelques difficultés à se livrer aux autres. Aussi, fallait-il le côtoyer quelque temps pour le découvrir et apprécier ses qualités de cœur.
Sans éclat, Jacques était présent et attentif aux besoins des autres, cherchant à répondre à l’organisation d’une paroisse à vocation particulière. Dans cette tâche parfois exigeante qui aurait pu l’accaparer et l’épuiser, Jacques a su réserver le meilleur de ses énergies à son ministère pastoral. Le directeur du Clergé de l’époque, au lendemain du 25e anniversaire de sa paroisse, lui a rendu ce témoignage : « Je suis revenu enchanté de la très belle célébration liturgique, J’ai apprécié la piété des fidèles, le choix des chants, la spontanéité de la prière de l’assemblée ». Jacques s’est montré aussi serviable à l’endroit de ses confrères. Plus d’une fois j’ai été témoin avec eux de ses gestes gratuits et prévenants. C’était sa façon à lui de dire son amitié et sa confiance.
Jacques a été aussi très responsable dans chacun des ministères confiés, jouissant de la confiance de son évêque et des confrères avec qui il collaborait. Les situations rencontrées n’ont pas toujours été simples. Durant plusieurs années, il a vécu dans l’ombre d’un prêtre malade. Sans se plaindre, il a assumé au jour le jour le lourd fardeau de la tâche pastorale qui pesait sur ses épaules. Dans un esprit de service, il a partagé sereinement avec les laïcs toutes les tâches.
Cette vie qui aurait pu être routinière ne le rendait pas insensible aux gestes de confiance et de reconnaissance que pouvaient lui exprimer l’autorité diocésaine, les fidèles ou les confrères. Avec joie il se rappelait les gestes signifiants de ces personnes, qui répondaient aux attentes d’une très grande sensibilité. Aussi, pouvait-il se les rappeler, comme il l’a fait un jour à son évêque : « Je viens de terminer le stage de Pierrefonds qui avait pour but de favoriser une respiration spirituelle, intellectuelle, psychologique et pastorale, pour un « second souffle » et un meilleur service dans l’Église. J’en ai retiré beaucoup de satisfaction et de joie, et j’ose croire que ceux que le Seigneur m’a confiés en bénéficieront aussi ». Ces mots disent bien ce que Jacques éprouvait à l’endroit de ceux qui se montraient attentifs à sa personne.
C’est tout au long des ans vécus dans la simplicité du quotidien, dans le service et la responsabilité que Jacques s’est approché de ce temps des béatitudes auquel il aspirait dans la foi et l’espérance. Il a vécu en lien avec Jésus-Christ qui a harmonisé sa volonté à celle de son Père. Comme Jésus, il a cherché à l’accomplir en donnant sens à ses gestes et ses paroles. Il réalisait ainsi la raison ultime de sa venue : « qu’ils soient avec moi et qu’ils contemplent ma gloire ».Cette pleine connaissance de Dieu, qui en saint Jean se confond avec l’amour, est accordée à ceux qui, comme Jacques, sont déjà sur terre à la recherche de Dieu.
Que Jacques, ce matin, nous entraîne dans cette recherche et nous aide à comprendre le sens à donner à notre vie, qui est de connaître et d’aimer. 10 mars 2007 |
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