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Homélie des funérailles de l'abbé Fernand Bélanger prononcée par S.E. Mgr Jude Saint-Antoine
ÉVANGILE DU BON PASTEUR (Jean 10, 14-16)
« Je suis le bon pasteur; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis ».
L'image du bon pasteur nous est bien familière. Elle pourrait même semblée usée et inappropriée dans notre contexte de sécularité. Mais remise dans le contexte de l'évangile, elle évoque toujours la vie de celui qui se donne et vit pour les autres: c'est toute la vie de Jésus qui est mise en lumière: « le vrai berger donne sa vie pour ses brebis ». L'expérience nous apprend que c'est en se donnant que l'on crée des liens, c'est en partageant que l'on devient ami, c'est en étant présent et attentif que l'on devient responsable, c'est en s'engageant que l'on devient libre et adulte.
Pour celui qui a tout misé sur le Christ, il lui est bon d'entendre ces paroles et d'avoir cette certitude. En dépit des heurts et des épreuves, il pourra toujours compter sur lui. Jamais il ne se trouvera seul et abandonné, toujours il pourra reconnaître sa voix. Cette assurance, elle est fondée sur les paroles de Jésus: « le Père et moi, nous sommes un ». Jésus nous met dans les mains du Père et par lui, le bon pasteur, nous pouvons le connaître et l'aimer. C'est lui qui nous conduits aux sources de la vraie vie.
En cette semaine où l'Église de Montréal prie pour les vocations sacerdotales, il est bon de se rappeler que Jésus a confié son peuple à des bergers, gardiens du troupeau. Il envoie encore en mission des prêtres pour instruire, nourrir et rassembler les brebis: « Allez, annoncez la Bonne Nouvelle». Depuis deux mille ans, cette mission du Christ s'est transmise aux apôtres et par eux aux évêques. À leur appel, répondent encore des jeunes qui ont le goût de marcher à la suite du Christ. Cet appel, Fernand Bélanger l'a entendu et y a répondu avec générosité.
Né le 10 mai 1919 de Wilbert Bélanger et de Juliette Foucher, le jeune Fernand a grandi au milieu de frères et de sœurs dans une famille chrétienne, à la paroisse Saint-Stanislas de Montréal. Il fait partie des premiers groupes d'étudiants de l'Externat Classique Sainte-Croix. Après ses études théologiques au Grand Séminaire, il est ordonné prêtre à la Cathédrale par Monseigneur Joseph Charbonneau, le 15 juin 1946.
Nommé successivement vicaire à Saint-Édouard et à Saint-Julien de La Chute, le jeune prêtre exerce ensuite son ministère à Sainte-Cunégonde durant quatorze ans. En 1962, le Cardinal Paul-Émile Léger lui confie la fondation de la paroisse Sainte-Angèle de Mérici où il sera curé dix-huit ans. En 1982, l'abbé Bélanger accepte la cure de Saint-Bernard qu'il quittera seize ans plus tard pour prendre sa retraite.
Ces trois derniers ministères qui occupent sa vie de prêtre lui ont procuré de grandes joies. À chacun de ces endroits, il laissa sa marque. Une marque dont il pouvait être fier, à l'image de celle que nous a laissée Jésus, le bon pasteur. C'est pour ses fidèles, pour les instruire de la Parole de Jésus, pour les nourrir de son Pain de vie que ce prêtre bon et généreux a donné toute sa vie au Seigneur, acceptant les joies et les peines de sa tâche de pasteur.
Ordonné prêtre dans une Église encore puissante par son influence sur l'ensemble de la société, le jeune prêtre a servi ses frères et sœurs dans un milieu défavorisé, attentif aux besoins matériels et spirituels des plus pauvres. Nommé curé à l'heure du Concile, il a cherché à répondre, avec la formation reçue, aux orientations nouvelles et aux changements nécessaires. Il lui a fallu une bonne dose de discernement pour s'ajuster à la nouvelle réalité de l'Église en conservant l'essentiel de la foi. Avec humilité, il accepta de partager sa tâche avec des laïcs, pour le plus grand bien de sa communauté.
En fondant la paroisse Sainte-Angèle, il pouvait alors, avec de nombreux collaborateurs, construire un temple et un presbytère qui, par son architecture, marquaient une rupture avec le passé et mettre en place une liturgie vivante. Toujours présent à la tâche, tout en faisant confiance à ses collaborateurs, l'abbé Bélanger a mis jusqu'à l'usure toutes ses énergies et ses dons à poursuivre et à parfaire ce projet communautaire, cherchant toujours à réconcilier et à garder l'uni té.
Après avoir donné le meilleur de lui-même, toujours attaché à ce qu'il avait fait naître et grandir, l'abbé Bélanger eut l'intelligence de partir et de continuer dans un autre milieu son ministère. Sans trop considérer son âge et ses limites de santé, le pasteur reprend son leadership pastoral à la paroisse Saint-Bernard, mettant à profit pour ses nouveaux paroissiens son expérience et ses dons d'esprit et de cœur. Il vivait ainsi, sans trop en prendre conscience, les paroles de Jésus: « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Cet engagement et cet amour témoigné à ses frères et sœurs qui le lui rendaient bien, a été la source de sa joie. En eux, il se sentait reconnu et aimé par le Christ.
À la célébration de son jubilé d'or marquant ses cinquante années d'ordination sacerdotale, j'ai entendu avec bonheur les témoignages nombreux de ses paroissiens, particulièrement de ceux et celles qui ont œuvré avec lui. On soulignait sa présence active et continue, son amabilité, son respect des personnes, sa joie de vivre contagieuse. Aussi, le bon pasteur pouvait quitter sans regret ses fidèles, pour qui il demeurait toujours « monsieur le curé ». De cet homme et de ce prêtre, ils conservaient un souvenir ému.
Dans une retraite encore active, l'abbé Bélanger a passé les dernières années de sa vie à rendre des services ponctuels à ses confrères de paroisses. Il profita de l'aide d'une personne honnête et généreuse qui l'hébergea dans sa maison familiale, partageant son temps au ministère pastoral, à la prière et au repos. Il y a quelques mois, voyant venir la fin de ses jours, il rejoignit ses confrères à la Résidence Ignace Bourget. Dans la sérénité et l'amitié fraternelle, il accepta l'épreuve de la maladie, se préparant à rencontrer son Seigneur. Aussi, dans la confiance, il faisait sienne la prière du psalmiste:
Le Seigneur est mon berger: rien ne saurait me manquer. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre; Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, Car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure... J'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
Aujourd'hui, sous le regard de la Vierge Marie, à la fête de la Présentation du Seigneur au temple, ce bon pasteur peut entrer à son tour dans ce lieu de lumière et de paix, après avoir murmuré en son cœur la parole du vieillard Siméon: « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix»
AMEN! |
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