Alain Roy

Dieu merci!

Fin de semaine de l’Action de grâce. Dans des journaux montréalais, deux textes incitent les lecteurs à profiter de la fin de semaine pour faire action de grâce et « remercier la nature » pour ses merveilles et ses bienfaits au moment où les forêts de feuillus semblent s’enflammer dans des tons de jaune, d’orange et de rouge et où les pommiers regorgent de fruits qui ne demandent qu’à être cueillis.

« Remercier la nature »??? Comment s’y prend-on pour remercier une chose, un arbre, un fleuve, une montagne, le soleil? Moi, je ne peux remercier qu’une personne pour un bienfait reçu d’elle. Quand on admire une belle toile, on ne la remercie pas, on remercie son auteur, le ou la peintre habile à qui nous la devons. Voilà le hic! L’athéisme galopant au Québec fait en sorte que dans l’opinion publique, on ne veut plus faire un rapport entre la nature et un créateur. Il semblerait désormais que le monde se soit fait tout seul et nous nous adressons à lui comme si c’était quelqu’un. N’entend-on pas des gens dire « merci la Vie » suite à un événement heureux ou encore « j’ai lancé cela dans l’univers » à propos d’un vœu qui autrefois se serait appelé une prière? C’est le retour du panthéisme c’est-à-dire de la divinisation de la nature dont Jésus nous avait pourtant délivrés en nous révélant son Père, créateur et origine du monde visible et invisible, comme le dit le credo.

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Le grain de moutarde et la partie de dés

Premier dimanche d’octobre. À la messe de 11 heures, douze servants de messe de 8 à 16 ans profitent de la première messe familiale de l’année pastorale pour raconter aux paroissiens ce qu’ils ont vécu avec d’autres servants durant leur camp de fin de semaine à la fin de juin. Chaque année, cinq ou six bénévoles les convient à célébrer leur année de service liturgique par une fin de semaine récréative et spirituelle dans un chalet des Laurentides. Je les accompagne comme un grand-père qui s’amuse et s’émerveille de ce que deviennent ses enfants et petits-enfants. Je partage leurs jeux autant que leurs réflexions. J’apprends leurs prénoms par cœur. Nous nous taquinons beaucoup, nous mangeons joyeusement ensemble, nous chantons autour du feu, nous jouons aux dés, nous célébrons le repas du Seigneur.

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Miséricorde olympique

Rio, aux premiers jours des compétitions olympiques de natation. Huit nageurs prennent place sur les petits socles de départ au bord de la piscine. « À vos marques » dit le préposé au départ. «  Prêts », ajoute-t-il presqu’aussitôt. Les nageurs sont penchés, tendus de tout leur être. D’une seconde à l’autre, le signal sera donné. Or, le starter tarde un tout petit peu à lancer la course et alors se produit une catastrophe pour l’un  des nageurs : il vacille sur son socle, perd l’équilibre et bascule misérablement, comme au ralenti, dans la piscine. Toute la procédure de départ est annulée. Les autres nageurs descendent de leurs socles. Le jeune nageur qui n’était pas parmi les favoris sort de la piscine et se met à  pleurer. Il sanglote comme l’apôtre Pierre après son reniement. Il connaît les conséquences de sa maladresse : la disqualification automatique. Son rêve de participer aux Jeux olympiques s’évanouit. Tant d’années d’efforts et de sacrifices en vain! C’est l’humiliation planétaire. Quelle bévue! Il ramasse ses affaires et retourne péniblement dans le vestiaire. La foule silencieuse le suit des yeux et mesure le drame du jeune homme. Quelques instants plus tard, le nageur ressort du vestiaire, dépose ses affaires près de son point de départ et remonte sur son socle comme les autres nageurs. Le juge a estimé en effet que le starter avait « peut-être » mis un peu trop de temps avant de sonner le départ, ce qui pouvait excuser le faux mouvement du nageur fautif. Ovation monstre de la foule qui avait le cœur brisé pour le pauvre sportif un peu gauche et qui souhaitait visiblement qu’on lui fasse miséricorde.

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Des funérailles miséricordieuses

Quatre jours après les funérailles très médiatisées de René Angélil, j’ai présidé celles d’un parfait inconnu dans la paroisse dont je suis le curé. Nonagénaire, fils unique, veuf et sans enfant, il était visité de temps en temps par une travailleuse sociale envoyée par la Curatelle publique qui s’est chargée d’organiser les funérailles. Son caractère particulier ne le prédisposait pas aux liens d’amitié ou de bon voisinage. Ses arrangements funéraires avec notre paroisse étaient faits depuis quelques années déjà. Il avait fréquenté nos assemblées jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable de se déplacer. Il est décédé dans sa maison dont il était très fier.

Me doutant qu’il n’y aurait sans doute pas beaucoup de participants à ses funérailles, j’avais alerté les paroissiens aux messes dominicales, les invitant à venir accompagner ce frère dans la foi dans son passage vers le Père. Le mardi matin à 11 heures, l’entrepreneur funéraire est venu déposer le corps dans l’église. Aucun membre de sa famille, aucun voisin, aucun ami, aucun ancien collègue de travail, aucune connaissance autre que la travailleuse sociale. Personne d’autre. C’était la première fois de ma vie que je voyais une telle situation.

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Riche en miséricorde

Un artiste bien connu vient de se retirer volontairement de la scène publique. Son comportement plus qu’inapproprié dans un lieu public a fait scandale quand il a été révélé dans les médias. L’homme aux multiples talents a avoué son incartade et son mensonge,  ayant tenté, dans un premier temps, de nier les faits. Forcé de dire la vérité, il a démissionné de tous ses engagements professionnels et se terre à l’abri des regards. Humilié, il espère qu’on lui pardonnera cet épisode malheureux de sa vie, une vie qui semble s’être arrêtée subitement.

La même semaine, le pape François annonce la tenue prochaine d’un jubilé extraordinaire de la miséricorde. Du 8 décembre 2015 ( fête de l’Immaculée Conception) au 20 novembre 2016 (fête du Christ, Roi de l’univers et fin de l’année liturgique), toute l’Église est conviée à célébrer et à diffuser la miséricorde du Seigneur. Et dimanche dernier, la deuxième lecture commençait par une affirmation réconfortante : « Dieu est riche en miséricorde » (Eph. 2,4).  Tout cela est un bien heureux hasard!

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À-DIEU, CLARA…

Elle n’aura vécu que deux jours. Les parents de Clara savaient que la grave maladie génétique qui l’affectait ne lui permettrait pas de survivre plus de dix jours après sa naissance. Elle risquait même de mourir dans le sein de sa mère. Finalement, née avant terme, elle a fait brièvement la joie de ses parents qui tenaient à lui voir la frimousse et elle a reçu le baptême. Quatre jours plus tard, ses funérailles ont été célébrées dans notre église paroissiale. Comme les parents de Clara viennent d’Amérique du sud et qu’ils sont seuls au pays, j’ai insisté auprès des paroissiens pour qu’ils viennent nombreux aux funérailles soutenir les parents éplorés. Les gens ont bien répondu à l’appel et j’ai mesuré, ce jour-là, la beauté et l’importance d’une communauté chrétienne.

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Les soeurs s’en vont…

C’est ainsi que les paroissiens et paroissiennes de St-Joachim de Pointe-Claire résument le moment historique qu’ils vivent cet automne. Ils viennent à peine de célébrer le tricentenaire de leur paroisse (2013) que leur joie est assombrie par le départ des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Arrivées dans notre paroisse en 1784, les « sœurs », comme les gens les appellent, quittent prochainement leur couvent situé juste sur la presqu’île qui a donné son nom à la ville de Pointe-Claire. Dans l’esprit de la population, la « pointe claire » est indissociable de la présence des sœurs. C’est « la pointe des sœurs », dit-on chez nous. C’est l’emblème de la ville. Mais le temps a fait son œuvre. Les sœurs ont vieilli, leur nombre a diminué. Il leur faut partir.

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Hasard ou providence?

Mon neveu a 25 ans. En septembre dernier, il a complété une brillante maîtrise en marketing dans une université de Dublin, en Irlande, et cela, au prix de nombreux sacrifices. À son retour, il croyait trouver un emploi facilement compte tenu de ses nouvelles qualifications. Erreur! Il lui a fallu six mois avant d’en décrocher un, modeste, dans une petite agence de publicité. Deux mois plus tard, il attendait encore d’être payé pour ses services. Il a vite compris que l’agence était au bord de la faillite et qu’il devait recommencer l’envoi de son c-v à d’innombrables entreprises (une soixantaine). Pas de réponse. Au bord du découragement et de l’amertume, il accompagne son père, un matin, à son bureau, histoire de lui donner un coup de main et de se sentir utile pendant quelques heures.

Au moment de la pause, il va chercher deux cafés dans un commerce de la rue Sainte-Catherine et croise alors un itinérant qui lui tend la main. Mon neveu engage la conversation et lui donne les deux derniers dollars qu’il avait dans ses poches. En revenant au bureau, il dit à son père : « Je suis tellement dans la dèche que même un itinérant aura fait plus d’argent que moi durant sa journée! ». Deux jours plus tard, la firme Québécor l’appelle et lui offre un emploi sur mesure pour lui, tout à fait dans son champ de compétence, avec de belles perspectives d’avenir et un salaire fort intéressant. Un hasard?

Moi qui ai prié pour lui durant des mois, je crois plutôt que le Seigneur lui a fait un clin d’œil. Le Seigneur s’occupe de ceux et celles qui donnent tout. Il les fait parfois languir mais il ne les oublie jamais. C’est ce que les chrétiens appellent la « providence » c’est-à-dire l’expérience de Dieu qui pourvoit, qui « voit » à ses enfants. À l’Accueil Bonneau, une religieuse parlait d’un « Esprit du don ». Elle avait vu l’Esprit du don à l’œuvre, la providence en action. Des dizaines de fois, elle avait été témoin de dons inattendus mais qui tombent pile, de « coïncidences », de hasards qui sont trop des hasards pour n’être que des hasards. Quand tu donnes tout, tu vis dans l’Esprit du don et il te rattrape au bon moment. Parles-en à mon neveu…

Bonnes vacances!

Alain Roy, curé de St-Joachim

 

 

Tes désirs sont désordres

Ces jours derniers, un débat troublant a occupé l’espace médiatique. Un artiste connu a révélé que son conjoint et lui s’étaient procuré des ovules aux États-Unis pour qu’une fécondation de jumelles soit faite  en laboratoire et que l’embryon ainsi constitué soit implanté dans le ventre d’une de leurs amies prête à servir de mère porteuse. On se croirait en plein roman de science-fiction. Or, parfois la réalité dépasse la fiction. Dans le cas présent, je dirais même que la réalité dépasse l’affliction. Je trouve en effet bien affligeant, bien triste qu’on en soit rendu à de telles pratiques.

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La grande noirceur…?

Les débats autour de la laïcité ramènent sur le tapis les souvenirs d’une période de la vie de la société québécoise que beaucoup ont désignée comme l’époque de « la grande noirceur ». De l’Après-guerre jusqu’à la mort du premier ministre Maurice Duplessis (1945-1959), les forces de changement ont été étouffées par des courants plus conservateurs. L’Église omniprésente a été accusée, non sans raisons, d’avoir été complice de cette asphyxie et d’avoir freiné le développement et l’épanouissement de la société québécoise. La Révolution tranquille amorcée par le gouvernement de Jean Lesage (1960-1966) a donné un essor à un peuple qui, aux dires de certains, avait été emprisonné dans l’obscurantisme. Et depuis ce temps, l’étiquette de « grande noirceur » est restée accolée à l’Église.