École de prière (50) Prier avec son corps

La prière s’exprime dans le temps, avec ou sans mots. J’ai déjà parlé dans l’École de prière de ce blogue plusieurs formes de prière comme l’oraison, appelée aussi prière contemplative, la lectio divina, la méditation des psaumes, l’adoration eucharistique, la liturgie des Heures, la marche méditative, le rosaire, la louange… Dans les prochains billets, j’approfondirai un élément central dans l’acte de prier : le corps. J’aborderai les principales postures qui soutiennent l’élévation de l’âme vers Dieu : prier assis, à genoux, debout. Ces postures, si elles sont bien faites, favorisent le recueillement et l’attention à Dieu en soi. Elles expriment les dispositions de l’âme et la vérité des sentiments que nous avons pour Dieu.

Prier nature

Le langage du corps

Le corps humain parle dans la prière, nous pouvons lui faire confiance. Il possède son propre vocabulaire: soupir, silence, cri, larmes, gestes, attitudes, supplication, bénédiction, chant, danse, etc. Qui pourrait douter de son intelligence et de sa sagesse? Certainement pas ces hindous debout sur les rives du Gange, immobiles au lever du jour, ces juifs tournés vers Jérusalem, ces musulmans prostrés en direction de La Mecque, ces moines dans leurs stalles qui s’inclinent au « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ».

Il y a des postures dans la prière que l’on retrouve dans toutes les religions, même si divergent les représentations du divin : être debout pour louer et accueillir, s’agenouiller et se prosterner pour adorer et demander pardon, s’asseoir pour écouter et méditer. La prière inspire telle attitude physique qui aide à prier, tant le corps et l’âme sont étroitement liés, comme le souffle l’est à la vie, l’arbre à la terre.

Le corps nous fait toucher le ciel. Il  exprime la prière par de simples gestes comme ceux si nuancés de la main : mains levées pour intercéder et offrir, mains ouvertes pour demander et recevoir, mains jointes pour supplier et se recueillir, mains croisées sur la poitrine pour intérioriser et écouter. « Je t’appelle, Seigneur, tout le jour, / je tends les mains vers toi (Ps 87, 10).

Un soutien dans la prière

Le corps soutient la prière. Il n’est pas seulement l’acteur par lequel s’exprime la prière, mais il est aussi le moteur qui la déclenche. La posture corporelle crée telle attitude intérieure qui se change en prière. Pour savoir si la posture que nous utilisons dans la prière est bonne, voici deux critères essentiels : nous pouvons la maintenir assez longtemps, et il y a correspondance entre ce que nous faisons et ce que nous sommes.

Dans la prière chrétienne, toutes les positions et tous les gestes sont bons. Ils nous conviennent s’ils nous aident à entrer en relation avec le Père qui nous aime tels que nous sommes, à nous recueillir dans l’Esprit qui vient en aide à notre faiblesse, à vivre un cœur à cœur avec le Christ qui s’est livré par amour pour nous.

Le corps est un partenaire primordial qui nous assiste dans la prière pour que nous vivions l’attention amoureuse à Dieu, que ce soit dans l’oraison silencieuse ou dans la liturgie. Qu’il soit en bonne santé ou malade, jeune ou vieux, joyeux ou douloureux, il doit être « l’ostensoir de l’âme priante », selon la belle expression du père Henri Caffarel. Il a parfois besoin d’objets, tel que le chapelet, comme support matériel à la prière répétitive. À nous de voir ce qui peut nous aider à prier. Nous pouvons aussi nous mettre en marche pour accomplir un pèlerinage. La route devient un lieu de prière. Nous prions en marchant, au rythme des saisons. Ne sommes-nous pas des voyageurs ici-bas, des pèlerins de passage qui vont à la rencontre de celui qui est, qui était et qui vient?

Dieu s’est fait chair et corps en Jésus. Le corps humain est donc le lieu de Dieu, la demeure où il se révèle. Parce que nous sommes chrétiens, notre corps est baptisé et « eucharistié ». Ce corps, « Sanctuaire de l’Esprit Saint » (1 Co 6, 19), est créé pour être donné, non pour être exploité. Par la prière, il apparaît dans toute sa dignité, au-delà des apparences et des modes. Complice de l’âme, il lui est soudé comme un frère bien-aimé qui vibre au même diapason du désir d’aimer. La prière peut nous aider à accepter notre corps et à acquérir la paix du Christ qui surpasse toute connaissance.

Un poème de Rilke

« Qu’il est doux parfois d’être de ton avis,
frère aîné, ô mon corps,
qu’il est doux d’être fort
de ta force,
de te sentir feuille, tige, écorce
et tout ce que tu peux devenir encor,
toi, si près de l’esprit.
Toi, si franc, si uni
dans ta joie manifeste
d’être cet arbre de gestes
qui, un instant, ralentit
les allures célestes
pour y placer sa vie ».
(Rainer Maria Rilke, Vergers, dans Œuvres 2 Poésie, Seuil, 1972, p. 480).

Article paru dans Magnificat, janvier 2017, p. 7-10.

Pour aller plus loin, voir mon Guide pratique de la prière chrétienne.

Source : Le blogue de Jacques Gauthier


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