En avant, la vie!

Lors d’une émission d’Apostrophes, Bernard Pivot avait demandé à sœur Emmanuelle (1908-2008) quel était son mot préféré. La réponse fut immédiate : Yalla!, mot arabe qui signifie : « En avant ! »

La mort est en avant, notre naissance aussi. Nous n’avons jamais fini de naître. Pour les croyants et croyantes, la mort est vue comme le jour de leur véritable naissance. Thérèse de Lisieux, décédée le 30 septembre 1897, écrivait : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ». De son côté, Félix Leclerc chantait : « C’est grand la mort, c’est plein de vie dedans ».

Mort

Un accompagnement par la présence

J’ai relaté dans le livre Récit d’un passage les derniers mois de la vie de mon beau-père. Mon accompagnement auprès de lui m’a rendu plus humain et plus lucide face à la mort. J’ai surtout retenu trois choses de cette expérience. La vie n’a de sens que dans la perspective d’un salut qui la libère de toute impasse. La mort n’a de sens que dans le don d’une vie éternelle en Dieu. Entre les deux, l’amour à vivre au quotidien, constitue le chemin d’un tel salut et l’horizon d’une éternité à venir. Thérèse d’Avila résumait cela par cette maxime : «Vivre toute sa vie, aimer tout son amour, mourir toute sa mort».

Le père Benoît Lacroix (1915-2016), décédé le 2 mars, est un bel exemple d’une vie pleinement vécue où l’amour a été au centre de son cheminement. À ceux et celles qui auront eu la grâce de le côtoyer, il aura fait expérimenter la gratuité de l’amour. Il ne lui restait plus que cela dans sa vieillesse : aimer.

Que de saisons pour apprendre à vivre, à aimer, à mourir! Que de passages pour assumer sa propre naissance et advenir à son humanité! Le décès de nos proches est l’un de ces passages. Mais il y a plein de petites morts au quotidien qui nous préparent au grand voyage : perte d’un emploi, maladie, dépression… Ces pertes ébranlent nos sécurités. En ces moments-là, on dirait qu’une porte se ferme, mais c’est pour qu’une autre s’ouvre, que nous n’aurions pas franchie autrement.

Une rencontre d’amour

L’abbé Pierre (1912-2007) affirmait avec justesse que dans la mort « il y a beaucoup plus de rencontres que de séparations ». J’en ai fait l’expérience avec mon beau-père. Ma foi me révèle que notre relation se poursuit autrement dans le Christ. En tant que baptisés, nous sommes tous et toutes unis dans ce beau mystère de la communion des saints. Nous en prenons surtout conscience à la Toussaint, célébrée le 1er novembre, et le lendemain, lors de la commémoration de tous les fidèles défunts. Certains de nos proches nous ont précédés dans le Royaume ; un jour ce sera notre tour de naître éternellement à la lumière, à la suite du Christ qui a vaincu la mort par sa croix glorieuse.

En ces temps où l’on parle beaucoup de compassion et de dignité face à la mort, l’accompagnement des mourants demeure une expérience profondément humaine qui nous fait entrer dans ce qu’il y a de plus grand et de plus vrai en nous : l’amour. Aimer, il n’y a que cela qui reste quand nos forces déclinent et que la maladie nous consume. Aimer, avec ses harmoniques d’accueil, d’écoute, de pardon, de respect, de tendresse.

Par la prière, nous nous ouvrons à la miséricorde divine. Nous rencontrons au cœur de notre âme ce Dieu qui n’est qu’amour et vie. Avec lui, allons de l’avant en toute confiance.

Texte paru dans le Prions en Église Canada, 30 octobre 2016, p. 36-37.

Pour aller plus loin: Récit d’un passage, 2016, Parole et Silence – Novalis.

 

Source : Le blogue de Jacques Gauthier


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