Le grain de moutarde et la partie de dés

Premier dimanche d’octobre. À la messe de 11 heures, douze servants de messe de 8 à 16 ans profitent de la première messe familiale de l’année pastorale pour raconter aux paroissiens ce qu’ils ont vécu avec d’autres servants durant leur camp de fin de semaine à la fin de juin. Chaque année, cinq ou six bénévoles les convient à célébrer leur année de service liturgique par une fin de semaine récréative et spirituelle dans un chalet des Laurentides. Je les accompagne comme un grand-père qui s’amuse et s’émerveille de ce que deviennent ses enfants et petits-enfants. Je partage leurs jeux autant que leurs réflexions. J’apprends leurs prénoms par cœur. Nous nous taquinons beaucoup, nous mangeons joyeusement ensemble, nous chantons autour du feu, nous jouons aux dés, nous célébrons le repas du Seigneur.

Durant cette première messe familiale, je voyais s’accomplir sous mes yeux la parabole du grain de moutarde. Le plus petit des grains qui devient une grande plante. Par exemple, Nuria, l’une des aînées du groupe, a 16 ans. Elle a servi la messe durant quelques années puis s’est transformée en animatrice de la liturgie de la Parole pour les enfants durant la messe. Et là, elle prépare un stage humanitaire en Inde durant quelques semaines. Elle viendra raconter son projet et ses motivations à l’homélie des trois messes dominicales à la mi-novembre. Je veux que les paroissiens voient ce que le petit grain de moutarde de sa foi est devenu…

Les servants font deux levées de fonds par année pour financer leur camp et leurs autres activités. La première à l’automne s’appelle « Les biscuits du curé ». Ils invitent les paroissiens à confectionner des biscuits, gâteaux, sucre à la crème et autres délices, qu’ils apportent à l’église avant la messe. Les jeunes les subdivisent, les emballent, fixent un prix. À la fin de la messe, les paroissiens les achètent. Un profit net de $1,500. Au printemps, une vente de fromages de St-Benoit-du-Lac réalise un profit de $2,400. Les paroissiens sont généreux pour les jeunes et ceux-ci ont donc décidé de partager avec des jeunes plus démunis et de soutenir le stage humanitaire de leur copine Nuria.

Après la messe, il était convenu qu’à la demande des jeunes, ils viendraient avec leurs animatrices adultes manger au presbytère et jouer aux dés. Ils ont effectivement mangé goulûment et bruyamment. Ils ont ri abondamment, fraternisé et les plus jeunes ont même joué à la cachette au deuxième étage du presbytère. Ils couraient partout, criaient, riaient à gorge déployée, au grand dam des animatrices qui craignaient que « monsieur le curé » soit agacé par un tel débordement de vitalité. Au contraire, je m’émerveillais que les jeunes soient assez à l’aise avec moi pour profiter de ce lieu quasi mythique pour eux. Ils m’ont finalement rejoint dans la salle à manger pour une partie de dés. Trois tablées : une d’adultes, une d’ados, une d’enfants. Le but avoué (depuis le camp de juin) était de battre le curé. Ce que les enfants ont réussi sans peine et sous un tonnerre d’applaudissements de tous les groupes d’âges.

Secrètement, dans mon cœur de pasteur, je me demandais quel grain de moutarde cette fraternité était en train de faire germer. Ils se rappelleront toute leur vie qu’ils tutoyaient le curé, qu’ils mangeaient avec lui, qu’ils jouaient aux dés et à la cachette dans le presbytère. Leur curé était leur ami. Qu’est-ce que cela ferait pousser en eux un jour? Je ne sais pas. Je n’en verrai peut-être pas les fruits. Un autre récoltera, j’espère. Déjà j’observe que Coralie (qui a 16 ans) envisage une carrière en éducation spécialisée. Sa responsabilité de coordonnatrice des servants y est peut-être pour quelque chose.

Ils sont partis au milieu de l’après-midi. J’ai refermé la porte derrière eux. Un grand silence planait dans la maison. Et une odeur, un parfum suave : ça sentait le Royaume…

 

Source : Le blogue de Abbé Alain Roy


3 réponses à to “Le grain de moutarde et la partie de dés”

  • Hélène Sauriol:

    Merci Alain pour ce témoignage de votre plein de vie auprès des jeunes pousses et je suis bien d’accord que tout ce dimanche sentait le Royaume…

  • Igino Incantalupo:

    J’ai trouvé ton expérience très belle Alain. Bravo !
    Ça me rappelle le temps ou j’étais jeune vicaire, mais moi j’avais un curé qui hurlait quand les jeunes venaient au presbytère…. Ça le dérangeait ! Enfin passons.
    Aujourd’hui, je regarde les plus jeunes (animateur(trices) scouts ou servants de messes de la paroisse), et je fais en sorte qu’a travers mon regard ou mon discours, ils sachent qu’ils sont les bienvenus au presbytère. Et ça marche: Ils ne se gênent pas pour venir prendre un café ou une liqueur…
    Salutations,
    Igino

  • Jean-Pierre Messier:

    Bravo Alain continue