La COP 21, un accord optimiste?

Élodie à Zone Action Climat- COP 21 Paris

Élodie à Zone Action Climat- COP 21 Paris

Avec la collaboration spéciale de Élodie Ekobena

Le 21 janvier dernier, Steven Guilbeault était l’invité du Centre Culturel Chrétien de Montréal et revenait sur les enjeux de l’accord de Paris. Brièvement, il a présenté le contexte mondial de la Conférence des parties, Conference of parties en anglais (COP). Ensuite, il a rappelé le contexte du réchauffement climatique, résultat de l’activité humaine depuis l’ère industrielle. Sur la Conférence des parties proprement dite, il a commenté bien sûr l’enjeu de la signature de l’accord, -qui devra être ratifié par les pays le 22 avril 2016 à New York-, les engagements pris par les pays de se tourner vers la production des énergies renouvelables, et enfin les engagements pour financer le fonds vert**…À l’ouverture de la COP 21, le risque de réchauffement était évalué à 3,6 degrés, ce qui augurait des conséquences catastrophiques pour la vie sur la planète. L’accord de Paris a décidé de 3 fév logomaintenir le réchauffement à 2,7 degrés, bien que les mécanismes de réduction restent insuffisants. De fait, pour lui « Paris est un succès en soi », car 43 des 195 pays ont pris l’engagement de favoriser les énergies renouvelables d’ici 2050. Le Québec, l’Ontario et la Californie ont pris l’engagement de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 90%. Selon Steven Guilbeault, la décision du Premier Ministre québécois de laisser tomber l’exploitation pétrolière à Anticosti est une preuve que le gouvernement provincial veut réduire les émissions du Québec. Cela montrerait que : « Paris commence déjà à façonner nos politiques publiques ». Son optimisme est tel qu’il va jusqu’à dire que l’atteinte des 100 milliards pour le fonds vert est encore faisable. Toutefois, ajoute-t-il, un projet comme Énergie-Est rendrait la cible de réduction des gaz à effet de serre, prise par le Canada à Paris, impossible à atteindre.

Steven Guilbeault y va aussi d’exemples louables pour valoriser l’économie verte en affirmant que le Québec fait partie des 5 territoires au monde, engagés dans le développement du transport électrique. On compte actuellement 800 bornes électriques, et en 2020 on prévoit doubler la production. Il cite également des initiatives prometteuses, comme celles de la compagnie Enerken : ce fleuron de l’énergie propre, qui produit du biocarburant à partir de déchets et de la biomasse. Autre exemple d’économie verte : la construction de la Maison du développement durable de Montréal qui permet d’économiser chaque année 100 000$ en consommation énergétique. Ainsi pour lui : « Tout est possible, on a le savoir-faire et la technologie ».

Mais qu’en est-il des enjeux de justice climatique soulevés par la société civile à Paris?

L'arbre de l'espoir COP 21 - Paris 2015

L’arbre de l’espoir
COP 21 – Paris 2015

Oui, la question financière a été abordée concernant les échanges de pratiques entre le Nord et le Sud pour se doter de technologie verte. On a aussi fait remarquer que l’économie verte pourrait être durable si on alliait les questions sociales aux questions environnementales, comme le fait le pape François dans sa dernière encyclique Loué sois-tu*. Le groupe WoMIN (groupe de femmes engagées contre l’extraction du charbon, du pétrole et du gaz, et contre les grands barrages hydroélectriques dans une douzaine de pays africains) a témoigné des conséquences de l’exploitation minière et du charbon sur les populations, et surtout sur les femmes. D’autres, comme la Via Campesina****, dénonçaient les conséquences de l’agriculture industrielle sur la paysannerie, ainsi que l’accaparement des terres.  Elles veulent soutenir au contraire une agro-écologie qui favorise l’expertise paysanne et la souveraineté alimentaire. Les panélistes du Secours Catholique (France) ont présenté de leur côté des alternatives qui, tout en répondant aux besoins essentiels en énergie, encouragent la transition énergétique.

Alors, que nous manque-t-il pour entrer résolument dans cette nouvelle ère énergétique? Il s’agit de favoriser une justice climatique et écologique avec un accord contraignant d’abord, de la part de nos gouvernements. Ensuite il s’agit d’appuyer une justice énergétique qui favorise la transition vers un système d’énergie renouvelable… Appelant ainsi à un renversement de nos modes de relation, tant entre nous, que vis-à-vis des richesses de notre Planète, des panélistes de confessions religieuses différentes invitaient à une conversion intégrale: une conversion à une écologie humaine*, où l’être humain serait au service de la nature et non l’inverse. C’est un changement de paradigme, un renversement de valeurs, un retour au bon sens…

Nous espérons que les alternatives, présentées  par Steven Guilbeault le 21 janvier, favoriseront à long-terme la mise en place d’une économie verte qui prendra en considération les besoins de la société civile et le bien commun. Peut-être est-ce celle-ci, la société civile, dont nous sommes tous membres et parties prenantes, qui détient le levier d’une transformation profonde de nos choix de consommation et de nos rapports en société et au monde.

* Loué sois-tu – No 155. « Benoit XVI affirmait qu’il existe une « écologie de l’homme » parce que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. » No 156 « L’écologie humaine est inséparable de la notion de bien commun, un principe qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale. »

**Un fonds vert pour le climat a été créé pour aider les pays les plus vulnérables à s’adapter au changement climatique, pour servir à des investissements dans les énergies renouvelables ou à tout autre projet favorisant la décarbonation de l’économie.

*** La Maison du développement durable de Montréal, 50, Sainte-Catherine Ouest (coin St-Laurent et Clark) – Des visites guidées vous permettent de découvrir les innovations du bâtiment en matière d’utilisation responsable des matériaux, de gestion efficace de l’énergie et de l’eau, de la qualité de l’air…

**** La Via Campesina est un mouvement international qui rassemble des millions de paysannes et de paysans.  Elle défend l’agriculture durable de petite échelle comme moyen de promouvoir la justice sociale et la dignité.

NOTA BENE

Le Forum Social Mondial aura lieu du 8 au 14 août 2016, pour la première fois à Montréal. https://fsm2016.org/

Le FSM 2016 a pour objectif de rassembler des dizaines de milliers de personnes provenant de groupes de la société civile, d’organisations et de mouvements sociaux, qui souhaitent construire un monde durable et solidaire. Les thèmes de Justice, Écologie et Paix y seront abondamment abordés.

 

Et vous qu’en pensez-vous?
Vos commentaires sont les bienvenus!

 

 

Source : Le blogue de Anne Bourdon


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