À-DIEU, CLARA…

Elle n’aura vécu que deux jours. Les parents de Clara savaient que la grave maladie génétique qui l’affectait ne lui permettrait pas de survivre plus de dix jours après sa naissance. Elle risquait même de mourir dans le sein de sa mère. Finalement, née avant terme, elle a fait brièvement la joie de ses parents qui tenaient à lui voir la frimousse et elle a reçu le baptême. Quatre jours plus tard, ses funérailles ont été célébrées dans notre église paroissiale. Comme les parents de Clara viennent d’Amérique du sud et qu’ils sont seuls au pays, j’ai insisté auprès des paroissiens pour qu’ils viennent nombreux aux funérailles soutenir les parents éplorés. Les gens ont bien répondu à l’appel et j’ai mesuré, ce jour-là, la beauté et l’importance d’une communauté chrétienne.

La petite Clara m’aura fait comprendre quelque chose de Dieu. Elle n’a même pas eu le temps d’apprendre à aimer et pourtant, elle aura été aimée d’un grand nombre de personnes.  Elle a été aimée non pas en raison de ce qu’elle a fait, dit ou accompli, mais parce qu’elle était là, tout simplement. Elle n’a pas eu le temps d’aimer. Elle a tout juste eu un peu le temps d’être aimée. Parce  qu’elle existait, elle était aimée. Et avec le Seigneur, c’est pareil. Parce que nous existons, nous sommes aimés. Dès le sein maternel, nous sommes quelqu’un à ses yeux. Il nous aime non pas en raison de ce que nous faisons, disons ou accomplissons, mais parce que nous sommes tout simplement là, parce que nous existons. Nous sommes ses enfants. « Tu existes? Mais c’est merveilleux !» dit-il à notre baptême.

Nous avons redonné Clara au Seigneur en célébrant ses funérailles. Nous lui avons dit « à-dieu », c’est-à-dire « nous te confions à Dieu ». Nous ne pouvons plus rien pour toi, Clara, mais lui peut te prendre avec lui et te poser sur son cœur. Tu nous apprends que notre destinée, c’est de nous laisser aimer gratuitement et éternellement. Attends-nous désormais.

Alain Roy

Curé de St-Joachim

 

Source : Le blogue de Abbé Alain Roy


Une réponse à to “À-DIEU, CLARA…”

  • Éliette Aubry:

    Monsieur Roy,
    Mon propos ne concerne pas cet article, bien que je le trouve très beau et inspirant. Je veux vous féliciter pour votre article paru dans le Prions en Eglise du 7 décembre à propos de notre héritage judéo-chrétien. Magnifique et fort bien ciselé. J’aimerais bien le voir paraître dans Le Devoir et La Presse pour qu’il ait un plus grand rayonnement. Il est vraiment très à propos.
    Éliette Aubry
    Rouyn-Noranda