Les soeurs s’en vont…

C’est ainsi que les paroissiens et paroissiennes de St-Joachim de Pointe-Claire résument le moment historique qu’ils vivent cet automne. Ils viennent à peine de célébrer le tricentenaire de leur paroisse (2013) que leur joie est assombrie par le départ des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Arrivées dans notre paroisse en 1784, les « sœurs », comme les gens les appellent, quittent prochainement leur couvent situé juste sur la presqu’île qui a donné son nom à la ville de Pointe-Claire. Dans l’esprit de la population, la « pointe claire » est indissociable de la présence des sœurs. C’est « la pointe des sœurs », dit-on chez nous. C’est l’emblème de la ville. Mais le temps a fait son œuvre. Les sœurs ont vieilli, leur nombre a diminué. Il leur faut partir.

Durant 230 ans, elles auront instruit et éduqué les jeunes sur les rives du lac St-Louis. Dans la foulée de leur fondatrice, Marguerite Bourgeoys, elles ont été « filles de paroisse » mêlant leur sort à celui des habitants de l’ouest de l’île. Les nombreux témoignages des anciennes étudiantes concordent. Elles reconnaissent toutes la grande qualité de l’enseignement donné par les religieuses, l’immense étendue de leurs connaissances, leurs compétences diverses. Elles ont vu dans les sœurs des féministes avant l’heure car elles ont poussé des générations de jeunes filles à s’instruire et à prendre leur place dans la société. Les sœurs ont généré beaucoup de vie, d’épanouissement. Elles ont développé les talents de milliers de jeunes. Pointe-Claire n’aurait jamais été la même sans elles.

Le 14 septembre, à l’occasion d’une messe très festive et d’un pique-nique paroissial, les paroissiens et paroissiennes leur ont dit au revoir et merci. Les autorités civiles ont souligné à leur manière l’apport inestimable des sœurs en annonçant qu’un mémorial sera édifié sur un  terrain adjacent au couvent.

Mais au-delà des discours et des hommages, ce qui demeurera, c’est le souvenir de ce que c’est qu’une « sœur ». Moi qui n’ai que des frères, j’aurais aimé avoir une sœur. J’envie mes confrères qui ont une complicité avec leur sœur. Ils trouvent en elle une source de tendresse, une oreille attentive, une compréhension, une aide, un autre regard sur la vie, un sourire accueillant, une compagne de voyage. Jadis, dans les familles nombreuses, la sœur aînée prenait soin des plus jeunes. Une sœur bonne, une « bonne » sœur, prenait le temps de leur montrer des choses, de leur apprendre, de leur enseigner, de leur transmettre des connaissances, des comportements et des attitudes. Une sœur, c’est quelqu’un qui ouvre des horizons, qui voit un potentiel, un talent dans l’autre et lui révèle. Elle le pousse au dépassement et aime le voir grandir. Bref, une « bonne » sœur, c’est quelqu’un qui aime même à son détriment en sacrifiant son temps, sa santé, ses projets pour les autres.

En 230 ans, 600 « sœurs » sont venues chez nous pour enseigner mais d’abord pour être nos « sœurs ». Déjà, il y a quelques décennies, nous avions perdu des éducatrices hors pair quand elles ont cessé d’enseigner. Aujourd’hui, nous perdons nos voisines, nos amies, nos sœurs. Il manquera un immense sourire dans Pointe-Claire. Merci, sainte Marguerite Bourgeoys, de les avoir inspirées. Merci, Seigneur, de nous les avoir données.

Alain Roy

Curé de St-Joachim de Pointe-Claire

 

Source : Le blogue de Abbé Alain Roy


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