Tes désirs sont désordres

Ces jours derniers, un débat troublant a occupé l’espace médiatique. Un artiste connu a révélé que son conjoint et lui s’étaient procuré des ovules aux États-Unis pour qu’une fécondation de jumelles soit faite  en laboratoire et que l’embryon ainsi constitué soit implanté dans le ventre d’une de leurs amies prête à servir de mère porteuse. On se croirait en plein roman de science-fiction. Or, parfois la réalité dépasse la fiction. Dans le cas présent, je dirais même que la réalité dépasse l’affliction. Je trouve en effet bien affligeant, bien triste qu’on en soit rendu à de telles pratiques.

Le pire, c’est que le débat  a porté jusqu’ici simplement sur la pertinence ou non que l’État québécois paie pour ce genre d’intervention. On ne se demande pas si c’est une bonne chose qu’on ait recours à de telles manœuvres, si c’est bon de faire naître des enfants dans de telles conditions, s’il est souhaitable pour une société d’encourager le phénomène des mères porteuses. On veut tellement passer pour des gens ouverts d’esprit qu’on laisse se dénaturer les fondements de l’existence humaine. On en perd de vue ce que c’est que d’être père, mère, homme, femme, époux, épouse. Dans le cas présent, posons-nous la question : « Qu’est-ce que c’est que d’être une mère? ». Une fabricante de bébés? L’utérus d’une mère, ce n’est pas un simple incubateur, ce n’est pas une matrice qu’on loue pour se procurer des enfants. Une femme qui porte un enfant crée avec lui des liens qui normalement, sont les plus forts qu’on puisse imaginer. Je suis scandalisé qu’une femme accepte de jouer le rôle de mère porteuse et je suis scandalisé que des gens demandent à des femmes de faire une telle chose. Nous nous déshumanisons.

Comment comprendre une telle dérive alors qu’aujourd’hui, au nom du respect de l’environnement et de la protection de la nature, on s’émeut pour la moindre espèce de grenouille en voie d’extinction, pour une colonie de couleuvres qu’un tracé d’autoroute mettrait en péril, pour un marais trop proche d’une source de pollution, pour le parcours d’une rivière sur laquelle on construit un barrage hydroélectrique? Tant mieux si l’on protège bien les espèces animales et végétales. Mais comment se fait-il que lorsqu’il s’agit de la conception de la vie humaine, du sort d’un fœtus, de l’amour et du sens de la sexualité, on autorise n’importe quoi? On est écologique en tout sauf quand cela touche le corps humain, la sexualité et la procréation. Et on appelle cela de l’amour?

Les amoureux se disent souvent : « Tes désirs sont des ordres ». Mais il faut avoir le courage et la lucidité de dire aussi parfois : « Tes désirs sont désordres ». Et actuellement, nous nageons en plein désordre.

Alain Roy, curé de St-Joachim de Pointe-Claire.

Source : Le blogue de Abbé Alain Roy


2 réponses à to “Tes désirs sont désordres”

  • Carmela Di Matteo:

    Merci, Alain, de nous remettre sur le droit chemin , en mettant les bons mots aux bons endroits, tel que tu sais faire si bien.
    C’est parfaitement vrai qu’on n’entend rien de contraire et ‘qu’on laisse se dénaturer les fondements de l’existence humaine », comme tu l’écris.
    Heureuse de partager ton point de vue..

  • Aline Bouchard:

    Merci pour cet article.
    Je suis bien d’accord avec toute cette réflexion. L’écoute de cette nouvelle m’a
    laissée plus que perplexe, je dirais même sidérée. Où sommes-nous rendus?
    Il y a tellement de questions à se poser et à réfléchir… devant une telle situation.

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