Et si le crime nous concernait tous? Suite des échanges au café jasette…

Café jasette

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L’un des deux invités, Daniel Benson, a partagé de son expérience. Il a été condamné à perpétuité pour avoir assassiné l’homme qui battait sa mère, scène dont il a été témoin pendant de longues années… Ayant obtenu plus tard une libération conditionnelle et après s’être réintégré avec succès dans la communauté, il est devenu intervenant à Option Vie -service de soutien pour les condamnés à perpétuité- Daniel rapporte que, lorsqu’il était intervenant dans les pénitenciers, 18 femmes subissaient une sentence à perpétuité pour avoir assassiné leur conjoint violent; un conjoint dont elles avaient elles-mêmes dû supporter la violence pendant dix, quinze ou vingt longues années… « Du côté des hommes condamnés, c’est l’agresseur que l’on voit, rarement la victime qu’ils ont pourtant également été, avant de basculer dans la violence », partage Daniel.

Pour Sylvie, ex-victime d’abus sexuel dans son enfance, ce fut un long chemin avant de trouver une issue à son douloureux parcours. Enfant, les adultes ne voulaient pas apporter foi à ses propos, puis plus tard, très rares sont les personnes, dit-elle, qui voulaient lui prêter une oreille vraiment attentive. Les offenseurs sont surveillés mais les victimes sont oubliées, dit-elle. Très peu de soutien moral et financier est offert par la communauté, comme par les services de justice, aux victimes d’actes criminels. Il faut pourtant avoir à l’esprit qu’une personne victime peut devenir un jour agresseur.

La justice réparatrice propose un accompagnement et un soutien aux deux parties : la victime et l’agresseur. Sylvie explique que c’est sa première prise de parole en public pour témoigner de son histoire d’agression et de résilience, suite aux Rencontres Détenu-Victime : un processus sur plusieurs semaines, qu’elle vient tout juste de terminer.

« Enfin, dit-elle, plus personne ne pourra nier les faits ni contredire l’impact des blessures en mon corps. J’ai pu partager sans honte et en ressentant dans mon corps ce que je disais, ou ce que je lisais, face au prisonnier. »

« J’ai repris possession de mon pouvoir sur mon existence : celui de voir en face ce qui s’est passé, de le comprendre, j’ai pris conscience de ma propre violence, et pas seulement de la violence des autres ». C’est source de libération profonde des émotions logées dans son corps, de la peur et de la colère. Aujourd’hui elle a pu pardonner à ses agresseurs lorsqu’elle a pu se sentir légère devant sa propre violence, nous a-t-elle partagé. Elle sait désormais qu’elle n’est plus seule et impuissante à trouver les moyens qui la libèrent…

Daniel Benson souligne combien victimes et agresseurs au fond ne sont pas si différents, car la relation agressé-agresseur peut vite se transformer en un cercle vicieux. C’est pourquoi il invitait l’auditoire à ne plus être esclave de la peur et de la colère, mais au contraire de cultiver la joie, l’écoute aimante et la compassion. C’est de la transformation intérieure de nos souffrances que dépend la paix : c’est le chemin de la paix!

Laurent Champagne, coordonnateur de l’Aumônerie communautaire de Montréal, était présent dans l’assistance du Café-jasette. À l’issue des échanges, il avait à coeur de nous exprimer un souhait : que nous devenions tous des multiplicateurs de cette justice qui répare, en prêtant attention à une personne victime autour de nous, au cours de la semaine qui suit.  Cela implique, c’est vrai, un petit engagement personnel, mais il ouvre sur un immense espoir pour le vivre ensemble dans la communauté. En apportant notre soutien à une personne victime, en dénonçant les offenses faites, nous pouvons mettre un terme aux petites violences du quotidien, et oeuvrer ainsi non seulement à la justice mais à la paix.

NOTEZ BIEN
Plus de 85% des hommes et des femmes qui vont en prison n’y retournent plus.
Particulièrement chez ceux qui ont obtenu le pardon complet, 98% n’ont jamais récidivé.
Seulement 3 à 4% des personnes incarcérées y retournent régulièrement.

==> Pour en savoir plus sur les Rencontres Détenu-victime ou sur la justice réparatrice,  aller sur http://www.csjr.org

 

Et vous qu’en pensez-vous?
Vos commentaires sont les bienvenus!

Source : Le blogue de Anne Bourdon

5 réponses à to “Et si le crime nous concernait tous? Suite des échanges au café jasette…”

  • Bonjour Anne,

    J’aimerais savoir si vous avez les coordonnées de Daniel Benson. Nous cherchons quelqu’un pour parler de la réalité des anciens détenus, à l’émission Midi 14h sur Canal M.

    Depuis qu’Option Vie a été fermé je ne sais plus comment le joindre…

    Merci d’avance!

    • Anne Bourdon:

      Bonjour,
      Désolée de ma réponse un peu tardive. Sans doute pourriez-vous obtenir les coordonnées de Daniel Bension par le CSJR (Centre de Service de Justice Réparatrice), d’ailleurs vous trouveriez d’autres articles qui font référence à Daniel Benson sur ce site. Je vous invite à contacter Estelle Drouvin, directrice du CSJR, au 514-933-3737, qui pourra certainement vous renseigner.

  • « C’est de la transformation intérieure de nos souffrances que dépend la paix : c’est le chemin de la paix!  » : Un chrétien de la Paroisse de la Paix à Amiens (France ) ne pourrait pas dire mieux et ne peut que souscrire à cette proposition.

    • Anne Bourdon:

      Bonjour Michel Fauquet,
      Je suis ravie de vous lire et qu’ainsi un contact plus régulier soit créé avec vous et l’Église d’Amiens, en particulier la Paroisse de la Paix!

      Merci de votre intérêt et j’espère vous lire aussi un de ces jours?

  • [...] soirée, sous la plume d’Anne Bourdon, sur le blogue du diocèse de Montréal : 1ère partie, 2e partie. ← Parution de l’InfoPV de novembre 2012 Rencontres détenus-victimes [...]

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