Ni dictature, ni parité

Au moment où j’écris ces lignes, les laborieuses négociations entre les étudiants et le gouvernement s’éternisent. Quel que soit leur résultat, ce que j’aurai vu de la société québécoise depuis plusieurs semaines m’aura laissé un goût amer.

Au-delà du débat sur la pertinence ou non d’augmenter les frais de scolarité, j’observe qu’une minorité impose ses vues à la majorité bien que, quand cela fait son affaire et sert ses intérêts, elle réclame pourtant plus de démocratie. Rappelons-nous qu’il s’agit bien d’une minorité d’étudiants qui tient tête d’abord à ses pairs, au gouvernement peut-être impopulaire mais démocratiquement élu, à la police et, si on se fie aux sondages, à une majorité de citoyens. Mépris d’injonctions des tribunaux et de lois, de figures d’autorité, de biens publics et privés, de la démocratie, bref de l’autre.

Ce qui me désole, c’est de constater les conséquences sociales d’une certaine philosophie de l’éducation et de l’exercice de l’autorité. Cela me rappelle ce que j’ai trop souvent vu dans des familles. Par exemple, au moment du coucher, des parents s’enlisaient dans d’interminables négociations avec leurs petits enfants pour obtenir qu’ils aillent enfin dormir comme si ces derniers leur faisaient une appréciable concession. Comme si l’enfant était un égal des parents. Comme s’il était devenu impossible de dire non à son enfant et de faire triompher l’autorité parentale et le gros bon sens. Dans un tel rapport, certains enfants ont vite compris qu’ils peuvent faire fi des « injonctions » des parents et que, pour obtenir ce qu’ils veulent, ils n’ont qu’à crier de plus en plus fort, peu importe ce que cela fait vivre à l’entourage. L’expérience leur a prouvé que cela fonctionne…!

Peut-être avons-nous connu autrefois un exercice abusif de l’autorité, des quasi dictatures parentales, professorales, patronales ou ecclésiales. Il fallait et faudra toujours s’en libérer. Mais les récentes contestations laissent présager les effets néfastes de ce que j’appellerais la parité. Si nous sommes tous égaux en dignité, nous ne somme spas tous des pairs dans nos responsabilités et nos fonctions. Quand nous effaçons les différences de rôles (comme celles entre parents et enfants, professeurs et étudiants), nous nous embourbons dans une cacophonie et une zizanie qui préparent des heurts et des violences. Nous en avons malheureusement fait la preuve dans les dernières semaines.

Je me demande bien comment nous pourrons désormais exercer une autorité saine dans notre société québécoise.

Alain Roy

Source : Le blogue de Abbé Alain Roy


3 réponses à to “Ni dictature, ni parité”

  • Roland:

    Je suis entièrement d’accord avec vous.
    J’ai toujours proné dans ma famille le respect que tous les membres se devaient les uns les autres.
    Ceci nous a permis de ne pas abuser de notre autorité tout en ne permettant pas d’être abusé.
    Ceci a créé un équilibre qui nous a permis de fonctionner agréablement même si parfois en tant que parent nous devions dire « non’.
    Au risque de passer pour un viux radoteux, je ne peux m’idigne d’avoir vu des jeunes enfants s’attaquer physiquement à leurs parents pace qu’ils leur avaient refusé queque chose et qu’aulieu de se faire respecter, essayaient d’expliquer leur refus. Il ne faut pas s’étonner que ces enfants sont présentement dans la rue pour contester .
    Je crois que notre gouvernenent est aussi fautif d’avoir laisser aller la situation sans intervenir pendant un si long temps. Ils ont sous-estimés ce que ces enfants rois étaient capable de faire et malheureusement la situation a dégénéré à ce qu’elle est présentement une « impasse ».
    En tant que dirigeants ils auraient dû expliquer rapidement la nécessité d’une augmentation des frais de scolarité en rencontrant les partis impliqués. Ils ne seraient pas présentement dans une situation qui est intolérable pour tous les Québécois.
    Les contestations publiques ne se limitent plus à la contestation de la hausse des droits de scolarité mais couvre maintenant toutes les revendications des citoyens face à l’immobilité du gouvernement concernant les irrégularités dans tous les domaines touchant les transactions gouvernementales et le favoritisme.
    Espérons que les esprits se calmeront.

  • Suzanne Désilets:

    Tout à fait d’accord avec votre position. Je me désole que les valeurs, qui ont fait du Québec un endroit où il fait généralement bon vivre, soient ainsi mises de côté.

  • Carmela Di Matteo:

    Merci d’avoir mis les mots justes sur ce que je pensais.
    Pour « exercer une autorité saine dans notre société », ne faudra t’il pas qu’on prenne la vraie place qui nous revient…et avec un peu de respect pour l’autre, on pourra faire un petit pas en avant et vers l’autre.

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