Communier à la chair du Verbe

Dans cette troisième semaine du temps pascal, l’Église nous fait méditer le chapitre 6 de l’Évangile de Jean. Au début de ce chapitre, on voit Jésus qui multiplie les pains, comme il le fera pour la Pâque chrétienne, l’Eucharistie. Au moment où on veut l’enlever pour le faire roi, il se se retire seul pour prier son Père. Puis, il rejoint ses apôtres sur le lac en marchant sur les eaux. Ils le prennent pour un fantôme, mais il leur dit: « C’est moi. Je suis. N’ayez pas peur ».

La foule le cherche parce qu’elle a mangé et qu’elle a été rassasiée. Jésus leur en fait le reproche à la synagogue de Capharnaüm, sobrement décorée de palmes et d’étoiles en mosaïques. « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau. »

Il leur parla qu’au désert, leurs pères avaient mangé la manne, mais que le Père leur donnera le vrai pain venu du ciel, celui qui donne la vie au monde. On lui demande : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. » Cela ressemble à la demande de la Samaritaine: «Seigneur, donne-moi de cette eau-là». Jésus va leur répondre en révélant le don qu’il est:

« Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. »

Parole Marthe Robin

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Avons-nous perdu le Nord?

Notre bonne vieille terre tourne toujours sur elle-même! Certes, mais il n’y a pas une journée, où l’avenir de la planète n’est pas au cœur de nos échanges, voire de nos débats. Avec tous ces conflits armés, ces actes terroristes, cette pollution éhontée, ces famines scandaleuses, ces cataclysmes naturels, il y a bien des raisons de s’inquiéter. À huit mois du sommet mondial de Paris sur les changements climatiques peut-on s’attendre à un possible accord pour prendre des mesures afin de freiner les changements climatiques? Plus près de nous, les débats font rage sur la production de pétrole au Québec, l’aménagement d’un port pétrolier, l’oléoduc de TransCanada, la relance du développement minier du grand Nord et j’en passe. Avons-nous perdu le Nord ma foi? En cette semaine où nous célébrons mondialement le 22 avril le Jour de la Terre, il est bon de prendre le temps de se conscientiser et de poser des gestes pertinents pour l’avenir de notre planète.

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Un regard qui change tout

On classe souvent les gens en deux catégories : les bons et les mauvais, les purs et les impurs, les amis et les ennemis, etc.

Dans le royaume de Jésus, on ne classe pas par les extrêmes mais par le centre. Ce ne sont pas les gestes extérieurs, les habitudes, les coutumes qui définissent les personnes. On se laisse guider par le cœur.

Dans le royaume, on vit sous le régime de l’amour. Le cœur est la mesure de la vie. Le cœur donne de la valeur à tout ce qui est fait. Si le cœur n’y est pas, les gestes sont vides. Ils ne disent rien. Ils perdent leur sens. Les plus pieuses prières ne vaudraient rien sans le cœur. Mes services auprès de mon prochain ne donneraient pas leur pleine mesure.

Le cœur doit être habité. Habité d’abord de moi-même, puis des autres. Et surtout, il doit habiter le Christ et son Évangile. C’est alors qu’il peut devenir rencontre de Dieu.

Habité par le Christ, le cœur transforme le sens de mon travail. Celui-ci n’est plus alors un esclavage, un écrasement, une aliénation. Mes engagements deviennent plutôt des lieux de service pour les miens, pour la société. Ils me permettent de participer à  la construction d’un monde où le respect et l’attention aux autres sont prioritaires.

Quand mon cœur est habité par le Christ, je pose alors sur ma vie comme sur le monde le regard du Christ ressuscité. Un regard qui change tout.

 

16 avril : Benoît-Joseph Labre, le saint marcheur

Marcher plus loin, toujours plus loin. Ne pas s’arrêter au coin des rieurs. Ne pas cacher son visage aux passants qui ricanent. Fouler les sentiers solitaires. Parcourir l’Europe à pied. Suivre la trace de son cœur qui n’a pas de cité permanente. Aller toujours plus haut, vers la Jérusalem céleste. Tel est ce pèlerin de Dieu, Benoît Labre, clochard en haillons, qui suit le soleil et les rivières, qui prie Jésus au rythme de ses pas, afin d’être saisi par lui au détour du pèlerinage terrestre.

Benoît Joseph Labre

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La fièvre d’un certain dimanche de printemps

Il y a plusieurs années, un film a fait connaître l’acteur américain, John Travolta : La fièvre du samedi soir. J’aimerais bien voir un autre film, un film qui pourrait s’intituler : La fièvre d’un certain dimanche de printemps. Ce film aurait pu être tourné, il y a plus de 2000 ans, en Palestine.  Le scénario n’aurait pas été inventé. La caméra n’aurait  eu qu’à se promener dans Jérusalem, entre un jardin où il y avait un tombeau et une maison où un groupe se tenait derrière des portes verrouillées.

Il devait y avoir de la fièvre, ce jour-là, de l’électricité dans l’air. L’homme qu’on avait déposé dans le tombeau, mort au bout de son sang, le cœur percé par une lance, cet homme n’était plus dans le tombeau! Il était debout, il parlait, il marchait, il mangeait du poisson. On pouvait le toucher. Un mort revenu à la vie. Pas une réanimation  de comateux. De la vraie mort à la vraie vie!

Ça, c’est beaucoup plus extraordinaire qu’une victoire du Canadien sur Toronto ou Chicago. C’est même plus exceptionnel que les exceptionnelles performances de Garry Price. À Pâques, l’impossible est vainqueur. Ce que personne n’avait vu, ce que personne n’avait entendu, l’inimaginable est arrivé. Un événement tellement emballant que je ne serais pas surpris que l’un ou l’autre disciple ait fait une crise cardiaque en apprenant la nouvelle.

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Croire ou ne pas croire en Dieu

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu conscience de la réalité de Dieu. Je ne peux pas faire fi de cette expérience qui est le fondement de ma vie : il y a quelqu’un plutôt que rien. Le fait de croire en lui me rend heureux. Si Dieu ne sert à rien, par contre, ça change tout. Certes, il est possible de vivre une vie pleine et heureuse sans Dieu. Chaque personne a ses raisons de croire en lui ou pas, et nul besoin de tourner le croyant ou l’incroyant en dérision pour justifier sa position.

Un acte de foi et d’amour

Pascal parle de la foi comme d’un pari. Nous ne pouvons pas posséder Dieu comme si nous l’avions dans notre poche, encore moins l’enfermer dans une boîte. Il nous échappe sans cesse au foyer de notre conscience, mais son élan de vie crée du sens. Lorsqu’on dit qu’on croit en Dieu, il importe de toujours spécifier à quel Dieu on se réfère, de quel livre sacré on s’inspire et, surtout, comment on l’interprète. Le dialogue avec les autres sera fécond si on connaît bien sa tradition et si on reconnaît qu’on ne sait pas tout de Dieu.

La foi et l’amour sont les moyens par excellence pour connaître Dieu. Ils relèvent de l’expérience, de la prière, d’un désir de plénitude. On connaît Dieu surtout en reconnaissant humblement qu’on ne sait pas grand-chose de son mystère, tant notre raison est limitée. La foi elle-même est en quête d’intelligence, d’où l’importance de la théologie.

Dieu est discret et secret, comme l’amour et la vie. Ce Dieu voilé que la science approche et que la parole balbutie, ce Dieu caché révélé par le Christ mort et ressuscité, plusieurs de nos contemporains le cherchent. Il n’existe qu’en se donnant, qu’en se répandant, qu’en étant miséricorde, comme Jésus l’a montré pour Thomas qui demandait à le voir pour croire. On touche Dieu par la foi et par l’amour, en se faisant proche de ceux et celles avec qui nous vivons.

Saint Thomas

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Le Cardinal Jean-Claude Turcotte, un grand communicateur

Depuis l’annonce du décès du Cardinal Jean-Claude Turcotte, les messages fort nombreux de sympathie et d’hommage bien sentis n’ont pas tardé à se manifester.  Homme de son temps, l’archevêque de Montréal a fait sa marque et elle restera longtemps imprimée dans le cœur de milliers de montréalais.  On s’y attendait à ce départ éminent car le dur combat contre les effets ravageurs d’un diabète pernicieux ne lui laissait guère de repris et chance de survie.

À 78 ans, ce prêtre à la carrure athlétique et au parcours exceptionnel nous lègue un héritage imposant.  Depuis son ordination presbytérale en 1959, Jean-Claude Turcotte a été de toutes les luttes qui mènent au respect de la vie humaine, au soulagement des plus démunis, aux libertés individuelles et collectives, aux principes et valeurs de l’Église catholique. Il n’avait pas peur des mots et des débats, lui qui fut pétri comme tant d’autres de son époque à l’école de l’Action catholique et aux décapantes transformations sociales de la Révolution tranquille. Il en a mené des dossiers cet homme du peuple au destin étonnant!

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Cardinal Jean-Claude Turcotte (1936-2015), témoin de l’Évangile

« Le style est l’homme même ». Cette formule célèbre de Buffon, extraite de son discours prononcé à l’Académie française le 25 août 1753, s’applique bien au cardinal Jean-Claude Turcotte. Non que celui-ci ait été un écrivain; il reconnaissait qu’il n’avait aucun talent pour écrire. Par contre, il aimait parler aux gens, aider les pauvres, rencontrer les médias, sans se défiler devant aucune question. C’était le style Turcotte : simple et direct, fidèle à l’Évangile, doté d’un sens de l’humour et « d’un gros bon sens pastoral », comme l’exprimait de Rome le cardinal Marc Ouellet dans un message vidéo.

Le cardinal Turcotte était un bon vivant, un homme pratique, qui savait consulter et prendre des décisions. Sa franchise et sa simplicité plaisaient aux journalistes. Fidèle à l’enseignement de l’Église, il restait ouvert aux défis de ce temps, mais ne transigeait pas avec sa conscience, ses convictions. C’est ainsi qu’il remit son insigne de l’Ordre du Canada après avoir appris que le même honneur serait accordé au docteur Morgentaler, vedette de l’avortement au Canada. Ce geste d’éclat demandait un certain courage.

L’archevêque de Montréal en imposait par sa stature physique et son franc-parler. On pouvait être intimidé en sa présence, mais lorsqu’il nous parlait, on se sentait comme un membre de la famille. En tant que « prince de l’Église », il n’était pas du tout pompeux. Je l’ai rencontré à quelques reprises, surtout à l’Oratoire Saint-Joseph en 2010, à l’occasion de l’annonce de la canonisation de frère André qu’il aimait beaucoup, parce qu’il se reconnaissait dans l’humilité du portier de l’Oratoire. J’ai mieux saisi à ce moment-là comment il était un bon communicateur, un habile vulgarisateur, un homme de foi.

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Une expérience de la lumière du Christ

Le temps pascal est comme un long dimanche de cinquante jours que couronne la Pentecôte. La semaine qui suit Pâques constitue une octave où nous prenons conscience de la clarté du Ressuscité qui nous habite. Durant cette octave de Pâques, nous retrouvons dans la liturgie des Heures l’hymne du matin de Patrice de La Tour du Pin (1911-1975), Lumière du monde, ô Jésus. Lorsque j’entendis cette hymne de l’illumination divine pour la première fois, je fus inondée d’une joie profonde, tant j’avais le coeur tout brûlant. Ce fut mon premier contact avec l’oeuvre de ce grand poète de la liturgie. Permettez-moi de vous partager cette expérience de la lumière du Christ.

Lumière du Christ

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Le dernier mot de Dieu

imagesUn certain vendredi de printemps, un malheur est arrivé à une poignée d’hommes et de femmes. Ils avaient mis tous leurs espoirs en Jésus. Mais Jésus est mort et ils ont tout perdu. Même leurs raisons de vivre. Ils ont peur. Ils font de l’angoisse. Ils se terrent. Ils s’enferment. Ils se cachent. Ils barrent les portes à double tour. Ils n’ont pas dû dormir  beaucoup ces jours-là. Et leur sommeil devait être agité, plein de cauchemars.

Leur maître est mort, publiquement. Au vu et au su de toute la population de Jérusalem. Et voilà qu’on leur annonce qu’il est vivant. Vivant… après être mort. Oui, après être mort! Ils n’arrivent pas à croire cette incroyable nouvelle. Dans le malheur, on croit difficilement au bonheur. Comment l’échec pourrait-il être un succès? Comment la défaite pourrait-elle devenir la victoire? À un moment ou l’autre de la tragédie, chaque disciple a dû réagir comme Thomas : le drame a mal fini, n’essayez pas d’inventer une conclusion heureuse.

Mais voilà que Jésus se tient au milieu d’eux. Au creux de leur souffrance, Jésus est présent, bien vivant. À ces inquiets, à ces cœurs torturés, angoissés, découragés, il dit : «La paix soit avec vous».

Le Ressuscité ne dit pas qu’il n’y aura plus de malheur. Que la souffrance disparaît pour toujours. Que le mal n’existera plus. Nous le savons bien, nous qui souffrons depuis plus de deux mille ans. Nous vivons des déchirements et des séparations malgré la victoire du Christ sur le mal.

En disant : « La paix soit avec vous», Jésus annonce que le mal n’aura plus le dernier mot. Nous parviendront au bout du rêve que Dieu projette pour nous. À Pâques, les cadenas ont sauté. La nuit a cédé la place au matin. L’hiver s’est ouvert sur un printemps. Ne soyez pas inquiets. N’ayez pas peur. La paix soit avec vous.

Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Heureux ceux qui croient  même quand le malheur tente de leur fermer les yeux.

Un chrétien qui a laissé Pâques prendre racine en lui vit d’espérance. Il est serein. Il a confiance. Il est audacieux. Il fait face à la musique avec courage. Dieu a le dernier mot. Et c’est un mot en faveur de l’être humain. En notre faveur.