École de prière (38) Quelle est la meilleure méthode?

La prière chrétienne est désir et rencontre, méditation et contemplation, connaissance de soi et de Dieu. Elle est un puissant moyen pour communier à l’amour de Dieu répandu en nous par son Esprit. La foi et l’amour nous guident mieux sur ces chemins de la prière que les méthodes ou les techniques extérieures à nous. Je dis souvent que la meilleure méthode est de ne pas en avoir, ou bien c’est celle qui libère le mieux la prière en nous. L’Esprit saura bien nous donner la prière qu’il nous faut si nous l’invoquons avec confiance, car nous ne savons pas prier comme il faut, nous dit saint Paul. « Viens, Esprit Saint »!

Les chemins de l’Esprit Saint

À l’article de mon blogue, Petit lexique à retenir, je signalais que Jésus n’a pas donné de méthode précise pour méditer et prier. Il nous a laissé une prière vocale, le Notre Père, et il nous a donné son Esprit pour qu’il vienne en aide à notre faiblesse et qu’il nous unisse au Père.

Toute méthode de prière peut devenir une idole si nous oublions la finalité qu’est l’union à Dieu. Elle n’est qu’un outil pour ouvrir notre cœur à l’amour de Dieu en nous. L’Esprit Saint, qui souffle où il veut, reste libre dans ses motions; lui seul donne le silence intérieur qui comble et transforme. Frère Roger de Taizé nous le rappelle :

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« Le Fils de l’homme est livré… »

Les journaux ne manquent pas d’attirer l’attention sur les difficultés que traverse l’Église dans certains pays du monde. Je pense en particulier à l’Iraq, à la Syrie, au Nigéria. En ces temps difficiles, il est bon de retourner aux origines et de compter sur le témoignage des premières communautés pour vivre notre foi aujourd’hui.

C’est  à une Église bousculée par les persécutions romaines que l’évangéliste Marc destine son évangile. Une Église meurtrie, blessée, angoissée. Une Église sans défense, abandonnée aux fauves dans les spectacles publics. Une Église que le combat affaiblit. Une Église que le doute assaille. Une Église qui pourrait bien tout lâcher et prendre la fuite.

Pour cette malheureuse, Marc dessine la figure du Christ. Il rappelle le secret que Jésus confiait aux siens en traversant la Galilée : «Le Fils de l’homme est livré aux  mains des hommes; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera.» (Marc 9, 31) Il a été rejeté jusqu’à être livré à la mort.

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Des funérailles miséricordieuses

Quatre jours après les funérailles très médiatisées de René Angélil, j’ai présidé celles d’un parfait inconnu dans la paroisse dont je suis le curé. Nonagénaire, fils unique, veuf et sans enfant, il était visité de temps en temps par une travailleuse sociale envoyée par la Curatelle publique qui s’est chargée d’organiser les funérailles. Son caractère particulier ne le prédisposait pas aux liens d’amitié ou de bon voisinage. Ses arrangements funéraires avec notre paroisse étaient faits depuis quelques années déjà. Il avait fréquenté nos assemblées jusqu’à ce qu’il ne soit plus capable de se déplacer. Il est décédé dans sa maison dont il était très fier.

Me doutant qu’il n’y aurait sans doute pas beaucoup de participants à ses funérailles, j’avais alerté les paroissiens aux messes dominicales, les invitant à venir accompagner ce frère dans la foi dans son passage vers le Père. Le mardi matin à 11 heures, l’entrepreneur funéraire est venu déposer le corps dans l’église. Aucun membre de sa famille, aucun voisin, aucun ami, aucun ancien collègue de travail, aucune connaissance autre que la travailleuse sociale. Personne d’autre. C’était la première fois de ma vie que je voyais une telle situation.

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Risquer !

Nous connaissons la parabole des talents (Matthieu 25, 14-30). Un homme riche, au moment de partir en voyage, confie ses biens à trois de ses serviteurs. Deux d’entre eux en profitent pour doubler le capital. Le troisième creuse un trou et cache l’argent jusqu’au retour du maître. En bon québécois, nous dirions qu’il préfère le «bas de laine» aux placements! C’est une option. Mais c’est une option que le maître n’a pas aimée du tout. Au point de congédier ce serviteur qu’il trouvait «mauvais et paresseux».

J’imagine le pauvre homme qui croise un ami en rentrant à la maison.

–T’as donc l’air dépité, mon Gérard, de dire le copain.

— Le patron m’a mis à la porte.

— Voyons donc! Qu’est-ce que t’a fait?

— Justement, il dit que j’ai rien fait. Il m’avait confié de l’argent. Je ne savais pas trop quoi faire avec ça. Faire des placements, c’est de l’ouvrage. Faut que tu surveilles la bourse. Faut prendre des risques. C’est pas trop mon genre.

—  C’est certain que c’est pas ton genre. T`as jamais été vaillant, vaillant. Regarde ton jardin. T’es bon pour semer. Mais après, tu n’arroses pas. Tu n’arraches pas les mauvaises herbes. Tu ne renchausses pas. Et t’es surpris de rien récolter à l’automne.

Regarde ton mariage. T’as pensé que tout était réglé au pied de l’autel. Mais l’amour, ça s’entretient, ça se cultive. Faut des attentions, des p’tits mots, des bons services… Toi, tu n’aurais jamais pu faire un veilleur de nuit ou un gardien de phare. T’as le sommeil trop  facile.

Et l’ami très franc continua son «sermon» jusqu’à la maison de Gérard.

Je n’ai jamais su s’ils ont abordé la question de la foi. Dieu nous la confie non pas pour la déposer dans un coffre-fort mais plutôt pour l’exposer au grand air et lui donner la chance de s’épanouir.

Avec la foi, il faut faire des placements! Dans nos amours, dans notre travail, même dans nos options politiques. La foi trouve alors ses chances de se déployer. Elle est faite pour se «coltailler» avec la vie. Elle attend de nous une vigilance constante pour la dynamiser. Quand elle est surprotégée par des peureux,  elle sombre dans l’anémie. Au bout du compte, elle ne vaut pas grand-chose.

La foi n’a d’avenir que si elle est risquée!

 

Saint Paul par lui-même

Et si Paul de Tarse se présentait lui-même en ce 25 janvier où l’Église catholique célèbre sa conversion. C’est facile à imaginer puisqu’il s’exprime souvent au « je » dans ses épîtres. Je n’ai qu’à cueillir ces perles biographiques. En voici des extraits tirés du dernier chapitre de mon livre Jésus raconté par ses proches.

Je suis Juif, né à Tarse en Cilicie, mais j’ai grandi à Jérusalem. Circoncis dès le huitième jour, j’appartiens à la race d’Israël, de la tribu de Benjamin. Hébreu fils d’Hébreux, c’est aux pieds de l’illustre rabbi Gamaliel que j’ai été formé à l’exacte observance de la Loi de nos pères. Quant à la Loi, j’étais un pharisien ; quant au zèle, un persécuteur de l’Église ; quant à la justice que pouvait donner la Loi, un homme irréprochable. Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage à cause du Christ.

Il a tout mis à l’envers dans ma vie, ou à l’endroit. Comment ai-je pu prendre son enseignement au pied de la lettre, à contre-courant des mouvements spontanés de ma culture, si lui-même ne m’avait pas séduit pour vivre en moi plus que moi-même ? Moi, impeccable dans la pratique des commandements, sûr de la vérité, m’illustrant par mes progrès dans le judaïsme, j’ai été retourné par la grâce du Christ ressuscité sur le chemin de Damas. Depuis ce jour, j’aspire à lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts. Je me considère de la lignée des apôtres, duquel je suis le plus petit, car je les ai persécutés avant ma conversion.

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Livre : La miséricorde, clé de la vie chrétienne

Cardinal Walter Kasper, La Miséricorde. Notion fondamentale de l’Évangile. Clé de la vie chrétienne. Éditions des Béatitudes, 2015, 215 pages.

Le pape François avait surpris tout le monde en décrétant une Année sainte de la miséricorde. La miséricorde est au cœur de sa vie, de sa vision de l’Église en lien avec le monde, de son projet de réforme du Vatican. Il en a fait sa devise épiscopale, qu’on peut traduire ainsi : « Choisi parce que miséricordié ». Il l’étend à toute l’Église par cette devise de l’Année Sainte : « Miséricordieux comme le Père », que l’on retrouve dans la bulle d’indiction de l’Année Sainte Le visage de la miséricorde, à relire et méditer.

François a publié également un livre d’entretiens avec son ami journaliste italien, Andrea Tornielli, Le nom de Dieu est miséricorde, que l’on présente comme un guide d’interprétation du Jubilé et une relecture de son pontificat. Je ne l’ai pas encore lu, ne l’ayant pas entre les mains, mais ça viendra.

MiséricordeJe veux surtout parler d’un autre livre, celui du cardinal Kasper, traduit en français aux éditions des Béatitudes en 2015 : La Miséricorde. Notion fondamentale de l’Évangile. Clé de la vie chrétienne. Le cardinal Bergoglio l’a lu durant le conclave, avant d’être élu pape. Il le mentionne lors de son premier angélus, place Saint-Pierre, le 17 mars 2013. En voici un large extrait, car nous reconnaissons dès le début le style direct de François et sa conviction profonde que la miséricorde change le monde.

« En ce cinquième dimanche de Carême, l’Évangile nous présente l’épisode de la femme adultère (cf. Jn 8, 1-11), que Jésus sauve de la condamnation à mort. On est frappé par l’attitude de Jésus : nous n’entendons pas des paroles de mépris, nous n’entendons pas des paroles de condamnation, mais seulement des paroles d’amour, de miséricorde, qui invitent à la conversion. « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus ! » (v. 11). Eh !, frères et sœurs, le visage de Dieu est celui d’un père miséricordieux, qui a toujours de la patience. Avez-vous pensé, vous, à la patience de Dieu, la patience qu’il a avec chacun de nous ? Telle est sa miséricorde. Il a toujours de la patience, de la patience avec nous, il nous comprend, nous attend, il ne se fatigue pas de nous pardonner si nous savons revenir à lui avec le cœur contrit. « Grande est la miséricorde du Seigneur », dit le Psaume.

Ces derniers jours, j’ai pu lire le livre d’un cardinal — le Cardinal Kasper, un théologien de valeur, un bon théologien — sur la miséricorde. Et ce livre m’a fait beaucoup de bien, mais ne croyez pas que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux ! Il n’en est pas ainsi ! Mais il m’a fait beaucoup de bien, beaucoup de bien… Le Cardinal Kasper disait que ressentir la miséricorde, ce mot change tout. C’est ce que nous pouvons ressentir de mieux : cela change le monde. Un peu de miséricorde rend le monde moins froid et plus juste. Nous avons besoin de bien comprendre cette miséricorde de Dieu, ce Père miséricordieux qui a une telle patience… Souvenons-nous du prophète Isaïe, qui affirme que même si nos péchés étaient rouges écarlates, l’amour de Dieu les rendra blancs comme neige. C’est beau, la miséricorde ! »

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De la vengeance au pardon

marguerite-fanee

17 janvier 2016

Dans la Bible, les idées ont évolué à travers les siècles de rédaction du livre sacré. Dans les plus vieux textes, on ne parle  pas de la même façon que dans les  textes plus récents. Ainsi, dans le livre de la Genèse, on dit : «Caïn est vengé sept fois mais Lamek est vengé soixante-dix fois sept fois.»

Plus tard, on s’est rendu compte que cela n’avait pas de bon sens que la vengeance soit aussi «douce au cœur de l’indien». Alors, on a institué la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. C’était une énorme amélioration.  Au lieu de se venger «au boutte», si vous me permettez l’expression, on faisait à l’autre exactement ce qu’il nous avait fait. Une sorte de vengeance commerciale. Tu me voles cinq dollars, je te prends cinq dollars. Tu me casses une dent, je te casse une dent.

À une autre époque, plus récente, on invite le juif croyant à ne pas se venger lui-même mais à demander à Dieu de le venger à sa place. Les prières de l’époque ressemblent à ceci : «Dieu des vengeances, parais et frappe mes ennemis.»

Pour sa part, Jésus fait un saut encore plus grand. Nous ne pouvons plus nous venger, ni même demander à Dieu de nous venger. Jésus demande de pardonner, et pardonner du fond du cœur. Cela ne signifie pas que nous devons laisser l’ennemi nous gifler, ni même refuser de voir le mal et les conflits.

Pardonner, c’est aimer assez ton ennemi pour souhaiter qu’il change d’attitude à ton endroit. C’est reconnaître qu’en essayant de te faire du mal, il se rend malheureux lui-même. Pardonner, c’est avoir assez d’imagination  pour inventer des gestes de rapprochement. C’est prendre la route vers la  réconciliation en ayant la patience de s’attendre soi-même et de l’attendre lui aussi. Un pas à la fois en respectant nos lenteurs  respectives.

En pardonnant ainsi, tu n’agis pas par politesse ou par convenance. Tu ne peux pardonner qu’en reconnaissant que tu as été toi-même pardonné par Dieu. Dieu t’a remis ta dette, une dette infiniment plus grande que toutes les dettes que les autres peuvent te devoir. Tu t’en allais irrémédiablement à la mort et Dieu t’a fait échapper à cette mort. Dieu t’a donné la vie.

Si nous prenions conscience de la dette que nous avons à l’égard de Dieu, et que Dieu nous remet gratuitement, nous n’oserions jamais prendre quelqu’un à la gorge pour lui faire payer sa bévue. Au contraire, nous nous engagerions sur la route vers le pardon.

René et Céline : l’amour existe encore

« René Angélil est décédé ce matin à sa résidence de Las Vegas après un long et courageux combat contre le cancer », écrivait Céline Dion sur Twitter le 14 janvier. Est-il mort dans ses bras comme il le souhaitait ? Une chose est sûre, ils se sont aimés jusqu’au bout, généreusement, avec beaucoup de sensibilité. Il aura tout donné pour elle dès la découverte de son talent en 1981, elle l’aura accompagné jusqu’à la fin, l’aidant à se nourrir. Leur amour quotidien, tissé d’admiration et de respect, demeure une source d’inspiration.

rene angelil celine dion mort deces hommage

Plus que le succès planétaire de Céline, c’est son histoire d’amour avec René qui me touche. Je les appelle par leurs prénoms tant ils font partie de la famille au Québec. Rares sont les artistes qui se maintiennent au sommet des étoiles sans se brûler les ailes. C’est d’autant plus exceptionnel quand ils forment un couple.

René et Céline ont choisi de vivre intensément, fidèlement, franchissant les obstacles les uns après les autres, à la grandeur du monde, à la mesure de leurs rêves. « Mon amour il n’en tient qu’à nous / De nous aimer plus fort », chante-t-elle dans L’amour existe encore.  (À écouter sur YouTube en cliquant ici). Ce mariage durable aura été la grâce de leur vie, leur chance, leur bénédiction. Une chance qu’on ça, se disaient-ils souvent, en reprenant cette chanson de Jean-Pierre Ferland.

J’ose croire que l’amour est éternel, que le désir d’aimer survit au passage de « notre sœur la mort ». René a quitté sa « peau de misère » pour naître à jamais sur l’autre rive, pour « retrouver la lumière », comme le chante son épouse dans Vole, sa chanson la plus émouvante, la plus prophétique :

Vole vole mon amour
Puisque le nôtre est trop lourd
Puisque rien ne te soulage
Vole à ton dernier voyage
Lâche tes heures épuisées
Vole, tu l’as pas volé
Deviens souffle, sois colombe
Pour t’envoler

Que René repose dans la paix du Christ et dans la miséricorde infinie du Père. Je prie également pour son épouse et leurs trois enfants.
Des funérailles nationales auront lieu le 22 janvier à la basilique Notre-Dame de Montréal.

 

12 janvier: sainte Marguerite Bourgeoys (1620-1700)

Marguerite Bourgeoys naît à Troyes le 17 avril 1620. Au cours d’une procession en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, elle désire se consacrer à Dieu. L’épopée mystique de Ville-Marie l’attire. Cela tombe bien, car le Sieur de Maisonneuve est en quête d’une institutrice laïque pour instruire gratuitement les enfants français et indiens. La Vierge elle-même lui apparaît et confirme sa vocation: « Va, je ne t’abandonnerai pas ».

marguerite bourgeoys

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Baptême de Jésus: une création nouvelle

La fête du Baptême du Seigneur marque la fin du cycle de Noël et le début du temps ordinaire. Mais est-il si ordinaire ce temps où nous avons à vivre au jour le jour le baptême reçu ? Il est tout indiqué en fait pour nous ajuster au Christ, pour mettre de l’ordre dans le quotidien de nos vies, nous qui sommes nés de nouveau par le bain du baptême, « renouvelés dans l’Esprit Saint » (Tite 3, 5), confirmés dans l’amour du Père qui nous redit: « Tu es mon enfant bien-aimé ». Cette étonnante déclaration d’amour, le Père l’a d’abord adressée à Jésus : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Luc 3, 22).

bapteme 218 B

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