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Messe de la rentrée
Grand Séminaire de Montréal

Vendredi 29 août,2008

Jérémie 1, 17-19
Marc 6, 17-29

Chers amis,

Habituellement, lorsque nous inaugurons l'année académique au Grand Séminaire, nous célébrons la messe du Saint-Esprit. Nous ne le faisons pas aujourd'hui. Ce n'est pas parce que nous sommes en brouille avec l'Esprit Saint, mais parce qu'il nous est apparu que la messe du jour - qui est celle du martyre de saint Jean Baptiste - se prêtait très bien à une réflexion sur le temps que des candidats au presbytérat passent dans un grand séminaire.

Jean le Baptiste fut un homme choisi par Dieu pour accomplir une mission particulière. Je rappelle brièvement ce que raconte saint Luc. Élisabeth, l'épouse de Zacharie, ne pouvait pas avoir d'enfant. Un ange vient annoncer à Zacharie que sa femme lui donnerait un fils. «Il sera grand, lui dit-il. Il ne boira pas de vin ni de boissons fermentées et il sera rempli de l'Esprit Saint dès avant sa naissance; [...] il marchera devant le Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie pour [...] préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir.»

On ne devient pas prêtre simplement parce qu'on a le désir de le devenir, mais parce qu'on y est appelé. Cet appel vient de Dieu. Il est insufflé dans le cœur par l'Esprit Saint. Après avoir été sérieusement discerné et éprouvé, il est confirmé par l'Église. Le Grand Séminaire est un lieu particulier où se discernent les appels de Dieu au presbytérat. Pour percevoir s'il est appelé, le séminariste doit se tenir longuement face au Christ et être tout à son écoute. Il doit se demander s'il est personnellement concerné par ces paroles que Jésus a autrefois adressées à ses futurs apôtres.

According to Matthew, Jesus saw two brothers. He told them, “Come, follow me, and I will make you fishers of men.” The apostle John adds that, at a later date, Jesus would ask Simon Peter: “Simon, son of John, do you love me?” The question would be asked of him three times. Three times Peter would answer: “Yes, Lord, you know that I love you.” And three times Jesus would continue, “Look after my sheep.” After completing his formation for the priesthood, a seminarian hears these words on the day of his ordination: “We rely on the help of the Lord God and our Saviour Jesus Christ, and we choose this man, our brother, for priesthood in the presbyteral order”. Discerning a vocation to the priesthood is a long and delicate operation. It must be done seriously, and in a climate of intense prayer. It is undertaken in partnership with the formation and spiritual directors of the seminary, to be sure, but also with the friends we make during our seminary time, as well as with members of the broader Christian community. I feel it is important for me to express once again the confidence I have in those who are responsible for the formation of our future priests, particularly those who act as educators or as counsellors to the seminarians.

Jésus vit deux frères, écrit saint Matthieu. Il leur dit: «Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.» Et l'évangéliste Jean écrit: «Jésus dit à Simon-Pierre: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci?"» La question lui sera posée trois fois. Trois fois Pierre répondra: «Oui, Seigneur, je t'aime, tu les sais!» Et trois fois Jésus lui dira: «Sois le berger de mes agneaux…» Plus tard, après avoir complété sa formation et être devenu candidat au sacerdoce, le séminariste entendra l'Église lui dire par l'intermédiaire de l'évêque qui l'ordonnera: «Avec l'aide du Seigneur Jésus Christ, notre Dieu et notre Sauveur, nous [te] choisissons pour l'ordre des prêtres.» Le discernement d'une vocation au presbytérat est une œuvre longue et délicate. Elle doit se faire avec rigueur et dans un climat d'intense prière. Elle doit être menée en collaboration avec des membres des communautés chrétiennes, avec les amis du Grand Séminaire, et tout particulièrement avec les éducateurs et les conseillers spirituels. Je tiens à redire toute la confiance que je mets en ceux et celles qui exercent ici une tâche d'éducateur ou de conseiller auprès des séminaristes.

Nous savons quelle mission a été confiée à Jean le Baptiste. Il a été chargé d'annoncer à ses concitoyens que le Royaume des cieux était «tout proche» et que celui qui allait l'instaurer se tenait au milieu d'eux . Le jour où il vit venir Jésus vers lui, il leur dit: «Voici l'Agneau de Dieu». La mission à laquelle les séminaristes se préparent n'est pas différente. Elle consiste à annoncer Jésus Christ, à l'annoncer à temps et à contretemps et, en réalité, à n'annoncer que lui, car tout le reste se rapporte à lui, se concentre en lui, s'éclaire en lui et trouve en lui sa fin. Pour annoncer le Christ et le bien annoncer, le prêtre doit le bien connaître. Pour le bien connaître, il doit le fréquenter constamment et intimement. Le fréquentant intimement et constamment, il devrait pouvoir en venir à faire siennes les paroles de l'apôtre Paul: «Pour moi, vivre c'est le Christ.» Jean le Baptiste, dont nous célébrons aujourd'hui le martyre, n'a vécu que pour le Christ. Il n'a rien fait d'autre que se mettre à son service. Il lui a donné sa vie. Entièrement.

There are many possible ways for someone to give himself entirely to Christ. It can be a gift that is offered day by day or, as one might say, drop by drop. This gift shows itself as faithfulness, loyalty, courage, readiness to serve, and a love that never fails. The gift of self can also be offered in a more radical and, even tragic, manner. It was the story of John the Baptist, and is as well for so many today. The list of Christian martyrs is very long, and it keeps getting longer. And it is interesting to note why our Lord’s forerunner was led to his death: he lost his head because he had spoken in the name of God and denounced evil.

Il existe plus d'une façon de donner entièrement sa vie au Christ. On peut la lui donner chaque jour, goutte à goutte peut-on dire, dans une fidélité, une loyauté, une disponibilité, un courage et un amour qui ne se démentent pas. On peut aussi être appelé à la lui donner d'une manière radicale et tragique. Ce fut le cas de Jean Baptiste et de tant d'autres après lui. La liste des martyrs chrétiens est grande et elle ne cesse de s'allonger. Il est intéressant de remarquer dans quelle circonstance le précurseur de Jésus a été conduit à la mort. C'est pour avoir dénoncé le mal, pour avoir parlé au nom de Dieu qu'il a eu la tête tranchée. «Tu n'as pas le droit de prendre la femme de ton frère.»

J'ai bien aimé l'oraison d'ouverture de la messe d'aujourd'hui. Elle m'a fait dire au nom de tous: Jean Baptiste «a donné sa vie pour la justice et la vérité; accorde-nous, [Seigneur,] de savoir comme lui nous dépenser avec courage au service de ta Parole.» Que cette grâce nous soit donnée! Qu'elle soit accordée aux prêtres d'aujourd'hui et à ceux de demain. Qu'elle soit aussi donnée à tous ceux et celles qui, par le baptême et par le don de l'Esprit, sont devenus disciples de Jésus. Je vous souhaite une heureuse et fructueuse année scolaire. AMEN

 

 

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29 août 2008