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Fête-Dieu - Corpus Christi Jeudi 22 mai 2008 Deutéronome 8, 2-3.14b-16a Chers amis, Que l'Eucharistie soit un don de Dieu, personne de nous n'en doute. Personne ne doute non plus qu'il s'agisse d'un don exceptionnel et merveilleux. Dans l'Eucharistie, Dieu ne nous donne pas quelque chose, il nous donne quelqu'un. Ce quelqu'un n'est pas n'importe qui, c'est son Fils. Son Fils qui est Dieu comme lui, qui est son bien-aimé, qui est venu sur terre en naissant de Marie et n'a fait que le bien. Ce Fils nous a aimés au point de se livrer entièrement pour nous, jusque dans la mort qu'il a traversée et transfigurée. Il est en effet ressuscité et il vit maintenant dans la gloire, auprès de son Père. Dans l'Eucharistie, le Fils de Dieu nous est offert et donné sous les signes du pain et du vin. «Prenez, mangez, a dit Jésus; ceci est mon corps.» Mon corps, c'est-à-dire ma personne, mon être, tout moi-même. Tenant une coupe de vin dans ses mains puis l'offrant à ses disciples, il a dit: «Buvez-en tous, car ceci est mon sang.» Mon sang, c'est-à-dire ma personne, mon être, tout moi-même. Dieu, qui est Père, pouvait-il nous faire un don plus grand que le don de son Fils bien-aimé? Et le Fils pouvait-il nous donner plus que de se donner lui-même à nous? Le pain et le vin auxquels nous communions durant l'Eucharistie nous unissent donc étroitement au Fils de Dieu. Le passage de l'évangile de Jean que nous avons entendu le dit clairement: «Ce-lui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.» Cette union est si intime que les mots pour la décrire adéquatement sont difficiles à trouver. Saint Cy-rille de Jérusalem en a cependant bien parlé au Ve siècle lorsqu'il a écrit: «Il fallait que le Christ vînt en nous divinement par le Saint-Esprit et qu'Il se mélangeât pour ainsi dire à nos corps par sa Chair sacrée et son Sang précieux, quand nous les recevons dans l'Eucharistie qui porte vie, afin que, par la communion, son Corps vivant se trouve en nous comme une semence de vie.» Le pain et le vin de l'Eucharistie sont en nous semence de vie. Ils insèrent en nous la vie du Res-suscité, et sa vie est, en nous, gage de résurrection future: «Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle [Notez que le verbe est au présent]; et moi, je le ressusciterai au der-nier jour.» Il est vraiment merveilleux le don que Dieu nous fait l'Eucharistie. Nous avons rai-son de lui en rendre grâce chaque fois qu'une messe se célèbre. Un second aspect ou une seconde dimension du don de Dieu fait dans l'Eucharistie nous a été rappelé dans l'extrait de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens. Il s'agit de sa dimension communautaire. Le pain et le vin eucharistiques nous sont personnellement donnés pour qu'ensemble nous formions le corps du Christ, son corps «mystique», son corps qui est l'Église. «Puisqu'il y a un seul pain, écrit l'apôtre Paul, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.» La communion eucharistique a toujours une dimension communautaire. Quand le Christ s'offre et se donne à moi, il s'offre et se donne aussi à ceux et celles qui sont autour de moi. Il s'offre et se donne pour que ceux et celles qui l'accueillent soient profondément unis entre eux: unis comme peuvent l'être des frères et des sœurs qui s'aiment. Quand le prêtre, à la messe, s'adresse aux membres de l'assemblée et leur dit: «chers frères, chères sœurs», il ne prononce pas ces mots à la légère. Il les utilise en pensant à ce que le don de l'Eucharistie doit faire de nous. Il doit faire de nous des hommes et des femmes étroite-ment unis au Christ et étroitement unis entre eux. Il doit faire de nous des frères et des sœurs «dans le Christ». Bien que cette dimension communautaire de l'Eucharistie soit difficile à vivre, nous devons y être très attentifs, particulièrement à notre époque si profondément marquée par l'individualisme. Nous avons besoin d'être ensemble, nous avons besoin de nous soutenir, de nous encourager, de nous éclairer et de nous réconforter mutuellement pour vivre de l'Évangile et en témoigner autour de nous. Seul, on est fragile. Unis à d'autres, on est plus solide. Seul, on risque de se décourager plus rapidement devant les difficultés et les coups durs. Unis à d'autres, il est plus facile de tenir bon et de relever de grands défis. Ce soir, après la messe, nous allons partir en procession vers la basilique Saint-Patrick, apportant avec nous le pain consacré placé dans un ostensoir. Cette procession peut être considérée comme un symbole de ce que sommes. Nous sommes un peuple de croyants et de croyantes en Jésus Christ. Nous sommes un peuple en marche. Nous sommes un peuple nourri du pain de l'Eucharistie, comme était nourri de la manne le peuple qui, durant quarante ans, marcha dans le désert vers la terre promise. Nous sommes des disciples de Jésus Christ qui, après avoir prié Dieu et l'avoir célébré dans les églises, tiennent à témoigner de lui dans l'espace public. Que Dieu nous aide à ne jamais rougir de notre foi et à rendre compte de notre espérance. Qu'il nous en donne la force et la joie. Et que notre témoignage porte beaucoup de fruits. AMEN
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