
Messe
chrismale 2006
Cathédrale Marie-Reine-du-Monde
Le
mercredi 12 avril 2006
Isaïe 61, 1-3a, 6a, 8b-9
Apocalypse 1, 5-8
Luc 4, 16-20
Première
question
Dans l'exercice de notre mission de baptisés, de confirmés
et de ministres, sur quoi devrions-nous mettre l'accent? Comment voyez-vous la
mission des baptisés, jeunes et moins jeunes, aujourd'hui?
Réponse
Notre
mission de baptisés n'est pas différente de celle du Christ. Elle
la continue. Au début de la vie de l'Église, les Apôtres et
les premières communautés chrétiennes ont pris la relève.
C'est à nous de le faire aujourd'hui. Personne n'est baptisé pour
tirer personnellement son épingle du jeu. Tous le sont pour livrer l'Évangile
à ceux et celles qui les entourent. La Bonne Nouvelle dont il était
porteur, Jésus l'a adressée en priorité aux plus malheureux
et aux plus mal pris: les pauvres, les prisonniers, les aveugles, les opprimés.
Il avait été consacré pour cela. Nous avons été
baptisés et confirmés pour cela. Notre mission est d'être
porteurs de lumière, de libéra-tion et d'espérance, dans
un monde où la lumière, la liberté et l'espérance
font souvent défaut. Notre mission ne consiste pas d'abord à accomplir
des choses saintes, ni à imposer des vues ou des comportements qui nous
sont propres. Elle consiste à vivre évangéliquement. Vivre
évangéliquement, c'est être vrai avec l'Évangile. C'est
mettre en pratique l'enseignement que Jésus nous a légué.
C'est le faire coûte que coûte. C'est le faire chaque jour et patiemment.
C'est le faire dans le plus grand respect de ceux et celles qui ne pensent pas
et ne vivent pas comme nous. C'est le faire en ramant à contre-courant
quand c'est nécessaire. Par le temps qui court, il est souvent nécessaire
de ramer à contre-courant! La mise en uvre de notre mission nous
appelle fréquemment à être comme des saumons qui remontent
le courant et se hissent au-dessus des barrages des rivières.
This
mission demands a great deal of faith on our part. At times, it seems that we
need the kind of faith that can move mountains. It requires the conviction that
Jesus is with us, and that He walks with us. We need to take His words seriously,
when He says: "I am with you always, to the end of the age." We need
the kind of faith in Jesus that allows us to face both the good times and the
times of great suffering. This is what St. Paul had in mind when he wrote: "I
can do all things through him who strengthens me."
Not only must we
have faith in Christ, but we must also count on the Holy Spirit who guides the
Church, and blesses her with abundant fruit. This requires on our part, the recognition
that God does not do things the way we do, nor does He see things as we see them.
Elle exige beaucoup de foi de notre part. Certains jours, elle peut exiger
une foi à déplacer les montagnes. Foi en Jésus qui marche
avec nous . "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde"
. Foi en Jésus qui est là près de nous aux heures difficiles
et crucifiantes. "Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force",
a écrit saint Paul . Foi en l'Esprit Saint qui conduit l'Église
et lui fait porter du fruit à la manière de Dieu. Donc, pas nécessairement
à notre manière. Pas nécessairement comme nous, nous voyons
les choses.
Pour réaliser notre mission aujourd'hui, nous avons
à faire émerger une Église autre que celle d'il y a 40 ou
50 ans. L'Église que les gens de mon âge ont connue décline
pour qu'une autre naisse. C'est le cas et le temps de le dire à la veille
du jeudi, du vendredi et du samedi saints
à la veille de Pâques.
Pourquoi la mort d'une manière de faire Église nous effraierait-elle,
nous qui croyons que la mort du Christ a été un chemin de résurrection?
Dans la grâce et la force de l'Esprit Saint, notre mission est d'imaginer
et de construire un nouvel avenir pour l'Église de Montréal. Nous
avons déjà commencé à le faire. Il s'agit de poursuivre
avec patience, courage, audace.
Seconde
question
Comme vous venez de nous le dire, vivre notre foi chrétienne
nous fait souvent marcher à contre-courant de notre société.
Ce n'est pas facile. Sur quoi nous appuyer pour bâtir l'Église d'aujour-d'hui
et de demain? Qu'est-ce qui pourrait raffermir notre foi et soutenir notre engagement?
Réponse
Je
crois que nous devons d'abord constamment nous ressourcer dans la prière:
celle qui rend grâce, celle qui contemple et celle qui intercède.
Après la mort et la résurrection de Jésus, les disciples
se sont tenus ensemble dans la prière. L'Esprit Saint leur a été
pleinement donné le 50e jour après Pâques. Notre force première
ne réside pas en nous-mêmes, mais en l'Esprit Saint qui vient habiter
en nous et soulever nos vies comme le levain dans la pâte. Jésus
a pris soin de nous dire que certains combats ne se gagnent qu'avec l'arme de
la prière . En appelant et en espérant une nouvelle Pentecôte,
notre prière doit d'abord être une prière de reconnaissance
et d'action de grâce pour ce qui est en train de naître sous nos yeux
et que, souvent, nous ne voyons pas. J'ai lu, il y a quelque temps, une affirmation
de Jean Delumeau qui m'a fait réfléchir. "Dieu, autre-fois
moins vivant qu'on ne l'a cru, écrivait-il, est aujourd'hui moins mort
qu'on ne le dit ."
In
our prayer of praise and intercession let us include solidarity. We must remain
united, offering consolation to each to each other, while searching together,
the Word of God. Together we need to discern the signs of the times, so that we
can plan together, our diocesan Church projects.
By developing the spirit of
solidarity we mutually recognize our personal and communal dignity. By supporting
one another and working together, we recognize the fact that we have received
the same Baptism, and that we have been confirmed by the same Holy Spirit. The
Spirit is given to everyone; and the Spirit remains active in all of us. It is
with the Holy Spirit's help that we can be Jesus Christ's Church.
À
la prière de louange et d'intercession doit s'ajouter la solidarité.
Nous avons à nous tenir ensemble, à nous réconforter ensemble,
à scruter ensemble la Parole de Dieu, à discerner ensem-ble les
signes des temps, à planifier et à réajuster ensemble nos
projets d'Église diocésaine. La solidarité implique que nous
reconnaissions mutuellement notre dignité commune. Nous avons reçu
un même baptême, avons été confirmés par un même
Esprit. Donné à tous, l'Esprit demeure actif en tous. La solidarité
dont je parle ne peut être vécue que dans la confiance réciproque,
qui repose sur la reconnaissance et le respect des qualités, des forces,
des talents, des charismes
des uns et des autres. En tant que témoins,
la première question à nous poser n'est pas: Que dois-je faire pour
ensemencer l'Évangile autour de moi? Elle doit être: Que devons-nous
être et que devons-nous faire ensemble pour être quotidiennement au
service de l'Évangile déposé dans nos curs et au service
de la mission qui nous a été confiée? Une parole de Jésus
est à ne jamais oublier. Elle nous sera redite à la messe de demain:
"Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds,
vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple
que je vous ai donné ." "Sur quoi nous appuyer pour bâtir
l'Église d'aujourd'hui et de demain?" m'avez-vous demandé.
Je réponds: sur quelqu'un. Sur Jésus qui s'est fait serviteur.