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Jeudi Saint 2005
Résidence Ignace Bourget


24 mars 2005

Exode 12, 1-8.11-14
1 Corinthiens 11, 23-26
Jean 13, 1-15


Le repas de la Cène, qui a été d'une extrême importance dans la vie de Jésus, est appelé à avoir une importance semblable dans notre propre vie.

Jésus a célébré la Cène après trois ans de prédication, de combat, de prière et de don de soi pour la cause de son Père. Quand il s'est mis à table avec ses disciples, les premiers mots qu'il a prononcés nous sont rapportés dans l'évangile de Luc: " J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir " .

Le désir qui habitait Jésus était d'aller jusqu'au bout de sa mission, d'être fidèle à l'appel et à la volonté de son Père, jusqu'à son dernier souffle. C'est alors qu'il a posé ces gestes fondateurs dont nous ferons mémoire jusqu'à la fin des temps. Geste du pain rompu, donné à manger. Geste du vin versé, donné à boire. Geste du lavement des pieds, réalisé comme un exemple à imiter.

Dans ces gestes tout simples, c'est le sens de toute sa vie que Jésus exprimait. Ce sont les valeurs les plus profondes auxquelles il croyait et dont il voulait pleinement vivre, qu'il manifestait. Pour lui, vivre, c'était donner sa vie. C'était la donner jusqu'au bout. C'était la donner même au cœur de l'épreuve. C'était la donner jusque dans la mort.

C'est ce qu'il a fait le soir de la Cène en instituant l'Eucharistie. Et c'est ce qu'il a continué à faire, après ce repas, se rendant prier au jardin de Gethsémani.
La Cène a été dans sa vie comme une charnière, comme un tremplin qui l'a poussé en avant, jusqu'à la croix, et, de la croix, jusqu'à la résurrection.

L'Eucharistie, nous le savons, célèbre à la fois la mort et la résurrection de Jésus. Elle célèbre un amour et un don de soi auxquels aucune limite n'est posée. - " Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. " - Elle célèbre un amour et un don que nous sommes invités à faire nôtres à un titre spécial, depuis que nous avons été appelés à exercer le ministère du presbytérat.

Chaque fois que la grâce et la joie me sont données d'ordonner un prêtre, je lui pose la question rituelle suivante : " Voulez-vous, de jour en jour, vous unir davantage au souverain prêtre Jésus Christ qui s'est offert pour nous à son Père en victime sans tache, et vous consacrer à Dieu avec lui pour le salut du genre humain? "

Le prêtre répond: " Je le veux. " Un jour, c'est nous qui avons dit " je le veux ". Chaque Eucharistie nous invite à le redire. Et, en nous faisant communier au Christ prêtre et pasteur, chaque Eucharistie nous encourage à aller jusqu'au bout de notre don. D'y aller en toute circonstance. D'y aller à toute heure, et même à l'heure de nos vendredis saints.

Chers amis et confrères, en cette Année de l'Eucharistie que nous vivons à l'invitation de Jean-Paul II, je souhaite que Dieu fasse croître en vous le désir de l'Eucharistie.

Quand vient le jour où nous, les prêtres et les évêques, nous ne pouvons plus exercer comme autrefois le ministère que nous avons aimé, il nous reste l'Eucharistie. Il nous reste la prière. Il nous reste la capacité d'offrir notre vie comme le Christ a offert la sienne. En fait, il nous reste l'essentiel!

En appelant l'Église à vivre l'Année de l'Eucharistie, le pape a souhaité que " l'adoration eucharistique en dehors de la Messe [constitue] un souci tout spécial des communautés paroissiales et religieuses " . Dans la lettre pastorale intitulée " J'ai désiré d'un grand désir…" que j'ai adressée à tous les membres de l'Église de Montréal, le neuf janvier dernier, j'ai fait mien ce souhait . J'ai alors invité " toutes les communautés paroissiales et religieuses de notre diocèse à organiser, chaque premier vendredi du mois, un temps d'adoration auquel seront convoqués les fidèles ". " Il fera bon, le même jour, ai-je écrit, de manifester notre solidarité dans la prière, dans la contemplation et dans l'action de grâce, en nous tenant auprès du Seigneur Jésus que nous voulons servir " .

L'adoration eucharistique en dehors de la messe est une pratique chère à l'Église d'Occident depuis l'époque médiévale. Je suis frappé de voir que des jeunes la demandent et s'y adonnent avec ferveur. Je constate aussi que beaucoup de communautés nouvelles y accordent une place importante. Je pense aux communautés qu'inspire la spiritualité de Charles de Foucauld. Je pense au temps que Mère Teresa passait chaque jour à prier près du saint sacrement. Les membres de la communauté qu'elle a fondée l'imitent. Je pense aussi aux moines et aux moniales de Jérusalem que nous venons d'accueillir dans notre diocèse.

Le temps consacré à prier est du temps dédié à faire vivre l'Église. Les douze Apôtres l'ont compris très tôt. C'est pourquoi ils ont imposé les mains à sept disciples en vue de la distribution des secours quotidiens destinés à ceux et celles qui étaient dans le besoin. Ainsi, ils pourraient rester fidèles au plus important, la prière et le service de la parole.

Lorsque le service de la parole n'est plus possible, reste celui de la prière. Cette prière qui est requise pour repousser une certaine sorte de démon . Cette prière sans laquelle les plus grandes victoires ne peuvent pas être remportées.

Que Dieu vous garde près de lui. Qu'il vous garde dans la prière et, si possible, dans la prière d'action de grâce. AMEN

notre Archevêque


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