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Cinquantenaire de l'arrivée de la première
vague d'immigration portugaise au Canada
Cathédrale Marie-Reine-du-Monde

Le 12 mai 2003

Actes 11, 1-18
Jean 10, 1-10

Demain, ce sera le 13 mai, une date que vous tenez à garder en mémoire. Vous avez raison. Il y a 50 ans, c'est un 13 mai que la première vague d'immigrants portugais est arrivée au Canada. Ceux et celles qui avaient décidé de traverser l'Atlantique avaient été recrutés par notre Gouvernement de l'époque pour combler une pénurie de main d'œuvre. Ils espéraient trouver ici une vie meilleure, moins rude et moins précaire que celle qu'ils connaissaient au Portugal. Ce qu'ils ont trouvé, c'est une autre vie, rude elle aussi. Aucun pays n'est le paradis.

La plupart sont restés. Ils ont pris racine, à Montréal et ailleurs. On m'a dit qu'il y a présentement plus 400 000 Portugais à travers le Canada. Selon le recensement de 1996, il y en avait près de 20 000 dans la région de Montréal1.

Ceux des vôtres qui sont venus ici, y sont venus avec leurs bras pour travailler, avec leur courage et leur détermination, avec l'amour de leur famille planté au fond du cœur. Ils y sont aussi venus avec leur foi chrétienne, qui était pour eux un bien très précieux qu'ils désiraient transmettre à leurs enfants. Ils y sont venus en sachant qu'ils mettraient le pied sur une terre différente de la leur, ayant d'autres traditions, une autre langue, d'autres valeurs, une autre culture.

La vie d'un immigré est rarement facile… au début, en tout cas. Il faut du temps pour s'implanter, s'acculturer, se familiariser avec de nouvelles personnes, avec un autre paysage, une autre température… Il faut du temps pour assimiler ce que les gens d'un pays qui nous accueille ont de meilleur à nous donner. Il faut aussi du temps, il faut des efforts constants et beaucoup d'énergie pour prendre sa place sur une terre nouvelle, pour se faire connaître et parvenir à transmettre à ceux et celles qui nous reçoivent, le meilleur de ce que l'on est et de ce que l'on apporte de sa terre natale.

C'est en pensant à tout cela que j'ai médité le passage du livre des Actes des Apôtres que nous venons d'entendre. Il décrit un moment important de la vie des premières communautés chrétiennes. Poussé par l'Esprit Saint, l'apôtre Pierre avait été conduit à baptiser un non-Juif, le centurion Corneille, et des membres de son entourage (Ac 10, 48). Des chrétiens de Jérusalem, qui étaient Juifs, n'étaient pas d'accord avec cela. Ils estimaient qu'avant de devenir chrétiens, les étrangers devaient être intégrés au peuple choisi, en se soumettant au rite de la circoncision. Ils reprochaient à Pierre de ne pas être assez strict à ce sujet et ils étaient scandalisés de le voir manger à la table des païens des mets interdits aux Juifs.

Cette question de circoncision et de mets défendus ne nous intéresse plus, mais ce qui est intéressant, c'est de voir comment l'apôtre Pierre a été amené à reconnaître l'action de l'Esprit chez des non-Juifs, puis à admettre la possibilité d'être disciples du Christ en ayant une culture, une langue, des traditions et des rites différents.
Ce qui unit d'abord les chrétiens, c'est leur foi en Jésus, leur « pasteur », leur « berger » (Jn 10, 2) . Cette foi les unit au-delà de leurs différences et elle les appelle à l'accueil mutuel, au respect, au dialogue et au partage, La foi ne nie pas les différences culturelles et raciales, mais, en les reconnaissant et les appréciant à leur juste valeur, elle les transcende. C'est que ce que l'apôtre Paul a voulu dire dans sa lettre aux Galates quand il a écrit:
« En Jésus Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ; il n'y a plus ni Juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 26-28.).

Ces mots de Paul nous fixent un idéal à atteindre et ils nous rappellent qu'il y a Église là où il y a recherche d'unité et de fraternité, qu'il a Église là où les barrières sont franchies, là où les mains sont tendues et les portes ouvertes, là où le dialogue s'instaure et là où l'amour transcende les particularismes.

Ces mots nous rappellent qu'il y a Église là où ceux et celles qui croient au Christ s'efforcent de n'avoir qu'« un seul cœur et une seule âme » et s'appliquent à « tout mettre en commun  » (Ac 4, 32).

Montréal, vous le savez, est un diocèse aux mille visages. Chaque dimanche, dans les diverses églises catholiques, on y parle 36 langues. C'est dire que Montréal est un diocèse où l'appel à l'unité, au-delà des différences, retentit avec une force particulière.

À l'occasion de la fête d'aujourd'hui et en rendant hommage aux pionniers portugais qui sont arrivés au Canada le 13 mai 1953, je souhaite que les liens qui unissent tous les chrétiens et chrétiennes de la région de Montréal s'approfondissent.

Nous nous connaissons déjà, mais pas encore assez. Nous dialoguons déjà, mais nous pouvons le faire encore plus. Nous partageons déjà ce que nous sommes et ce que nous possédons, mais pourquoi ne le ferions-nous pas davantage?

Que Dieu et que la Vierge de Fatima nous y aident pour le plus grand bien et pour la vitalité de notre Église.
Qu'ils nous y aident pour que la vie du Christ nous soit donnée, et qu'elle nous soit donnée « en abondance » (Jn 10, 10) .

AMEN

note

  1. Recensement 1996, compilation spéciale, MRCI, Tableau 27, p. 52

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3 septembre 2003