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Sainte Marie Mère de Dieu
Messe à la cathédrale

1er janvier 2003

Nombres 6, 22-27
Galates 4, 4-7
Luc 2, 16-21

Chaque année, le 1er janvier nous arrive non seulement pour nous rappeler que le temps passe et qu'il passe vite, mais aussi pour nous interpeller sur l'usage que nous faisons du temps qui passe. Le temps peut être mis à profit, mais il peut aussi être gaspillé. Il peut être vécu sous le regard de Dieu; mais il peut aussi conduire loin de lui. Le temps peut être consacré à grandir en humanité d'année en année; il peut aussi être mis au service de causes et d'intérêts qui nous éloignent de ce que nous sommes appelés à vraiment devenir.

Ce que nous sommes appelés à devenir, le petit extrait de la lettre de l'apôtre Paul aux Galates, que nous avons entendu, vient de nous le redire. Nous sommes appelés à devenir de plus en plus ce que nous sommes déjà : des fils et des filles de Dieu.

Fils et filles de Dieu, nous le sommes depuis notre baptême. L'événement nous a marqués pour la vie, mais la plupart d'entre nous n'étaient pas conscients de ce qui leur arrivait alors. C'est plus tard – grâce à ce que nous avons appris à la maison, à l'école et à l'église – que nous avons pu réaliser que nous n'étions pas des « esclaves » — pour reprendre le mot de Paul (Ga 4, 6), mais bel et bien des fils et des filles de Dieu.

Fils, fille de Dieu ! Ce qualificatif nous est familier, au point de paraître banal. Il ne l'est pourtant pas. Fils et filles de Dieu ! C'est-à-dire que nous sommes ses intimes, les membres de sa famille. C'est-à-dire que, comme le Christ et avec lui, nous sommes « héritiers » (Ga 4, 6) des richesses divines. C'est-à-dire que ce mot « Abba ! » (Ga 4, 6) , que le Christ se plaisait à prononcer avec amour, nous pouvons le prononcer nous aussi, en toute vérité, et avec un amour semblable au sien.

Cette condition de fils ou de filles — que nous n'avons en rien méritée et qui est un pur don divin — n'est pas une réalité statique mais dynamique et vivante. Elle est appelée à grandir et à s'approfondir tout au long de notre existence. Elle le fait quand nos relations avec Dieu s'intensifient et s'approfondissent. Elle le fait quand notre vie, dans toutes ses dimensions, devient de plus en plus conforme à ce que Dieu attend et espère de chacun et chacune d'entre nous.

Chers amis, souhaitons-nous donc, au début de cette année, de réaliser mieux que jamais ce que nous sommes pour Dieu et devant lui. Souhaitons-nous de percevoir, mieux que jamais, quel amour Dieu nous porte et quelle confiance il nous fait. Souhaitons-nous de savoir prendre le temps – comme Marie sut si bien le faire – de considérer avec soin l'action de Dieu en nous et de « méditer » dans le fond de nos cœurs sur sa bienveillance à notre égard (Lc 2, 19).

La fête liturgique d'aujourd'hui, vous le savez, porte le nom de « fête de sainte Marie Mère de Dieu ». C'est l'occasion de nous rappeler que jamais le Christ Jésus n'aurait été le Fils qu'il a été, sans la présence attentive, aimante et active, de sa mère auprès de lui. C'est aussi l'occasion de réaliser que, jusqu'à la fin des temps — parce qu'elle est à la fois mère de Dieu et mère de l'Église — Marie a pour tâche d'aider tous les baptisés à devenir de plus en plus des fils et des filles de Dieu dignes de ce nom.
Quel que soit notre âge, quelle que soit notre fonction dans l'Église ou dans la société, nous n'avons pas à hésiter à tourner notre regard vers Marie, pour la « saluer » et pour reconnaître qu'elle est « bénie entre toutes les femmes ». Nous n'avons pas non plus à rougir de la prier chaque jour pour qu'il nous soit donné dès « maintenant » et jusqu'« à l'heure de notre mort » de vivre vraiment comme des fils et des filles de Dieu.

Fête de Marie qui est devenue Mère de Dieu, fête de Marie qui a donné le Fils de Dieu au monde et nous permet de l'accueillir, le 1er de l'an est aussi la fête des vœux.
Déjà ce matin et depuis quelques jours, vous avez souhaité une bonne année à vos parents, votre conjoint, votre conjointe, vos enfants, vos amis. Sans doute leur avez-vous dit votre espérance de les voir conserver ou retrouver leur bonne santé. Leur avez-vous aussi souhaité la paix ? Il n'aurait pas été inopportun de le faire puisque depuis 1967, grâce à une initiative du pape Paul VI, le 1er janvier est aussi la Journée mondiale de la Paix1.

La paix est un bien très précieux que l'humanité entière recherche. Beaucoup d'efforts sont déployés et beaucoup d'argent est dépensé au service de la paix. Quand elle existe, la paix reste cependant fragile. Ici et là, elle est constamment menacée. Il est tellement plus facile de passer à la guerre que de construire la paix !

Dans un discours prononcé à l'O.N.U., le 4 octobre 1965, le pape Paul VI s'était écrié : « jamais plus la guerre ! jamais plus la guerre !2» Ce cri n'a pas empêché des guerres de continuer et d'autres d'éclater.

L'Enfant que Marie a mis au monde, la Sainte Écriture l'appelle le « Prince-de-la-Paix » (Is 9, 5). La nuit de Noël, quand les anges se sont mis à chanter pour les bergers, ils ont chanté « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime » (Lc 2, 14).

Après sa résurrection, quand il est apparu à ses disciples, Jésus leur a dit : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 21.27)Cette paix, c'était la sienne. Une paix qui vient de Dieu et qui a saveur de Dieu. Une paix qui est le fruit de l'amour et demeure enveloppée dans l'amour.

C'est à cette paix-là, j'en suis convaincu, que — même sans connaître Dieu et sans connaître le Christ – toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté aspirent.

Que le Christ nous la donne aujourd'hui cette paix. Qu'il l'enfonce profondément dans nos cœurs pour que, chaque jour, là où nous vivons, nous soyons d'ardents artisans de paix.

notes
1) Théo, Nouvelle encyclopédie catholique, Droguet & Ardant/Fayard, 1989, p. 1067 retour au texte

2) La documentation catholique, no 1457, 17 octobre 1964, p. 1734.

 

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2 mai 2003