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125e anniversaire de l'arrivée
de la statue de N.-D. de Liesse au Gesù

28 septembre 2002

Zacharie 1, 14-17
1 Jean 1, 1-4
Luc 1, 39-47

Dès son origine, Montréal a été placé sous le patronage de Marie. Les fondateurs, on le sait, appelèrent Ville-Marie cette île située profondément dans le Saint-Laurent.

Les signes de ce patronage marial sont encore partout visibles. On pense à l'église Notre-Dame, à la cathédrale, qui porte le nom de Marie-Reine-du-Monde. On pense aux nombreuses paroisses du diocèse consacrées à Marie : Marie Reine des Cœurs, Marie Auxiliatrice, Marie Reine de la Paix… Notre-Dame des Anges, Notre-Dame de la Merci, Notre-Dame Auxiliatrice, Notre-Dame du Bel Amour… Il y a aussi la paroisse de l'Immaculée-Conception, celle du Cœur-Immaculé-de-Marie, celle de l'Assomption-de-la-Sainte-Vierge… Je ne vais pas toutes les nommer, ce serait trop long.

Quand on examine l'ensemble des noms marials donnés aux églises paroissiales du diocèse, on remarque que ne s'y trouve pas le nom de Notre-Dame de Liesse ni celui de Notre-Dame de la Joie. La raison en est que les Pères Jésuites, il y cent vingt-cinq ans, rapportèrent de France une statue de Notre-Dame de Liesse qu'ils placèrent non pas dans une paroissiale mais dans l'église du Gesù, « sur un piédestal, au pied de l'autel de la Vierge1 ».

Cette statue était célèbre. Elle avait été honorée en France, à dix kilomètres de Laon2 dès le XIIIe siècle. Jean Talon, futur intendant de la Nouvelle-France, monsieur Olier, Kériolet, un gueux breton qui devint membre de la Société de Notre-Dame de Montréal, vinrent prier devant cette statue3, qui se trouvait alors dans le sanctuaire marial le plus fréquenté en France4.

Quand on sait cela, on ne s'étonne pas d'apprendre qu'en 1878, Mgr Fabre, alors évêque de Montréal, invita tous ses prêtres et ses diocésains à se rendre en pèlerinage au Gesù, là où se trouvait, écrivait-il, « un des plus précieux trésors de l'Église du Canada5 ».

La statue de Notre-Dame de Liesse est particulière. Contrairement à la plupart des statues et des images mariales, elle ne nous présente pas Marie qui tient son enfant dans ses bras et le regarde. Elle tient plutôt sur ses genoux son fils qui étend largement les bras vers nous. C'est l'image de Marie qui donne au monde son enfant pour qu'il lui apporte la joie, cette joie qui vient combler le cœur, cette joie pour laquelle le Christ s'est incarné, cette joie qu'il a promise à ses apôtres et, à travers eux, à tous ses disciples.

Que Jésus soit venu dans le monde pour lui apporter la joie, le passage de la première lettre de saint Jean que nous venons d'entendre, nous le rappelle d'une manière solennelle : « … la vie s'est manifestée, nous l'avons contemplée, et nous portons témoignage […] pour que vous soyez en communion avec nous. Et nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et c'est nous qui écrivons cela afin que nous ayons la plénitude de la joie. (1 Jn 1, 2.3-4)»

Quand il s'exprime ainsi, l'apôtre Jean se souvient assurément de l'annonce faite aux bergers dans la nuit de Noël : « Je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur (Lc 2, 10-11)». Il se souvient aussi des paroles prononcées par Jésus lors de ses derniers entretiens avec ses disciples : « Maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira; et votre joie, personne ne vous l'enlèvera (Jn 16, 22). » Peut-être pense-t-il plus précisément encore à ce qui lui a été dit, à lui et aux autres disciples, quand Jésus leur est apparu, une fois ressuscité : « Il leur dit : “La paix soit avec vous.” [… Puis] il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire. (Lc 34, 36.40-41)» 

Jésus est source de joie parce qu'il est source de salut. Il est source de joie parce qu'il fait passer des ténèbres à la lumière, du péché à la grâce, de l'esclavage à la liberté. Il est source de joie parce qu'il habite le cœur de ceux et celles qui croient en lui, parce qu'il les met en communion intime avec son Père et leur communique l'Esprit Saint.
S'il y quelqu'un sur terre qui a pleinement réalisé jusqu'à quel point Jésus apporte la joie, c'est certainement Marie, sa mère, cette femme qui était sans péché. Jamais personne n'a été plus intimement lié au Christ qu'elle. Jamais personne n'a vécu mieux qu'elle la communion avec le Père et avec l'Esprit Saint. Réalisant qu'elle était enceinte du Fils de Dieu, prenant conscience qu'elle portait en elle le Messie, sauveur du monde, Marie n'a pas pu taire sa joie : « Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur (Lc 1, 46-46). »

Elle veut aujourd'hui que sa joie soit aussi la nôtre et celle de tous les vivants. Elle le veut depuis qu'elle a consenti à ce que Jésus, la source de la joie, habite son corps de femme, pour être donné au monde. Elle le veut depuis qu'au pied de la croix, elle a accueilli le disciple Jean et est devenue sa mère (Jn 19, 26). C'est nous tous alors qui devenions ses enfants; c'est nous tous qui étions appelés à la reconnaître comme notre mère.

Je sais que les responsables du Gesù s'appliquent à garder vivante et à développer une dévotion mariale qui répond à la sensibilité et aux besoins des fidèles de notre temps. Je les remercie de leurs efforts et les encourage à les poursuivre. La dévotion à Marie est un bien très précieux qui s'est enrichi au cours des siècles. La dévotion à Notre-Dame de Liesse date du XIIe siècle. Bien ancrée dans l'histoire, elle peut continuer à traverser le temps et inspirer notre prière.

Notre-Dame de Liesse, Notre-Dame de Joie, nous te prions : Protège-nous, fais-nous vivre pleinement de la vie du Père, du Fils et de l'Esprit Saint, afin, que chaque jour, nous puissions chanter avec toi en disant : Le Seigneur fait des merveilles. Son amour s'étend d'âge en âge. Saint est son nom !

notes
1) Laval GIRARD, s.j., Notre-Dame de Liesse, Sanctuaire Notre-Dame de Liesse, église du Gesù, Montréal, 1985, p. 23. retour au texte

2) Ville du département de l'Aisne, au nord de la France

3) Op. cit., p.15-16

4) Op. cit., p. 13

5) Op. cit., p.25

 

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2 mai 2003