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70e anniversaire du centre hospitalier Notre-Dame-de-la-Merci

75e anniversaire du retour au Canada
de l'Ordre hospitalier de St-Jean-de-Dieu

60e anniversaire de vie religieuse du frère Éric Lapierre

24 septembre 2002

Actes 1, 12-14
Jean 19, 25-27

Les raisons que nous avons de fêter ensemble aujourd'hui ne manquent pas. Il y en a trois.

Nous célébrons d'abord le 70e anniversaire de fondation d'une institution qui nous est chère : l'hôpital Notre-Dame-de-la-Merci, devenu récemment le centre hospitalier Notre-Dame-de-la-Merci. Ce changement de nom n'a pas entraîné un changement de vocation. À Notre-Dame-de-la-Merci, on accueille toujours des malades qui ont besoin de soins prolongés.

Ce nom Notre-Dame-de-la-Merci mérite un moment d'attention. Il remonte au XIIIe siècle. À cette époque, en Espagne, parmi les soldats chrétiens, qui tentaient de chasser les Maures de leur pays, plusieurs avaient été faits prisonniers et conduits en Afrique du Nord. Une rançon était exigée pour leur libération. Un grand nombre de ces prisonniers étaient très pauvres. Ils ne pouvaient donc espérer être un jour libérés. C'est alors, dit-on, que la Vierge Marie poussa saint Pierre Nolasque à leur venir en aide. Elle lui inspira de fonder l'Ordre de la Merci ou de la Rédemption ou du Rachat des captifs1.

Dans le nom Notre-Dame-de-la-Merci, le mot « merci » traduit le mot espagnol « merced » qui signifie « grâce » ou le mot latin « merces » qui signifie « rançon »2. Quant à la fête de Notre-Dame-de-la-Merci, on affirme qu'elle fut « primitivement instituée pour remercier la Vierge d'avoir rendu la liberté aux prisonniers qui lui criaient merci3 ».

Ces références à l'histoire sont importantes non seulement pour connaître dans quel esprit l'hôpital Notre-Dame-de-la-Merci a été fondé, mais aussi pour cerner la mission du centre hospitalier d'aujourd'hui. Nous sommes dans une institution appelée à être porteuse de réconfort, d'espoir et de libération.

Voilà pour le premier motif de la fête d'aujourd'hui. Il y en a un second qui concerne tout particulièrement les Frères Hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu à qui fut confiée la direction de l'hôpital Notre-Dame-de-la-Merci, il y a 70 ans.

Les Frères de Saint-Jean-de-Dieu étaient venus en Acadie en 1713. Ils dirigèrent l'hôpital Notre-Dame-de-la-Charité, au Cap Breton, jusqu'à la capitulation de Louisbourg en 1758. Ceux d'entre eux qui survécurent au siège de la forteresse furent alors renvoyés en France. Ils reviendront au pays en 1927, et cette fois à Montréal, pour prendre charge d'un Refuge, situé rue Saint-Paul, dans le Vieux-Montréal. Ce refuge, dont s'occupait un groupe de laïcs, avait été fondé douze ans auparavant par Achille David pour accueillir des hommes malades, pauvres et abandonnés4.

Nous tenons à rendre grâce aujourd'hui pour tout le travail accompli chez nous par les membres de l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu depuis 75 ans, et en particulier pour ce qu'ils ont réalisé à Montréal.

Durant ces 75 ans, les Frères hospitaliers ont donné un merveilleux témoignage de la charité du Christ à l'égard des plus pauvres, des plus seuls et des plus abandonnés. Ils ont écrit à Montréal une page d'histoire et d'Évangile qui ne peut être oubliée et qui demeure une source d'inspiration pour tous ceux et celles qui travaillent auprès des malades.

Dans le milieu montréalais, les Frères hospitaliers ne sont évidemment pas les seuls ni les premiers à avoir témoigné de la sollicitude particulière du Christ envers les plus éprouvés et les plus abandonnés, mais ils l'ont fait et le font encore avec cet esprit dont ils ont hérité de saint Jean de Dieu. Ce n'est pas sans raison qu'avec Camille de Lellis, ce saint a été déclaré patron de tous les hôpitaux et de tous les infirmes5, puis patron des infirmiers et de leurs associations6. Qui, mieux que saint Jean de Dieu, a su partir à la recherche des malades et des malheureux, a su les héberger, les laver, les soigner, les nourrir, les aimer ?

J'ai annoncé trois raisons particulières de fêter aujourd'hui, mais n'ai parlé, jusqu'à présent, que de deux d'entre elles. Pour connaître quelle est la troisième, nous devons évidemment porter notre regard vers le frère Éric Lapierre qui célèbre son 60e anniversaire de vie religieuse. 60 ans de don de soi, 60 ans d'efforts constants pour répondre aux appels de Dieu, 60 ans à marcher à la suite du Christ et de saint Jean de Dieu.

Frère Éric, soyez remercié pour ce que vous avez été et pour le meilleur de vous-même que vous avez généreusement consacré au bien-être des malades, durant ces longues et riches années. Que Dieu vous accorde de renouveler aujourd'hui vos vœux de vie religieuse, avec une ferveur, une joie et un entrain semblables à ceux que vous aviez lorsque vous les avez prononcés pour la première fois. Que la Vierge Marie… que Notre-Dame-de-la-Merci vous aide à consentir pleinement à ce que Dieu attend présentement de vous.

Marie est votre mère. Elle est aussi la nôtre et celle de tous les disciples du Christ, depuis que, du haut de la croix, ont été prononcées ces paroles qui viennent de nous être rappelées : « Femme, voici ton fils (Jn 19, 26)».

Parce qu'elle est notre mère, Marie prie aujourd'hui pour nous, comme elle l'a fait autrefois, à Jérusalem, en compagnie des Apôtres, de quelques femmes et des frères (Ac 1, 14), c'est-à-dire des proches parents de Jésus7. Prions avec elle.

Avec elle, demandons que le centre hospitalier de Notre-Dame-de-la-Merci poursuive sa route en préservant l'esprit qui l'a vu naître. Avec elle, prions pour le frère Éric Lapierre et pour tous les membres de l'Ordre de Saint-Jean-de-Dieu.

Prions aussi pour tous les malades, et pour tous ceux et celles qui sont à leur service. Puis, avec Marie, rendons grâce pour tout ce qui se réalise de beau et de bon au centre hospitalier Notre-Dame-de-la-Merci et partout dans le monde. Par nos mains, par les mains de tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, Dieu accomplit de grandes choses. Qu'il soit béni et qu'il soit remercié !

notes
1) Omer Englebert, La fleur des Saints, Albin Michel, 1998, p. 310. retour dans le texte

2) Vie des saints par les RR.PP. Bénédictins de Paris, Letouzey et Ané, 1950, vol. 9, p. 505. retour dans le texte

3) Omer Englebert, op. cit., p. 310 retour dans le texte

4) Rosario Lesieur, p.s.s., Page d'histoire concernant le 459 et, rue St-Paul, Montréal (feuillet) et Revue Sainte Anne de Beaupré, juillet-août 1979, p. 298. retour dans le texte

5) Décret Inter omnigenas virtutes de Léon XIII, 27 mai 1886 retour dans le texte

6) Bref Expedit Plane de Pie XI, 28 août 1930 retour dans le texte

7) Cf. TOB, Nouveau Testament, édit. du Cerf /Les bergers et les mages, 1972, p. 78, note k ; La bible de Jérusalem avec guide de lecture, édit. Iris /Cerf /Desclée de Brouwer, nouvelle édition, 1992, p. 1522, note 12,46. retour dans le texte

 

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2 mai 2003