Diocèse de Montréal

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Collation des grades
Grand séminaire de Montréal

5 février 2008

Chers amis,

Il est toujours agréable de recevoir un diplôme. Il est également agréable d'en remettre un. Le diplôme témoigne d'un parcours effectué avec succès. Il atteste que des connaissances ont été acquises, que des apprentissages ont été effectués, qu'une étape vers un but vient d'être franchie. Certains diplômes sont obtenus après beaucoup d'efforts, d'autres très facilement. Dans les deux cas, ceux et celles qui les reçoivent sont heureux.

Le diplôme est un point d'arrivée et un point de départ. Personnellement, j'aime le considérer surtout comme un point de départ, comme une fenêtre qui a fait entrevoir un monde qu'on est loin d'avoir fini d'explorer, mais pour lequel on a développé un amour qui attirera toujours plus loin. C'est particulièrement vrai de la philosophie et de la théologie.

Vous le savez: le mot philosophie vient de deux mots grecs: philos qui signifie ami, et sophia qui veut dire sagesse. Un diplômé en philosophie est donc une personne qui peut être reconnue comme amie de la sagesse. Concernant l'origine de l'utilisation du mot philosophe, on raconte qu'au VIe siècle avant J.-C., Pythagore, à qui on voulait donner le titre de sage, s'y objecta. Je ne suis pas un sage, expliqua-t-il, je ne suis qu'un ami de la sagesse . Quant au diplômé en théologie, il est quelqu'un qui a été initié à scruter la parole de Dieu. Le mot théologie – vous le savez aussi – vient de théos dieu, et de logos que l'on peut traduire par parole, discours, science.

Si un vrai philosophe doit avoir la modestie de reconnaître qu'il ne possède pas la sagesse mais l'aime, en est un ami en la cherchant chaque jour, a fortiori un théologien doit-il, lui aussi, se montrer modeste à l'égard de ce qu'il a acquis concernant le mystère de Dieu. Il en est un chercheur beaucoup plus qu'un possesseur. On a dit du théologien – du professionnel de la théologie – qu'il avait pour mission d'«approfondir scientifiquement la foi de l'Église, en interprétant le témoignage de la Sainte Écriture et de la tradition de façon à le rendre accessible à l'intelligence des hommes d'aujourd'hui» . Le théologien n'accomplit pas sa mission seul, mais en communion avec tous les croyants qui, chacun à leur niveau et selon leur charisme, ont à rendre compte de l'espérance qui les habite . Je pense aux saints et aux saintes, à tous les chargés de ministères, aux pasteurs ordonnés, mais aussi à tous les fidèles qui «ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée», car «ils ont reçu l'onction de l'Esprit Saint qui les instruit et les conduit vers la vérité tout entière» .

Plus je prends de l'âge et plus je me sens à la fois humble et émerveillé en voyant quels chemins variés et souvent inattendus Dieu emprunte pour se révéler, pour faire entendre sa voix et attirer sans cesse vers lui un monde qu'il aime et veut conduire au bonheur. Pour concrétiser ma pensée, je crois utile d'évoquer quelques grandes figures chrétiennes qui ont grandement contribué à la compréhension et à l'approfondissement du mystère de Dieu et du mystère du Christ au cours de l'histoire: saint Augustin, saint Bonaventure, saint Bernard, François et Claire d'Assise, sainte Catherine de Sienne… et tant d'autres.

Depuis que je suis baptisé, j'ai connu plusieurs papes. J'en ai connu six. Les six ont occupé la même fonction: celle d'être chef et premier pasteur de l'Église catholique, mais aussi signe et gardien de son unité. Chacun a exercé dans des conditions diverses et marqué l'Église d'une manière particulière. Je garde de Pie XII l'image d'un homme à l'allure aristocratique et distante. Grand intellectuel, il se prononçait fréquemment sur des questions importantes, même d'ordre temporel. Jean XXIII devait être un pape de transition qui n'aurait pas le temps d'apporter beaucoup de neuf à l'Église. On lui doit l'initiative du concile Vatican II qui prit tout le monde par surprise. Paul VI, qui lui succéda, a été providentiellement élu pour veiller à ce que le concile parvienne à bon port. Jean-Paul Ier est un pape dont il y a peu à dire. Le temps lui a manqué pour se faire vraiment connaître. Puis Jean-Paul II est venu. Premier pape polonais et premier pape non romain depuis Adrien VI, mort en 1523, il fut l'homme de la mise en œuvre de Vatican II. Il a appelé à la ré-évangélisation. Il s'est fait le promoteur d'un dialogue ouvert avec les religions. Benoît XVI est allemand: le premier allemand élu pape depuis Étienne IX, décédé en 1058. Théologien de profession, il s'applique à convaincre. Il aime traiter des questions fondamentales. Sa première encyclique a invité à réfléchir sur l'amour, la seconde sur l'espérance. La troisième sera sans doute consacrée à la foi.

Dans l'Église – c'est la conclusion à laquelle je veux en venir – les baptisés sont complémentaires. Ils possèdent des talents et des charismes divers et exercent des fonctions différentes. Personne d'entre eux n'est une île. Tous ont à se mettre au service les uns des autres. Et tous doivent être au service de l'Église, du Christ et de l'Évangile à annoncer aux nations «à temps et à contretemps» . Parmi eux, personne ne sait tout, personne ne maîtrise tout, personne ne peut tout accomplir. Ce que l'Église attend de tout baptisé, c'est qu'il soit à la fois humble et audacieux. Humble quand il considère ses limites. Audacieux quand il prend conscience de ce que l'Esprit Saint peut accomplir en lui et par lui. Dans tous les cas, le baptisé doit avoir le souci de servir: servir avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il possède. «Servir, vient d'affirmer le Père Adolfo Nicolas, nouveau général des jésuites, c'est tout ce qui compte: servir l'Église, le monde, les hommes et les femmes autour de nous, et l'Évangile .»

En terminant, voici donc le souhait que j'adresse aux nouveaux diplômés: soyez de «bons et fidèles serviteurs ».

+ Cardinal Jean-Claude Turcotte
Archevêque de Montréal

 

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