Chères amies,
Chers amis,
J'aime nos rencontres annuelles du temps de l'Avent. Elles nous permettent de nous revoir, de causer un peu. Elles nous aident à réaliser que nous ne sommes pas que quelques-uns mais plusieurs à avoir le souci de la construction de l'Église et de l'annonce de l'Évangile dans le diocèse de Montréal. Ces rencontres sont aussi une belle occasion de réfléchir sur le mystère de Noël: un mystère qui est toujours fondamentalement le même, mais qui prend une coloration spéciale chaque année, compte tenu de ce que nous avons à vivre.
Cette année, notre rencontre a lieu alors que prennent fin les audiences tenues par la commission Bouchard-Taylor. On a beaucoup parlé de nous durant ces audiences. Pas toujours en bien, c'est le moins qu'on puisse dire. Nous en avons entendu des vertes et des pas mûres! On a beaucoup parlé du passé de notre Église. Beaucoup moins de son présent. On n'a pas toujours été honnête à l'égard de l'histoire de l'Église du Québec. Des propos étaient blessants. Des jugements étaient injustes, exagérés, partiaux. Nous avons bien vu que, dans le cœur et la tête de plusieurs de nos concitoyens, il y a beaucoup de ressentiment à l'égard de notre Église. Nous devons en prendre note sereinement et humblement: sans amertume, sans répondre à l'offense par des répliques acerbes, sans nous laisser démoraliser, sans avoir honte de notre passé chrétien fait d'ombres et de lumières, comme tout ce qui appartient au passé. C'est la vérité qui importe. C'est elle que nous devons nous appliquer à toujours mieux connaître et à faire connaître. Et nous devons vivre avec ! Ne pas la craindre, ne pas la falsifier, ne pas la voiler, ne pas la mettre sous le tapis. La vérité rend libre. C'est écrit dans l'évangile de Jean.
Les années que nous venons de vivre n'ont pas été faciles. Celles qui s'annoncent ne le seront pas non plus. L’Église de chrétienté que la plupart d’entre nous ont connue n’existe plus. Nous ne devons pas la dénigrer, nous ne devons pas la mépriser. Mais nous ne devons pas non plus consacrer le meilleur de nos énergies à la faire durer le plus longtemps possible. Nous devons encore moins chercher à la faire revivre. C'est une Église autre que nous avons maintenant à implanter, que nous avons à faire naître. «Faire naître», faire advenir du neuf, parce que les temps ont changé, parce que les femmes et les hommes d'ici ont changé, parce que le monde que nous habitons n'est plus ce qu'il était. Ce que je vous dis là, je le dis en pensant à Noël, qui est la fête d'une naissance, d'un commencement. Un commencement très humble. Un commencement qui a passé pratiquement inaperçu quand il a eu lieu.
Tout a commencé par un enfant. Tout a commencé dans la faiblesse et le dénuement. Tout a commencé alors que la vie de l'enfant qui naissait était menacée. Mais l'enfant est devenu grand. Il a parlé au nom de Dieu. Il a semé autour de lui de la lumière. Il a apporté de la vie. Il a été accueilli, il a aussi été rejeté. Il a été aimé, il a aussi été haï. Il a été honoré par les uns, humilié par les autres. Il n'a jamais cessé de faire le bien. Il n'a jamais cessé de proclamer la vérité que son Père lui avait enjoint de proclamer. Il a toujours été à la hauteur de ce que son Père attendait de lui. Il a eu souci de ceux et celles qui peinaient, qui souffraient, qui n'étaient pas reconnus, qui étaient méprisés. Il n'a pas eu une vie facile cet enfant, mais il a eu une vie féconde. On parle encore beaucoup de lui. On annonce encore son message. Des gens, dont nous sommes, croient toujours que ce qu'il a dit de l'amour et du pardon, du partage et de la liberté, de la joie et de la paix, de la bonté du cœur et de la compassion, de la justice et de la mort… est toujours une bonne... une très bonne nouvelle qui mérite d'être annoncée aux hommes et aux femmes de notre temps, aux hommes et aux femmes de tous les temps. C'est un feu que cet homme est venu allumer sur terre. Ce feu nous a été transmis et nous avons à le transmettre à notre tour.
Il y a quelques jours, j'ai lu dans le journal La Croix les propos d'Enzo Bianchi, ce moine italien fondateur et prieur de la communauté monastique mixte et œcuménique de Bose, en Italie du Nord. Il était interviewé sur la situation actuelle des chrétiens. Il disait ne pas être inquiet pour leur avenir. Il affirmait que le fait d'être devenus minoritaires ne voulait dire pour eux qu'ils devenaient insignifiants. En reconnaissant que les chrétiens d'aujourd'hui ont «un passage douloureux et une épreuve» à vivre, il rappelait qu'il ne faut pas se fier au statistiques, «parce que la foi n'est pas mesurable». Et il ajoutait: «J'ai une grande confiance, car si nous croyons que le christianisme est une forme d'humanisation, alors les hommes s'intéresseront au christianisme. S'il y avait des obstacles à cela, ils viendraient de nous et non du monde. C'est nous qui ne sommes pas capables de dire notre espoir, de donner envie par notre art de vivre et de faire de notre vie humaine avec le Christ un chef-d'œuvre véritable.»
Noël est la fête de Dieu qui se fait homme, la fête du Fils de Dieu qui vient humaniser la terre. En vous souhaitant un joyeux Noël, je demande pour vous la grâce de demeurer des passionnés de l'annonce de l'Évangile et d'ardents constructeurs de l'Église québécoise et montréalaise qui demande à naître.
AMEN
+ Cardinal Jean-Claude Turcotte
Archevêque de Montréal