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Souper annuel de
l'Institut catholique de Montréal

14 mai 2001

Depuis notre rencontre de l’an dernier, le paysage scolaire québécois s’est modifié radicalement. La loi 118, en vigueur depuis le 1er juillet 2000, a déconfessionnalisé les écoles publiques du Québec ainsi que les structures du ministère de l’Éducation. Par ailleurs, cette même loi a garanti la possibilité d’un enseignement religieux confessionnel et d’une animation spirituelle et communautaire. Ces deux services peuvent être encore des lieux d’éveil et même d’approfondissement de la foi pour un certain nombre d’enfants et de jeunes. Une institution comme la vôtre doit donc se sentir de nouveau interpellée à former des maîtres dont la qualité d’être et de présence agira désormais davantage à la manière du levain dans les écoles dont la dimension religieuse est fragile mais encore présente.

Nous prenons donc acte du changement provoqué par la loi de l’Instruction publique et du fait que l’école publique n’est plus le pôle principal de l’éducation de la foi dont l’objectif est de faire des disciples de Jésus. Déjà, la prise en charge de la préparation des sacrements par la paroisse, depuis 1983, de même que le passage de la catéchèse à l’enseignement religieux, depuis 1984, annonçaient et préparaient ce changement.

Qui alors fera des disciples de Jésus chez nous ? La communauté chrétienne et la famille sont directement concernées par la question. Le défi est énorme surtout quand on pense aux réaménagements de nos paroisses, au personnel moins nombreux et qui a pris de l’âge. Quand on pense aussi aux multiples responsabilités et occupations des parents, et aux minces références religieuses d’un bon nombre. Devant l’ampleur de la mission, nous serions portés parfois à douter, à rire même, comme Sara, la femme d’Abraham, quand on lui annonça qu’elle mettrait au monde un enfant, elle qui était avancée en âge et stérile. Pourtant, un fils est venu, don de Dieu pour elle, pour son mari, pour son peuple.

Le grand défi qui se présente à nous est celui d’une Église missionnaire. D’une Église qui réalise l’urgence d’annoncer Jésus Christ, de partager sa foi en Celui qui est toujours vivant et agissant et qui peut encore donner sens à l’expérience humaine de nos concitoyennes et concitoyens. Le cheminement synodal nous l’a rappelé sans ambiguïté. Cela se traduit présentement par la mise en œuvre de la première priorité du synode : la transmission de l’héritage chrétien aux jeunes générations et l’éducation de la foi des adultes dans le contexte d’une nouvelle évangélisation.

Et déjà, sans bruit ni éclat, il y a un bouillonnement dans notre Église. Des gens réfléchissent, cherchent et inventent des moyens pour rejoindre des adultes, des jeunes et des enfants. Depuis septembre dernier, dans une vingtaine de paroisses, regroupées parfois en secteur, des parcours d’éveil à la foi sont expérimentés avec des familles et des enfants de 0-6 ans. Dans quinze autres paroisses, ce sont les jeunes de 8-9 ans et leurs familles qui sont rejoints. Au cours de la prochaine année, d’autres secteurs et unités pastorales emboîteront le pas. Auprès des adultes les sessions Alpha, les Soupers d’Évangile, les groupes Mess’Aje, les communautés catéchuménales, les groupes de partage avec des recommençants rejoignent près de 1000 personnes sans compter les initiatives de rencontres de catéchèse ici et là dans le diocèse, dont une centaine de groupes bibliques ou de partage de foi. Enfin, un projet diocésain pour l’éducation de la foi de 0-99 ans est en préparation. Il donnera des repères pour la mise en œuvre de ce vaste chantier.

Avant de nous quitter, Jésus nous a dit : « Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Et il est avec nous. Son Esprit est à l’œuvre concrètement dans notre Église. C’est pour moi une grande source d’espérance et de confiance. Cette assurance de sa présence, il l’a donnée après un envoi en mission : « Allez donc, faites des disciples » (Mt 28,19). Il s’adressait aux apôtres. Aujourd’hui, il s’adresse à chacune et chacun de nous.

Pour réaliser la mission chez nous, c’est-à-dire pour accompagner des adultes, des jeunes et des enfants dans la découverte de Jésus Christ et dans l’apprentissage d’une vie inspirée par son Évangile, nous avons besoin de beaucoup de monde. Un grand nombre de bénévoles s’engagent au nom de leur baptême. Il faudra également des personnes spécialisées et mandatées pour les soutenir et les accompagner. L’Institut pourra sûrement contribuer à leur formation. Et quand on fera appel à vous dans vos communautés chrétiennes, n’hésitez pas à vous engager.

J’aimerais souligner ici le rôle privilégié d’un bon nombre de grands-parents dont la vie est porteuse d’une réelle expérience de foi. Ils ont habituellement une capacité de partager leurs expériences et la sagesse acquise peu à peu à travers leur intimité avec Dieu. Parfois aussi des parents, mal à l’aise avec la foi ou la religion, comptent sur eux pour que leurs enfants y aient accès, comme à un héritage encore précieux. Faites-vous confiance et n’hésitez pas à témoigner de ce qui vous fait vivre, chaque fois qu’on vous le demande.

Sara a ri. Abraham a dû être sceptique aussi. Malgré cela, la vie est venue, plus forte que tout, marquant la fidélité de Dieu. Je souhaite que nous nous mettions à l’école de Sara et d’Abraham et que dans la confiance et la solidarité, nous soyons là pour faire advenir le royaume chez nous, dans un contexte nouveau et inédit.

En terminant, chers amis de l’Institut, je veux souligner votre engagement, inspiré par les valeurs et les convictions de Monsieur Robichaud et de son équipe; par celles aussi de Madame Baron et des Amis de l’Institut. Dans ce que vous faites, vous participez à ce vaste mouvement diocésain que j’ai voulu évoquer pour vous. Je sais que dans la formation intégrale que vous offrez à des jeunes qui seront demain des enseignantes et des enseignants, l’éducation de la foi trouve une place particulière. Pour tout cela, je vous remercie de tout cœur.

 

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22 avril 2003