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Désenchantement...réenchantement.

Le dimanche 6 avril 2008


Le Petit Robert donne une bonne définition du mot désenchantement: «État d'une personne qui a perdu ses illusions, qui a été déçue.»

Ce qui caractérise le désenchantement, c'est de survenir après un état ou une situation de bonheur ou de grand espoir.

Un exemple. Je voyais venir des jours meilleurs, mais, après une longue attente, ils ne sont pas venus. Me voici désenchanté. Je suis morose et sans entrain. Je n'élabore plus aucun projet. Je vis sur l'erre d'aller

Un autre exemple. J'espérais beaucoup en mon fils, en ma fille. Tous deux étaient à l'université. Ils viennent de m'annoncer qu'ils abandonnent tout. C'est un coup dur. J'essaie de ne pas trop le faire voir. Je ne serai jamais plus tout à fait le même. Je suis désenchanté.

C'est dans tous les domaines, à tout âge et dans toutes les situations que l'on peut passer de l'enthousiasme au désenchantement: à la maison, au travail, dans le sport, en affaires, en politique…

Le désenchantement se retrouve aussi au sein de l'Église. Je me souviens particulièrement des années durant lesquelles s'est tenu le concile Vatican II et de celles qui l'ont immédiatement suivi. Que d'espérance chez les catholiques d'ici et d'ailleurs. Nous venions de vivre des décennies difficiles. Divers aspects de l'enseignement de l'Église étaient remis en question. La participation aux messes dominicales était à la baisse. Les candidats et candidates à la vie religieuse commençaient à se faire rares. Mais, nous en étions assurés, le concile aller tout changer, susciter un nouvel élan, ramener beaucoup de baptisés à l'Église…

Quarante-cinq ans plus tard, plusieurs expriment leurs déceptions. Le printemps espéré n'est pas venu.

Certains me diront: pourquoi choisir ce dimanche-ci pour nous parler de désenchantement?

C'est la page d'évangile proclamée à la messe d'aujourd'hui qui m'inspire. Elle nous parle de deux disciples qui étaient montés à Jérusalem où allait se trouver Jésus. Ils espéraient qu'avec lui, un grand coup serait porté en vue de libérer le peuple de la tutelle des Romains. Cela n'arriva pas. Jésus fut mis à mort. Gros désenchantement pour eux! Ils avaient donc tourné le dos à Jérusalem et marchaient vers Emmaüs. Discrètement, Jésus s'approcha. Il ajusta son pas au leur. Ils ne le reconnurent pas. Jésus leur demanda pourquoi ils étaient aussi tristes et désenchantés. Ils le lui dirent. Il les renvoya alors aux textes de l'Écriture qui prophétisaient son destin: il devait être maltraité, beaucoup souffrir, être mis à mort. Trois jours plus tard, il ressusciterait.

Les trois hommes se retrouvèrent autour d'une table. Jésus rompit du pain. Alors, les deux amis le reconnurent. Ils décidèrent ensuite de rebrousser chemin pour aller raconter aux autres ce qu'ils venaient de vivre. Fini leur désenchantement!

Pour les chrétiens, cet événement est un appel à espérer quoi qu'il arrive: même aux heures les plus sombres, même quand il devient difficile de nommer les raisons que l'on a d'espérer.

Au cours de son histoire, l'Église est souvent passée par des hauts et des bas. Que de fois elle semblait écrasée, et elle a retrouvé un nouveau dynamisme! Que de fois on a annoncé sa mort, et elle a repris vie! Que de fois on l'a crue à l'agonie, et elle s'est remise à marcher!

Il en sera ainsi - j'en ai la ferme conviction - pour l'Église au Québec. Je crois en un Dieu capable de réenchanter la vie de son Église.

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6 avril 2008