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Désuet le temps du carême?

Le dimanche 10 février 2008


Nous causions un peu de tout et de rien. En regardant à travers la fenêtre, mon ami me dit: «De quoi parleras-tu dans le Journal de Montréal dimanche prochain?» Je lui répondis: «Je parlerai du carême.»

Il se retourna lentement vers moi puis il me dit: «Ça me rappelle des souvenirs.» Il ajouta: «Je me demande si le carême n'est pas devenu désuet.» Je lui dis: «Je ne le crois pas.» Il me dit: «Penses-tu qu'il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui vont à la messe chaque jour durant le carême? Ou qui décident de se priver de ceci ou de cela jusqu'à Pâques? En connais-tu beaucoup qui jeûnent durant le carême?»

Je lui dis: «Le carême ne tient pas qu'à cela. Il y a autre chose.» Il me regardait maintenant dans les yeux: «Que veux-tu dire?»

Je lui répondis: «Je veux dire que le carême est d'abord un temps où l'Église invite les baptisés à se tenir devant Dieu en silence et à se demander quel homme, quelle femme, quel chrétien, quelle chrétienne ils deviennent. C'est aussi un bon temps pour se poser une question directe: est-ce que j'accomplis chaque jour ce que Dieu attend de moi?»

Il se mit à regarder de nouveau à travers la fenêtre. Nous ne nous sommes rien dit durant un bon moment. Puis il me dit: «Je ne me pose pas souvent les questions que tu viens de poser.» Je lui dis: «Ce sont pourtant de bonnes questions.» Il me dit: «C'est vrai qu'on néglige souvent de se poser les questions les plus importantes.» Je lui dis: «Le carême existe pour nous aider à nous poser ces questions-là.»

Il me dit: «Que vas-tu écrire exactement dans ton article sur le carême?» Je lui répondis: «J'écrirai que les manières de vivre le carême peuvent évoluer, s'adapter aux temps qui changent, sans que se perde le sens profond du carême. J'ajouterai que le modèle à avoir sous les yeux quand on décide de vivre un carême, c'est Jésus qui a passé 40 jours au désert. Je préciserai qu'au désert, si Jésus a consacré beaucoup de temps à prier et s'il s'est privé de nourriture, c'était pour mieux fixer son regard sur son Père et se mettre à son écoute.»
Il me dit: «Vivre un carême de 40 jours de cette manière, ça peut devenir dérangeant.» Je lui dis: «Tu as raison. Les vrais carêmes obligent à faire la vérité en soi. Faire la vérité, c'est souvent dérangeant, mais c'est aussi bénéfique. Ça libère… Ça libère l'âme et le cœur.»

Il me dit: «Il se pourrait que tu aies raison.» Je lui dis: «Au terme de son carême, Jésus avait une vive conscience de ce que son Père attendait de lui et il était prêt à l'accomplir quoi qu'il arrive. Il s'est alors mis à prêcher ouvertement au nom de son Père et à aider les gens à mieux vivre.»

Mon ami me dit: «As-tu souvent vécu des carêmes semblables à celui de Jésus?» Je lui répondis: «J'ai essayé.» J'ajoutai: «On ne réussit pas toujours ce qu'on essaie, mais si on n'essaie pas, il est certain qu'on ne réussit pas.»

Nous sommes demeurés en silence. Lui et moi, nous sommes de bons amis. Des amis de vieille date. Nous n'avons pas besoin de beaucoup de mots pour nous comprendre. Souvent, nous n'avons pas besoin de mots du tout. Mon ami me dit: «Je dois partir.» Je lui dis: «Quand reviendras-tu faire un tour?» Il me dit: «Quand j'aurai réussi mon carême.»

Il prononça cette phrase très lentement, avec un sourire sur les lèvres. Je voyais de la lumière dans ses yeux. Nous nous sommes serré la main. Je l'ai reconduit à la porte d'entrée. Je me suis ensuite mis à la rédaction des lignes que vous venez de lire.


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10 février 2008