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Un être d'exception

Le dimanche 3 février 2008


Chaque pays a ses héros et ses héroïnes, chaque époque est marquée par des êtres d’exception.

Les fondateurs et les fondatrices de notre pays sont de ceux-là. Sans leur confiance en l’avenir, sans leur persévérance au milieu de multiples difficultés, sans leur foi profonde en Dieu, la Nouvelle-France n’aurait pas survécu. Marie de l’Incarnation fait partie du nombre. On la surnomme la Mère de la Nouvelle-France. Une femme remarquable.

Née à Tours en 1599 dans une famille de commerçants, elle s’appelait Marie Guyart. Elle s’était mariée à Claude Martin dès l’âge de 17 ans. Son fils est à peine âgé de six mois quand elle devient veuve. Marie n’a alors que 19 ans et elle est criblée de dettes. Le commerce de son défunt mari étant au bord de la faillite, elle doit travailler d’arrache-pied afin de se libérer de ses créanciers. Par la suite, elle ira vivre chez sa sœur où, pendant une dizaine d’années, elle secondera son beau-frère dans son entreprise de transport de courrier où elle révélera ses talents pour le commerce.

Se sentant appelée par Dieu à devenir religieuse, Marie entre au Monastère de Ursulines de la ville de Tours, après avoir confié l’éducation de son fils aux Jésuites. Le jeune Claude a douze ans. Mais la vie de religieuse Ursuline n’est pas pleinement satisfaisante. Marie désire être missionnaire en Nouvelle-France.

En 1639, elle débarque à Québec. Elle est accompagnée d’une autre figure du pays naissant, Madame de la Peltrie, qui la quittera plus tard pour suivre Jeanne Mance à Montréal. Deux autres Ursulines et trois religieuses Hospitalières sont du voyage.

À cette époque, la bourgade de Québec compte moins de trois cents personnes. La vie y est dure, les hivers longs et rigoureux. Le premier logement des nouvelles arrivantes est exigu, mais l’ingéniosité de Marie y rend la vie possible en attendant la construction d’un modeste couvent.

Cette construction ne pouvait attendre, car en plus de loger les religieuses il fallait aussi penser à accueillir les jeunes pensionnaires amérindiennes qui rempliraient cette première école. Marie de l’Incarnation en dessine elle-même les plans, inspirée par ceux du monastère de Tours qu’elle avait pu étudier lorsqu’elle était en France.

Pendant plus de trente ans, Marie Guyart sera une éducatrice compétente et inventive. Elle sera aussi une conseillère très prisée, une confidente recherchée. Ayant un don pour l’apprentissage des langues, elle rédigera un catéchisme en langues huronne, iroquoise et algonquine, de même qu’un dictionnaire franco-iroquois et franco-algonquin. Malgré les nombreuses épreuves, telles l’incendie du monastère en 1650, jamais elle ne se découragera.

Auteur d’une correspondance abondante, elle racontera la vie de la nouvelle colonie tout en exprimant les fondements de sa spiritualité. Marie de l’Incarnation connaîtra des doutes, des incertitudes. Mais sa foi en Dieu la soutiendra ainsi que son amour de la nouvelle colonie. Devenu Bénédictin, son fils, Dom Claude Martin, éditera ses nombreux écrits qui, avec les Relations des Jésuites, demeurent un trésor pour les historiens.

Marie de l’incarnation meurt d’épuisement en 1672 à Québec. Elle est âgée de plus de 72 ans.

« Je me souviens » est notre devise. En cette année du 400e de Québec, il est bon de connaître mieux et de célébrer la mémoire des personnes sans qui la colonie aurait difficilement pu tenir le coup.

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3 février 2008