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Vivre sans jamais souffrir Le dimanche 9 septembre 2007 Le titre de ma chronique d'aujourd'hui est inspiré par les deux fêtes que l’Église catholique célébre cette semaine: celle de la Croix glorieuse le 14 septembre et celle de Notre-Dame des Douleurs le lendemain. Au temps de Jésus, la croix n'avait rien de glorieux. Elle était au contraire un instrument de supplice et de honte. Que les chrétiens en soient venus à la considérer comme un objet à vénérer, c'est évidemment parce qu'en étendant les bras sur elle et en y donnant sa vie, le Christ a manifesté son très grand amour pour l'humanité. La fête de la Croix glorieuse ne célèbre donc pas la souffrance en tant que telle, mais l'amour qui s'exprime à travers la souffrance. La fête de Notre-Dame des Douleurs rappelle que la vie de Marie n'a pas été une vie à l'eau de rose. La douleur ne l’a pas épargnée. Tout au long de sa vie, elle l’a connue. Pouvons-nous vivre sans jamais souffrir? La réponse est évidemment négative. Étant donné notre fragilité d'être humain, personne d'entre nous ne peut se tenir à l'abri de toute souffrance, à tout instant et en toute circonstance. Un jour ou l'autre, d'une manière ou d'une autre, avec plus ou moins d'intensité, la souffrance s'installe en nous. Elle est de diverse nature: souffrance physique, psychologique, morale, passagère, permanente, récurrente, incommodante, dévastatrice… La souffrance fait partie de la vie. Il était réaliste et sage l'auteur du livre de la Bible, qui se nomme l'Ecclésiaste, lorsqu'il affirmait qu'il y a un temps pour tout: «Un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour gémir, et un temps pour danser» (chapitre 3, verset 4) Au moment de la souffrance, certains se découragent, se cabrent, se révoltent, perdent espoir. On les comprend: certaines souffrances sont si incompréhensibles, si imprévisibles et si lourdes à porter! Heureux si ces gens trouvent près d'eux la personne qui saura non seulement compatir à leur douleur, mais être ce compagnon ou cette compagne qui aide à relever la tête et à entreprendre la lutte contre la souffrance. Jacqueline Kelen affirme que la «blessure est ce par quoi le fini peut s'ouvrir à l'infini». Elle dit aussi que les épreuves «sont autant de portes, autant de rencontres qui nous forgent et nous enseignent. Pour moi, une "belle vie" ne consiste pas en une succession de bonheurs, de plaisirs ou de gratifications. C'est une vie remplie de toutes sortes d'expériences, de souffrances comme d'espérances…» Tout être humain qui traverse la souffrance peut donc en sortir grandi. La souffrance l'a alors transformé. Le voici plus humain, plus aimant et plus respectueux à la fois de sa propre existence et de celle des autres. Il connaît mieux et sait mieux apprécier le poids et la beauté des instants de bonheur que chaque jour prodigue. Tout peut être si différent quand on a lutté contre la mort! Un dernier mot pour redire que la souffrance peut être étroitement liée à l'amour. Je pense à un père, à une mère qui se tiennent auprès de leur enfant gravement malade. Et me revient à l'esprit cette phrase sur laquelle je n'arrive pas à mettre le nom de l'auteur: «Celui qui n'a pas souffert pour l'être qu'il aime ne connaît pas encore la première lettre du mot amour.» Je pense aussi à cette religieuse de la Providence de quatre-vingt ans, Sœur Estelle, qui a été assassinée par quelqu’un à qui elle faisait du bien et qu’elle considérait comme un ami. Elle a vécu dans sa mort la parole de Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». (Jean 15, 13
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