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Parlons un peu du «moi».

Le dimanche 4 mars 2007

Le «moi» est un personnage qui nous est familier. Chaque matin, nous le retrouvons face à notre miroir. Nous sommes généralement assez fiers de lui. Quelquefois moins. Il peut parfois nous décevoir. Ce qui ne nous empêche pas d'être bon copain avec lui. Nous le cultivons, le soignons, le nourrissons, le protégeons. Nous veillons sur lui.

Où que nous allions, quoi que nous fassions, que ce soit jour de grande pluie ou de grand soleil, notre «moi» nous accompagne. Nous tenons à ce qu'il ait bonne presse, soit bien vu et apprécié positivement. Nous soignons donc et préservons sa réputation. Nous n'aimons pas qu'on se moque de lui, qu'on en dise du mal, qu'on le ridiculise et surtout pas qu'on le calomnie. Nous supportons mal qu'on lui marche sur les pieds ou qu'on le rabaisse. Nous sommes plus portés à l'encenser et à lui pardonner ses incartades, qu'à le vilipender.

Cher «moi»!

Blaise Pascal, ce grand penseur chrétien qui a vécu de 1623 à 1662, a écrit que le «moi» était haïssable. On n'a pas manqué de souligner qu'il devait dire cela du «moi» des autres plutôt que du sien! Et c'est vrai, le «moi» des autres nous tombe plus souvent sur les nerfs que le nôtre. Surtout s'il a le malheur de s'élever au-dessus du nôtre et d'oser  lui faire voir ses torts. Il reste que notre «moi», comme celui des autres, mérite attention et considération. À bien y penser, tous les «moi» du monde  - petits ou grands, riches ou pauvres, humbles ou prétentieux - n'ont-ils pas été créés à l'image et ressemblance de Dieu? Ce qui les revêt d'une dignité qui commande le respect et la considération.
Certaines gens n'apprécient pas leur «moi». Elles le trouvent moche, mal fagoté, sans relief. Ces bonnes gens ne s'aiment pas. En considérant leur «moi», elles ne sont attentives qu'à ce qui leur déplaît en lui. C'est triste à voir, car si quelqu'un n'aime pas son propre «moi», s'il ne s'aime pas lui-même, comment pourra-t-il aimer ceux et celles avec qui il vit? Chaque fois que je me trouve en présence d'une personne qui se détruit à petit feu en ne s'aimant pas, je prie intérieurement pour qu'elle apprenne et parvienne à s'aimer. C'est indispensable pour son propre bien-être et pour l'observance du commandement qui nous a été donné et doit être considéré comme une règle d'or: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»

Il reste que le «moi» peut devenir vraiment haïssable. C'est le cas quand, infatué de sa petite personne, il tente, inconsciemment ou non, de se hisser au-dessus de tous les «moi» du monde. Il ne voit plus alors que lui, ne pense plus qu'à lui, n'en a plus que pour lui. Il est le plus beau, le plus fin, le plus intelligent, le plus subtil, le plus fort, le plus ingénieux… le «plus meilleur» des meilleurs! Il accapare tout à lui, n'est heureux qu'à la première place, juge tout de haut, repousse et méprise tout ce qui n'est pas lui ou n'est pas de lui. Le voici centre du monde. C'est la catastrophe!

Quelle poisse que ce «moi» qui a ainsi perdu la tête et ne sait plus aimer ni admirer personne si ce n'est lui-même! On pourrait s'en moquer tant il est ridicule. On préfère pourtant pleurer sur ce qu'il est devenu. Il est devenu esclave de lui-même, et il ne s'en doute pas. Il s'idolâtre et ne s'en rend pas compte! Il fait penser à cette grenouille dont parle une fable de Jean de La Fontaine. Elle voulait se faire aussi grosse que le bœuf, la petite. Elle «s'enfla si bien qu'elle en creva».

Le carême chrétien est un temps de combat contre les idoles. Contre toutes les idoles: l'argent, la surconsommation, la tyrannie du plaisir, du sexe, du jeu, de l'évasion.... Il est donc aussi un temps de combat contre ce cher «moi» devenu idole et donc totalement haïssable.

Difficile combat à mener. Mais à mener à tout prix si l'on veut marcher vers le pays du vrai bonheur.

 

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4 mars 2007