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Critères pour évaluer une vie. Le dimanche 12 mars 2006
Cette question, plusieurs se la posent quand, prenant de l'âge, ils passent d'une décennie à l'autre. Elle surgit spontanément lors d'un accident qui met notre vie en danger ou quand un médecin diagnostique en nous une maladie grave. Oui, qu'est-ce que je deviens? Qu'est-ce que j'ai fait de ma vie? Qu'est-ce que je suis en train d'en faire? En temps de carême, ces questions s'imposent chaque année aux catholiques qui se préparent à fêter Pâques, cette fête des fêtes qui proclame l'existence d'une vie nouvelle après la mort. Divers critères sont à notre disposition pour évaluer une vie: la nôtre ou celle des autres. Le premier auquel on peut penser est d'ordre monétaire. Si j'ai gagné beaucoup d'argent, si je possède une splendide maison, une belle voiture, une résidence secondaire… je peux estimer avoir réussi dans la vie. Il se peut, effectivement, que j'aie réussi «dans la vie», mais il n'est pas assuré que j'aie réussi «ma vie». Un second critère auquel on peut se référer est celui de la notoriété, de la situation, du pouvoir acquis au cours des ans en accomplissant de grandes et belles choses. L'écrivain célèbre, l'artiste connu, le chef d'entreprise consulté, l'homme d'État responsable d'une nation sont de cette catégorie. Vie réussie? Réussie à tous égard? Peut-être. Mais ce n'est pas assuré. Que de gens célèbres et puissants dont l'existence est en réalité un grand échec. Le monde peut ne pas le savoir. Eux le savent. Un autre critère – déterminant à bien des égards – nous conduit à évaluer la vie d'une personne, en appréciant la qualité de ses relations avec ceux et celles qui l'entourent. Le mieux est de commencer par les personnes les plus proches: père, mère, époux, épouse, enfants, parents, frères, sœurs. Une vie marquée par la bonté, la douceur, l'entraide, la compréhension, le dévouement, la tolérance, le respect, la compassion, le pardon, n'est-elle pas une vie réussie? Ceux et celles qui vivent ainsi sont des gens de cœur. Pour sonder la qualité de sa vie, il convient de sonder la qualité de son cœur. Et voici un quatrième et dernier critère. Il concerne notre âme, cette partie de nous-mêmes dont nous parlons parfois en disant: «En mon âme et conscience». Le Petit Robert la définit ainsi: «Principe spirituel de l'homme, conçu comme séparable du corps, immortel et jugé par Dieu.» L'âme, c'est fond de mon être, le lieu secret où se logent en moi le bien et le mal, le vrai et le faux, le pur et l'impur, les ténèbres et la lumière, l'amour et la haine, l'avarice et la générosité, l'ouverture ou la fermeture à Dieu. L'expérience montre que je peux vivre en me désintéressant de mon âme ou en y apportant un grand soin. À la fin de ma vie, je serai jugé sur ce que j'aurai fait de mon âme. «A quoi servirait à un homme de gagner l'univers entier, a dit Jésus, s'il perd son âme.» Le temps du carême est un temps privilégié pour soigner son âme.
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