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À l'heure de la guignolée Le dimanche 27 novembre 2005 À l'approche de Noël, les commerçants entrent en scène. Ils espèrent établir des records de ventes et de profits. Ils ne seront pas les seuls à travailler fort et à faire des heures supplémentaires. De nombreux organismes et une multitude de braves gens passeront aussi à l'action. D'une manière ou d'une autre, ils feront appel à la générosité de leurs concitoyens et citoyennes, et se montreront eux-mêmes généreux afin que, le 25 décembre et durant le temps des fêtes, personne ne soit privé d'au moins quelques bons repas. Nous l'aimons ce temps de la guignolée, ce temps où l'on ne peut pas ne pas penser au pauvre, à moins d'avoir un cur dur comme la pierre et plus froid que le marbre. Que le temps des fêtes soit un temps de charité plus active et plus généreux, je m'en réjouis, espérant que, d'année en année, tous ceux et celles qui donnent, donnent un peu plus encore. Y a-t-il une limite à mettre à la charité? à l'amour? au partage? Je pose ces questions en pensant à un fait que raconte l'évangéliste Marc. Jésus était assis dans le Temple. Il regardait les gens déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'approcha et déposa quelques sous noirs. Jésus dit à ses disciples: " Cette femme a mis dans le tronc plus que tous les autres. Les autres ont donné de leur superflu; elle, elle a donné ce qui lui était nécessaire pour vivre." Pas de limite à la charité! Mais n'oublions pas qu'il y a aussi la justice. La charité s'impose - et immédiatement - quand la souffrance, la faim, la soif, sont là sous nos yeux. Et comme elles y sont chaque jour, la charité doit être quotidienne. Mais il faut aussi la justice. Car seule la justice solutionne les problèmes à long terme. Elle seule redonne au pauvre sa dignité et lui ouvre la porte d'un bonheur capable de durer. Dimanche dernier, j'écrivais quelques lignes concernant la doctrine sociale de l'Église. Si cette doctrine était davantage appliquée, nous aurions certainement à nous mobiliser encore, à l'approche de Noël, pour qu'un grand vent de charité souffle dans les curs. Mais il me semble que nous serions d'autant plus heureux de faire la charité, que nous nous appliquerions, tout au long de l'année, à instaurer la justice. Sans justice, la charité occasionnellement exercée peut engourdir la conscience. Voici, pour terminer, un texte adopté à Rome, le 18 novembre 1965, lors de la tenue du concile Vatican II. Il interpelle l'humanité entière: "
Il faut satisfaire d'abord aux exigences de la justice de peur que l'on n'offre
comme don de la charité que ce qui est déjà dû en justice.
Que disparaissent la cause des maux et pas seulement leurs effets et que l'aide
apportée s'organise de telle sorte que les bénéficiaires
se libèrent peu à peu de leur dépendance à l'égard
d'autrui et deviennent capables de se suffire." (Décret sur l'apostolat
des laïcs, no 8.) |
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